‹ L'Algérie romaineChapitre 36 sur 174 · ASPECT GENERAL ET PHYSIONOMIE DU PAYS · texte numérisé non relu

ASPECT GENERAL ET PHYSIONOMIE DU PAYS

«( Mare gœvum» imporiaosum ; ager fmgum fertilis, bonu» pecori, arbori infecundus; cœlo terraque penuria aquarum. »

(Sall., Jug., XVII.)

Il ne faut point demander aux anciens en général, dans leurs aperçus géographiques, ni à Sallusle en particulier, dans le rapide coup d'œil qu'il jette sur l'Afrique septentrionale, ces études rigoureuses, ces descriptions précises et cette topographie véritablement scientifique qui sont le propre de la science moderne. Peut-être convient-il, en pénétrant avec le grand écrivain dans ces vastes régions d'une structure confuse et compliquée, d'y placer tout d'abord, comme de précieux jalons et de commodes points de repère, les divisions habituelles, devenues pour ainsi dire classiques, que les géographes d'aujourd'hui ont reconnues et tracées sur le sol de notre Algérie et de la Berbérie tout entière.

De ces trois zones successives, parallèles à la mer, qui sont : le Tell au nord et sur le littoral, derrière le Tell les hauts plateaux ou steppes, enfin, au sud, le Sahara, Hérodote et Pomponius Mêla avaient entrevu quelque chose ^

1. « Toute la partie de la Libye qui borde la mer du Nord est occupée par les Libyens et par un grand nombre de peuples libyques. Ce qui

Les Arabes reconnaissent aussi certaines distinctions analogues ; derrière le Tell, ils placent le pays des dattes, la riche contrée des oasis, après laquelle s*élend le désert. La science moderne est plus précise et répudie ces notions vagues.

« En portant les yeux sur une carte d'ensemble, on aperçoit dans l'intérieur, de l'extrémité occidentale à l'extrémité orientale, une cbaîne de montagnes dirigée presque régulièrement de l'ouest-sud-ouest à rest*nord-est. Ces montagnes forment comme le point de départ ou le jalonnement d'une division naturelle qui partage le pays en trois zones, dans un sens presque parallèle à la mer ; on peut suivre cette division depuis le Maroc jusqu'à Tunis, où les montagnes s'arrêtent et où les côtes, changeant brusquement de direction, s'orientent du nord au sud, pour former à 300 kilomètres au-dessous de Tunis le golfe de Gabès *. »

Le Tell, région des villes et des ports, pays des laboureurs et des habitants sédentaires, c'était, pour les anciens déjà, la terre par excellence, tellus ; car le mot arabe semble bien n'être qu'un héritage latin : c'est, • encore aujourd'hui, la

s'étend au-dessus de la côte et des peuples du littoral est rempli de bètes féroces ; puis, après cette région sauvage, ce n'est plus qu'un pays de sable, sans eau, prodigieusement aride et tout à fait désert. » Hérodote, 11, 32.)

« Orse sic habitantur ad nostrum maxime ritum moratis cultoribus, nisi quod quidam linguis diiferunt et. cultu Deum, quos patrios servant, ac patrio more v^nerantur. Proximis (c'est-à-dire ceux qui les suivent immédiatement dans l'intérieur, les habitants de la seconde zone) nullcB quidem urbes stant, tamen domicilia sunt, quse mapalia

appellantur. Victus asper, et munditiis carens Hurai quies epulœque

capiuntur. Vasa ligno fiunt aut cortice (Les indigènes se servent

beaucoup, aujourd'hui encore, de vases semblables ; je revois, en pensée, les grands plats ronds, en bois, où se prépare le mets national, le couscoussou). Interiores etiam incultius, sequuntur vagi pecora : utque a pabulo ducta sunt, ita se ac tuguria sua promovent ; atque, ubi dies déficit, ibi noctem agunt. Quauquam in familias passim et sine lege dispersi, nihil in commune consultant, tamen, quia singulis aliquot simul conjuges, et plures ob id liberi aguatique sunt, nusquam pauci. » (1, 8, Pomponius Mêla.)

1. Jourdan, professeur à la Faculté des sciences de Lyon, Notes sur l'Algérie,

terre des grands labours, la terre de production. « Exposé aux vents du manoir liquide, il en reçoit les pluies.... c'est le grenier et le cellier de TAlgérie, sa terre à blé, à lin, à vigne, à olivier, à tabac, à coton *. » Celte terre trois foi3 féconde, omniparens, Corippus la chantait autrefois, non sans quelque aimable élégance :

Gaudebat miseranda novis ornata coronis AMca : nectebant flavis gestamen aristis Agricolaî^ soliloque rubens in palmite Bacchus Paxque sua Isetam fulgens ornabat oliva. (1, 69, sq.)

Le Tell, c'est, au pied de l'Atlas, ou dans les larges inlermonts et dans les vallées qui s'étalent, car cette première zone même est déjà tourmentée de montagnes, le pays de ces vastes plaines nourricières, comme celles que fécondait pour l'annone de la plèbe romaine la Medjerda carthaginoise, ou qu'arrose, dans l'ouest lointain, la maurétanienne Moulouïa, comme celles encore qui avoisinent, parent et enrichissent la grande ville commerçante et l'actif entrepôt d'Oran, ou Bône jadis Royale et demeurée Charmante, Là, pour ne parler que de rAlgérie, flamboie l'ardent bassin du bas Chéliff d'une fertilité tropicale; là se développe à souhait et pour la joie des yeux, entre les riantes collines du Sahel et les premières pentes de l'Atlas, la plaine d'Alger, l'opulente Mitidja, montrant orgueilleusement ses terres défrichées, ses marais desséchés, ses fermes et ses bouquets d'arbres, Boufarik, autrefois mortel, devenu le plus riant des villages *,

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