T.-L.,XLI
3. Utica, y. colonia Julia yËlia Hadriana Augusta Utika ; muuicipe, puis colonie *, aujourd'hui Bou Chater, au nord-ouest du golfe de Tunis.
170 AHHEXiO!! PtOGRESSITE
d'Afrique, qui sent venir les événements prochains, envoie à Rome mie ambassade manie de pleins ponvoirs et chargée de donner en toute propriété au peuple romain la Tille et scm territmre. C'était pour Rome, et à trois lieues de Garthage, un port et une forteresse. Le Sénat ne résiste plus; la troisième guerre punique est déclarée!
Garthage succombe après une défense héroïque. Le Sénal ordonne à son général de raser la ville, de faire passer la charrue sur la place où naguère était dd)out la grande rivale de Rome, consonmiant ainsi, remarque M. Mommsen, la ruine de la ville phénicienne jusque dans la forme du droit. On déclare à jamais maudits et le sol et les champs, en telle sorte que jamais Tœil n*y pût voir ni maisons ni mcûssons même; pendant seize jours, les ruines brûlèrent. Garthage est bien détruite, et le vœu de Gaton est satisfait! Rome se sent libre de toute crainte et vraiment maîtresse du monde : que va-t-eUe faire de sa conquête?
Ya-t-elle se jeter sur cette riche proie, qui n'est rien moins en effet que tout le nord opulent de l'Afrique? Dans ce batin, qu'elle doit aussi sans doute à l'ardente et habile complicité du roi numide. va4-elle se faire la part du lion? Voudra-t-elle même déposséder les héritiers de Masinissa S Micipsa et ses frères, de ces opulents territoires du Bagradas et des Emporia, larcins récents dérobés à Garthage à l'ombre ou même au grand jour d'une neutralité bienveillante? Non. Sans doute elle n'entend pas leur abandonner toute sa nouvelle conquête d'outre-mer; il serait pai; trop chevaleresque et téméraire à elle de leur livrer les ruines — les ruines pleines encore d'un si grand avenir — de la capitale longtemps convoitée ; elle interdit à Micipsa les champs où fut Garthage et
1. Masinissa mounit avant de voir là raine de Garthage (605-l49)i cliargeant Scipion Émilien de partager entre ses trois fils les vastes États qu'il laissait. S'il eût vécu, il lui aurait fallu, le cœur pleû* d'amères déceptions, le respect et la reconnaissance à la bouche, re* noncer à la capitale rêvée, comme il avait dû jadis, devant ïa bonne grâce inexorable de Scipion, se séparer de Sophonisbe.
CONQUÊTE DÉFINITIVE i7l
ne fait au roi philosophe que ce présent, un peu ironique, des livres échappés aux feux de Tincendie ^ Mais elle maintient aux princes numides non seulement la possession de de tout leur ancien territoire, mais encore les furtives conquêtes de la dernière heure.
Rome est prise en effet maintenant d'une autre crainte et de nouveaux scrupules ; elle a peur de se répandre prématurément dans cet immense pays mystérieux, dans cette terre des monstres, Afinca portentosa, qui vient de s'ouvrir devant elle ; elle redoute — et elle a raison — cet éparpillement de ses forces sur un tel prolongement de côtes encore mal connues d'elle et qui vont se perdant dans les lointains horizons de rOccident. Elle ne veut point risquer non plus ses garnisons et ses colonies dans les profondeurs de ces contrées si mal soumises aux Carthaginois eux-mêmes, si bien défendues par la nature et le climat, par les vallées étroites, les défilés et les broussailles perfides, par le rempart et le labyrinthe de ces étages de montagnes, par les pluies torrentielles de rhiver, par les violentes chaleurs de Tété. Elle n'y avancera qu'à pas lents ; elle s'en remet à l'œuvre des années. Provisoirement, elle croit bien faire de déclarer province romaine le seul territoire carthaginois proprement dit, dernier domaine immédiat de la cité disparue, les seules possessions qui restaient à Carthage à la veille de la troisième guerre punique ^, c'est-à-dire l'étroite ligne des côtes africaines qui fait face à la Sicile, depuis le fleuve Tusca, à l'ouest (Oued Zaïn ou 0. Bérber) et l'île de Calatha (la Galite), jusqu'à la ville de Thenœ (Tina), au nord du golfe de Gabès, en face des îles Kerkenah ^. A l'intérieur, où les entreprises de Masinissa
1 . « Le sénat, au lieu de détruire les livres trouvés à Carthage, fit traduire l'ouvrage de Magon sur l'agriculture et donna les autres aux princes d'Afrique, sans doute après avoir reconnu qu'il n'avait pas d'autre profit à en tirer. » (Pline, Hist. nat., XVIII, 22). — V. Duruy.
2. Jug^t XIX, fines Carthaginiensium quos novisstime Kabuerant,
3. Pline, H. IV., V, 3, 22, 23. Tusca flumus, Numidiœ finis.,.,, A Tusca ZeugitoM regio et quœ proprie vocatur Africa, est. — Plolémée,
avaient étroilement resserré Tempire de la république phénh cienne, où les riches marchés de Vacca^ Zama^ Bulla Regia, entre autres, étaient tombés dans les mains des Numides, Rome laisse à ceux-ci tout le pays qu'ils ont conquis sous le manteau de sa complaisance hypocrite ^ Sans doute elle règle avec un soin minutieux la ligne frontière de la province romaine et du royaume numide, qui l'enveloppait de trois côtés; elle la détermine, elle la marque, elle la rend visible et respectable par ce fossé, dont parle Pline, et qu'avait fait creuser le second Africain ' ; et < elle témoigne par là qu'elle ne souffrira pas contre elle-même les attaques qu'elle avail autorisées contre Carthage ' :». Sans doute elle donne le nom d'Afrique à sa nouvelle province, nom bien vaste et comme démesuré pour l'étroite bande maritime que Rome s'est annexée, et qui semble indiquer que la limite actuelle n'est rien moins que définitive *. Mais pour le moment, encore une fois, elle n'incorpore au domaine public que le territoire même de Carthage; elle maintient, non pas seulement leurs libertés municipales, mais encore leurs territoires propres aux villes qui, dès le début de la guerre, s'étaient mises de son côté; elle se contente d'occuper les stations maritimes, les colonies militaires ou commerciales, les comptoirs que Carthage avait établis autour d'elle ; elle prend position sur la côte et ne s'avance point dans l'intérieur ^.
de même (IV, 3, 28], met la limite à Thabraca, petite lie située en face de Tembouchure de la Tusca, un peu à Test de la petite ville moderne et française de La Galle. — In itinere ex Sardinia in Âfricam : a Ga^ lata Tabracam in AfHcam stad, CGC,
1. Ces limites intérieures sont un peu indécises : le surnom royal de quelques villes, royales, par conséquent numides, peut servir d'indication : Aquœ regiœ, non loin de Kairouan; Zama regia, Bulla regia. (Corpus : p. 20, 89; 210; 934).