‹ L'Algérie romaineChapitre 98 sur 174 · Mommsen · texte numérisé non relu

Mommsen

5. Loi Thoria : « Les tributs et les impôts ne furent d'ailleurs point pesants. Les villes qui dès le début de la guerre s'étaient mises du côté des Romains, Utique, Adrumète, la petite Leptis, Thapsus, Achulla

Cependant le royaume numide, qui s'étend depuis le fleuve Mulucha (0. Moulouïa), c'est-à-dire depuis la frontière marocaine de l'Algérie moderne jusqu'à la Grande Syrte, confinant ainsi, d'une part, à l'empire maurétanien de Tingis, et, de l'autre, à Cyrène et pour ainsi dire à l'Egypte; qui enserre étroitement, à l'ouest, au sud et à l'est, la province romaine d'Afrique, et possède la plus grande et la meilleure partie de la fertile région des côtes du continent septentrional, est devenu, à n'en pas douter, la plus considérable, après l'Egypte, des puissances clientes. Le danger se révèle avec ce puissant et terrible vassal qui s'appelle Jugurtha. Rome, insultée, bafouée par la diplomatie du roi, corrompue et humiliée par l'argent numide, inquiétée aussi à bon droit pour ses nouvelles possessions africaines, vient à bout, non sans peine, de son insaisissable ennemi. Le moment semble bien venu de mettre la main, sinon sur l'Afrique tout entière, du moins sur la Numidie vaincue ; non seulement ce serait le droit de la guerre, mais ce serait sans doute une sage précaution contre le retour possible d'un Jugurtha, d'une nouvelle idole africaine, et d'une guerre terrible en un pays où tout favorise le chef qui a pour lui les sympathies nationales ; où il peut, grâce à la configuration du sol aussi bien qu'au caractère des peuples, soit traîner la lutte en longueur, l'éparpiller en maints endroits, en maintes incessantes escar-

et Usalis, pour les places maritimes, et Theudalis à l'intérieur conservèrent leurs territoires propres et leurs libertés municipales : il en fut de même de la cité récemment fondée des transfuges de Carthage. Ouant au territoire immédiat, à Texception d'un district abandonné à Utique, quant au territoire des autres villes détruites, il est incorporé au domaine public, et, comme tel, loué à prix d'argent aux fermiers de rÉtat. Pour Us autres villes et bourgs, ils sont de droit privés et de leur sol et de leurs franchises ; jusqu'à nouvel ordre pourtant, on les laisse à titre précaire en possession de leurs champs et de leurs institutions locales. En échange de la puissance du fonds, appartenant à Rome désormais» ils payent une rente annuelle une fois fixée (stipendium), qu'ils lèvent à leur tour sur tous les redevables au moyen d'un impôt' particulier sur les fortunes. » (Mommsen, HùMre rtmaine, livre UI.) — ^o^r le commentaire de Rudorff.

mouches, soit la suspendre, l'arrêter, et laisser la résistance dormir pour la réveiller plus dangereuse. Serait-ce donc là d'ailleurs une conquête si téméraire? Cette occupation delà Numidie serait-elle une si aventureuse entreprise? Rome n'y trouverait-elle pas un point d'appui sûr et solide dans ce noyau et cet appoint d'immigration italienne, dans celte avant-garde romaine qui a déjà pris à l'avance possession de la future province?

En efiet, à peine Carthage était-elle réduite en cendres, qu'on avait vu affluer en Afrique la troupe avide des négociants de toute sorte, des chevaliers romains, commerçants ou fermiers de l'Ëtat, qui envahissent bientôt tout le trafic de la nouvelle province, aussi bien que des pays numides et gètules, fermés jusqu'à ce jour à leurs entreprises *. Et ce mouvement d'émigration ne s'était point ralenti depuis ce premier élan d'avide curiosité. On sait la grande et noble entreprise de C. Gracchus, imaginant de pourvoir aux besoitts des classes pauvres italiques en entamant le domaine transmaritime de l'Ëtat, et conduisant sur le lieu même où avait existé Carthage 6000 colons, choisis non seulement parmi les citoyens romains, mais aussi parmi les alliés italiens; œuvre grande par elle-même, dit M. Mommsen, grande surtout en ceci qu'elle consacrait le principe de l'émigratioD au delà de la mer et ouvrait à toujours un canal de décharge au prolétariat de l'Italie. Ce qui est certain, et Salluste en fait foi, c'est que l'élément romain et italique s'est répandu et développé de plus en plus dans le nord de l'Afrique ; il s'ins-

1. Jug., LXV : « équités romanos, milites et negotiatores. » — I^ convient d'insister sur cette initiative, sur cette activité et cette importance du commerce italien. Il profite des guerres d'IUyrie et de Macédoine pour envahir les mers de la Grèce. Beaucoup d'Italiens s'étaient également établis dans l'Espagne, qui se latinisa si vite. Les 100 000 Romains que Mi^bridate Qt tuer dans l'Asie Mineure n'étaient pis des touristes, ffîais des spéculateurs. Pour fournir à cette iairasion 4e? P^' viRpes et 4w B^ys ciliés, l'Italie se dépeupla, comme a'Mt dépeupl*» l'Fspagne du xvie siède, par l'éwigration Bui mines du nonveau WOBilC'

lalle môme à rinlérieur, dans la période qui sépare la fin de la Iroisième guerre punique de la guerre de Jugurlha. Aux premiers jours du conflit entre Adherbal et Jugurtha, dans un combat livré en avant des murs de Cirta, les soldats d'Adherbal, surpris, à la faveur de l'obscure clarté d'une nuit d'Afrique, obscuro etiamtum iumine^ se débandent et prenmi la fuite. Adherbal s'échappe avec quelques cavaliers et se jette dans Cirta, chaudement poursuivi ; sans la résistance des nombreux Italiens établis à Cirta *, c'est-à-dire en plein pays numide, les soldats de Jugurtha entraient dans la ville, et cette seule journée commençait et finissait la guerre. Un peu plus tard, Salluste nous montre encore ces négociants italiens comme les plus courageux défenseurs de Cirta *, jusqu'au jour où, de guerre lasse, en apprenant le départ de l'inutile ambassade de Scaurus, ils conseillent à Adherbal de se livrer à Jugurtha, lui et son imprenable ville, convaincus, bien à tprt, que la majesté du nom romain les couvrirait d'un caractère inviolable. D'autres passages encore nous prouvent que l'initiative privée avait amené un grand nombre d'Italiens non pas seulement dans la province d'Afrique, dans le territoire gardé et protégé de la province romaine, non pas seulement dans la principale ville de Numidie et dans cette capitale amie, mais dans des villes plus reculées et qui pouvaient paraître moins sûres. Salluste cite la ville de Vaeca * comme le centre d'affaires le plus important et le marché le plus fréquenté du royaume, et comme habitée ou hantée par un très grand nombre de négociants italiens.

Voilà pour le sénat plus qu'une espérance, plus qu'une tentation : c'étaient là de solides points d'appui et de valables raisons de confiance. Et cependant, dérogeant en Afrique au

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