Mac-Carthy
2. Ibid. Cette vaste zone des steppes n'a pas qu'un seul aspect, qu'une seule et même physionomie ; mêlée de forêts en Tunisie, dans la province de Constantine elle se confond k peu près avec le Tell; en dépit de son altitude considérable, 800 à 1100 mètres, de ses lacs salés, de ses vastes pâtures, elle y est terre de production, comme le Tell. De Bône au seuil du Sahara, on ne quitte guère la zone de grande culture; et la voie ferrée qui reliera bientôt Bône à Tantique Thevesle, c'est-à-dire la mer au désert, traversera, depuis un bout jusqu'à l'autre, des champs ininterrompus de céréales. Peu profonds aussi au Maroc, les steppes prennent dans nos provinces d'Alger et d'Oran leur véritable physionomie : « Monts au nord, monts au sud, grands lacs salés, chaudières d'évaporation avec plus de sel que d'eau; lits desséchés aux berges d'argile, de sable, de schiste ou de calcaire ; rédirs ou flaques d'eau persistant malgré le soleil dans les cuvettes à fond étanche ; puits saumâtres » (0. Reclus.)
« Les forêts en général et le cèdre en particulier sont la caractéristique de la région montagneuse. Ces forêts offriront de précieuses ressources le jour où elles seront l'objet d'une surveillance active. Actuellement, les indigènes, quand ils ne mettent pas le feu aux arbres ou ne livrent pas les jeunes pousses en pâture à leurs troupeaux, n'hésitent guère à entailler ces cèdres ou un chêne séculaire, pour peu qu'ils aient besoin d'une planche. C'est ce que Montesquieu aurait appelé l'image du despotisme.
a Si les pentes abruptes et rocheuses de la région montagneuse infé-
< AU delà des monts qui bordent au midi les hauts plateaux des steppes s'ouvre le Sahara, large de 2000 kilomètres entre le pied de l'Atlas et le pays des noirs *. »
Je n'oublierai jamais mon émotion, lorsque, après avoir traversé la monotone et pauvre plaine d'El Outaïa. ressentant déjà comme la lumière plus vive, le soleil plus ardent et l'espace profond du désert, troublé par cette attente étrange et ce pressentiment de Vau delà, séparé pourtant du tableau splendide que je rêvais par le rideau des dernières hauteurs, ces collines enfin gravies à la hâte, et le col de Sfa contourné, j'aperçus cette mer flamboyante, infinie, qui se déroulait à mes pieds.
Heure excluent la grande culture, elles permettent rétablissement de jardins dont la vue eût réjoui Sémiramis et qui sont formés souvent de terres rapportées qu'on retient par des murs de soutènement.
Par contre^ aucune description ne saurait donner une idée de la monotonie des hauts plateaux. Ces vastes steppes sans végétation arborescente, mais parsemés, çà et là, de touffes d'alfa, de thym et d'armoise, fatiguent l'œil par leur immensité. On n'y trouve ni ces grandes exploitations agricoles du Tell, ni ces pittoresques villages kabyles de la région montagneuse, qui, suspendus près du sommet d'un roc, ressemblent à l'aire d'un aigle ou plutôt au nid d'un vautour. Ici, tout est triste ; la route est seulement indiquée par les poteaux du télégraphe, et, pour couper la ligne d'horizon, l'on n'aperçoit, de loin en loin*, que quelques ombellifères, ou, pendant la saison d'été, le profil triste et sévère d'un Arabe gardant des troupeaux. Les variations de la température y sont extrêmes ; il neige en mars et même en juin, et le froid déterminé par le rayonnement nocturne parvient à congeler la surface de l'eau. Ces hauts-plateaux, dont beaucoup pourraient devenir des prairies artificielles, pleines d'avenir, constituent actuellement la patrie du cheval arabe ; c'est là qu'il développe ses qualités les plus précieuses ; c'est là qu'il bondit en liberté. » (Cosson, ibid,)
1. 0. Reclus. — « Des sables mouvants, des dunes, une végétation rabougrie, puis au milieu de ce désert des oasis formant des taches luxuriantes, voilà le Sahara. On a comparé fort justement ce pays à la peau d'un léopard, les parties noires figurant les. oasis. Toute végétation doit être associée à la culture du dattier, qui est l'expression exacte des conditions physiques et climatériques du Sahara, puisque cet arbre, que les Arabes appellent le roi des oasis, demande, suivant leur langage imagé, à plonger son pied dans l'eau et sa tête dans le feu du ciel. » (Cosson, ibid.) Le Sahara, à proprement parler/ ne commence qu'au sud de la chaîne saharienne ; sur les deux versants de cette chaîne, on trouve, dans la saison pluvieuse, des terres de pâture : ce n'est point encore le désert.
AU premier plan, sous les rochers mêmes d'où je regardais et où s'enfuyait je ne sais quelle rapide \dpère, quelques dunes d'un jaune roux ou doré, de l'effet le plus saisissant et qui, alignées, immobiles, gardaient ce seuil d'un autre monde; au delà, les forts blancs et les brunes maisons de Biskra, enveloppées de leurs bouquets d'arbres ; enGn l'oasis elle-même dans l'incomparable beauté du massif de ses cent mille palmiers ; puis, l'œil s'accoutumant à cet infini éblouissant de lumière, les oasis plus lointaines émergeant, les unes après les autres, comme des îles de verdure, de l'immense plaine fauve, comme font, le soir venu, les étoiles qui jaillissent successivement du ciel. Ainsi pour nous se peuplaient ces abords enchantés, et comme ces jardins du désert, vivants, fertiles, verdoyants. Ainsi, parant sa majesté de toutes les beautés, de tous les charmes, se découvrait le Sahara, dont nos yeux ne pouvaient point sonder les profondeurs inanimées et les muettes solitudes !
Quel spectacle! C'était bien là le céleste pays du bleu, le pays où le ciel est sans nuages au-dessus de la terre sans ombre, resplendissante patrie des fiers Sahariens qui traitent dédaigneusement de fils du brouillard les tristes habitants des côtes lumineuses de la mer. C'était bien l'entrée du royaume ardent, mystérieux, fait de soleil implacable, de superbe immobilité et d'immensité silencieuse !
Ainsi, trois zones originales, distinctes, trois grandes divisions naturelles nettement caractérisées, « TelL ou terres de culture, Steppes^ vastes plateaux de pâture mêlés de sols féconds, Sahara zébré d'oasis », partagent, du nord au sud, de la mer au pays des Noirs, où commence proprement l'Afrique, l'île Berbère, l'Afrique Mineure, dont la surface varie suivant l'aire saharienne, en effet indécise, qu'on lui attribue. Riche peut-être de 150 millions d'hectares, dont plus du tiers et moins de la moitié sont cultivables, elle n'est guère peuplée que de dix millions d'hommes ^