‹ L'Algérie romaineChapitre 37 sur 174 · Reclus · texte numérisé non relu

Reclus

2. Boufarik, après avoir perdu de 60 à 300 habitants sur 1000 par an (1835-1847), en a perdu 36,6 dans la période 1853-1862 et 28,33 seulement dans la période 1867-1872. En d'autres termes, le déchet de 27,44 pour 1000 de la première période a été remplacé par un gain annuel de 23,33. Cette proportion est à peu près celle de TAustralie. Et Boufarik n'est pas une exception. Dès 1867, il y a accroissement général dans la colonie. Les fléaux qui.se sont abattus sur elle à cette époque le rendent d'abord peu sensible. Il s'accuse davantage dans la dernière période (1873-1877). — La Louisiane, sous la même latitude

ET PHYSIONOMIE DU PAYS 2o

enfin sa gracieuse reine, comme disent les Arabes, Tactive et industrieuse Blidah ^

Cette riche ceinture côtière, dont la largeur est variable, et qui fait, aussi bien. Topulence relative et la fécondité différente des diverses régions berbères et de nos trois provinces algériennes, comprend, à ce qu'il semble, quelque 40 millions d'hectares, où Tunis a le plus petit lot, 3 ou 4 millions peut-être ; car le Tell tunisien expire à la limite de son principal oued, au lit même de la Medjerda. Plus étroite et resserrée au centre, par suite un peu plus pauvre dans nos départements les moins favorisés, celui d'Alger et celui d'Oran, bien que là encore elle pénétre dans l'intérieur d'environ 120 kilomètres, la bordure tellienne s'étend plus amplement à l'est; dans le département de Gonstantine, elle ne recouvre plus seulement le versant méditerranéen, le pays qui s'allonge entre la chaîne centrale et le rivage de la mer; elle embrasse jusqu'au versant saharien de cette chaîne, et enveloppe le pays de Batna, toute cette région de l'antique Lambèse, et les terres proverbiales du Hodna et de la Medjana.

Quant au Tell du Maroc, beaucoup plus reculé vers le sud et arrosé de puissants cours d'eau, il vaut seul ceux de Tunis et de l'Algérie réunis : 20 millions d'hectares lui reviennent, qui, dans les mains des indigènes, ne produisent pas le quart des moissons dont ils sont capables, et qu'un fanatisme intraitable femçie encore haineusement à l'immigration européenne. En attendant que ces contrées lui deviennent plus hospitalières, c'est dans notre Tell algérien, déjà même autour de Tunis, qu'elle se répand et qu'elle prospère. Dans ce qui, de la région tellienne, est demeuré aux indigènes

que TAlgérie, traversée comme elle par l'isotherme + 20'*, est habitée par 100,000 Français environ, descendant presque tous des 8 ou 10000 colons qui s'y trouvaient au commencement du siècle. (D^ Bertholon, Hevue de géographie^ nov. 1880.)

1. Blidah avait, en 1872, 15235 habitants; le recensement de 1876 lai en donne 17937, soit, avec quelques restrictions de calcul nécessaires, nn excédant de 2500 personnes environ.

« les Arabes ont surtout la plaine, le plateau, le pâturage, la terre du cheval, du brillant cavalier, du berger contemplatif. Les Berbères ont gardé la montagne, le pays rude, les gorges, la terre du piéton, du travailleur des champs. » Aussi bien les voilà qui redescendent aujourd'hui dans les vallées, et qui reprennent peu à peu, par le labeur et par Tépargne, ce que leur enlevèrent autrefois leurs rapides et paresseux vainqueurs *. Au delà de cette première zone, « comme par transition entre les richesses de la nature' et ses pauvretés » s'étend une région aussi large que la première, celle des steppes, des hauts plateaux, comme on dit vulgairement, et des chotts. Ce ne sont plus ici les riches terres du Tell, sans être encore toutefois ces terres plus dures et plus sèches, arides, inarrosées, incultes, que les Arabes désignent par le mot de Sahara. Ce sont des terres de pâture, qui subissent encore l'influence des températures plus fraîches de la zone maritime et se couvrent d'un tapis continu de plantes qui en font d'immenses landes, de véritables steppes : < c'est le royaume de la vie pastorale *. » On dirait d'une immense terrasse où

1. 0. Reclus; du Bouzet; Fillias; Mac-Carthy; Niel; etc. — « Dans la région méditerranéenne appelée aussi le Te//, grâce à l'influence maritime, qui peut s'exercer au loin en raison du peu d'élévation et de la pente générale du sol, grâce aussi à la direction des montagnes qui la garantissent des vents du sud, la température est douce et uniforme. Toutefois, à un point de Tue plus spécial, il faut remarquer que la province d'Oran offre une grande analogie avec le sud-esî de l'Espagne, celle d'Alger avec le midi de la France et celle de Constantine avec la Corse, la Sardaigne et l'Italie. Les données zoologiques et géologiques établissent ces rapports d'une façon très nette, et l'étude approfondie de la faune et de la flore de chacune de ces contrées démontre d'une manière évidente l'affinité des deux continents. Cette région méditerranéenne, si bien partagée sous le rapport du climat, si riche en produits agricoles et horticoles, est tout à fait propre à la colonisation et à la grande culture : les broussailles et les friches qu'on y rencontre encore diminuent chaque jour et disparaîtront bientôt pour faire place à des fermes, à des champs aussi bien cultivés que ceux des plus fertiles parties de la France. » (Cosson, de l'Institut, Le règne végétal en Algéiie. Conférence faite k la Sorbonne.)

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