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LA QUESTION DES FORETS

Les calculs auxquels nous nous sommes livrés dans notre numéro du 19 de ce mois, à l'occasion de la question des forêts, ont été, de la part du Constitutionnel, l'objet de critiques auxquelles il nous paraît utile de répondre.

Aussi bien, nous avons regu de divers côtés des observations, dont quelques-unes peuvent être fondées, et dont nous n'hésiterons pas à tenir compte.

Et d'abord, nous devons déclarer que si nous désapprouvons en principe

l-aiiëiiatioa des forêts de l'Ëtat situées soit ea pUioe, aoit en monUgne, nous convenons qu'il peut exister encore esiceptionnellemeet c^taines fo-* rets ou parcelles de ibrôts, doat h transformai ion en une autre nature de culture serait avantageuse pour Tintërèt général. Nous croyons toutefois qu'il n'en reste guèn», et qu'à diverses époques on en a aliéné beaucoup qu*eo eût mieuat iait de laisser entre les mains de rÉtat.

On nous dit qu'il existe en Alsace une forêt, la forêt de la Harth, dont une partie pourrait être utilement défrichée pour faciliter la construction d'un canal d'irrigation. Si le fait est vrai, nous n'avons rien à dire contre ce défrichement.

On nous dit que tous les particuliers qui achètent des bois ne les défrichent pas, et que quelques-uns d'entre eux les exploitent avec tout le sc^in désirable. Nous voulons bien le croire ; mais ce que nous affirmons, c'est qu'en règle générale, l'acquéreur d'un bois de l'État est un spéculateur qui cherche une bonne affaire... et qui la trouve, ce qui prouve surabondamment que l'État en fait une mauvaise.

En un mot, les appréciations que nous avons émises n'ont rien d'absolu, et quand on nous démontrera que sur un point déterminé l'État a raison de vendre un bois, au point de vue" financier et kii point de vue de l'inl^rét général, nous approuverons sans réserves.

Ceci dit, nous passons à l'examen des critiques du ConstitutionneL

Ce journal considère comme purement hypothétique la valeur de 600 millions que nous avons assignée à l'ensemble de notre domaine forestier. Nous demanderons, à notre tour, sur quelles données reposent les chiffres d'un^ deux ou trois milliards, généralement et arbitrairement acceptés comme l'expression de la valeur de ce domaine, d'où cette erreur aussi bizarre qu'accréditée que les forêts de l'État ne rapportent que SI ou % et 4/2 pour 0/0.

^otr^éviiluatioB à &00 millions est basée sur la chiffre moyen des ventes doi boi« de plaine faitas à diverses époques, et sur le chiffre probable des aliénations qui pourraient être faites en montagne.

Le CeÊutUutûminel dit, il est vrai, que dans les temps calmes et prospères où A0U9 vivons, les aliénations auraient lieu à de meilleures conditions que les aliénations précédentes, qui ont toutes été faites dans des « temps omgeox et difficUee. » Voyons donc. Parais 4851, il a été vendu 6111,6^4

hectares de bois*. Veut-on savoir à quelles conditions? Prenons l'exemple le plus récent, celui de la vente des forêts de Roseux et Ivry, que nous avions à tort fait remonter à un ou deux ans, et qui en réalité a eu lieu au

mois de mars dernier. Ces deux forêts, qui comprenaient 2,400 hectares çt qui rapportaient 150,000 fr., ont été adjugées au prix de 2 millioQS 300,000 fr., et il faut remarquer qu'elles ont été vendues isolément, et par conséquent en l'absence du coefficient de dépréciation qui affecte les bois aliénés par grandes quantités.

Avons-nous eu tort de dire que l'État vendant des bois par masse de 100 ou 150,000 hectares ne réaliserait jamais qu'à raison de 8 ou 900 fr. par hectare en moyenne?

D*après le Constitutionnel, nous aurions commis une autre erreur en affirmant que le revenu des forêts de l'État a doublé depuis 1820.

Ouvrons le budget de 1820. Nous y trouvons le produit brut des forêts porté pour la somme de 17,05.7,000 fr. Ajoutons à ce chiffre celui de 1,200,000 fr., représentant la valeur des bois livrés au ministère de la marine pour les constructions navales; retranchons-en les frais généraux, évalués par notre contradicteur à 2 millions et demi, et nous arrivons au chiffre de 15,747,000 fr., pour le revenu net des forê!sde l'État en 1820.

Prenons maintenant le budget de 18(»4. Le produit brut des forêts y figure pour une somme de 41,921,500 fr., ne comprenant nullement la pèche, qui depuis 1862 a été transférée à l'administration des ponts et chaussées (le Constitutioimel aurait pu s'en assurer en consultant le volume du budget de 1864, page 123], et appointé seulement de 980,000 fr. par le rendement des amendes. Si du revenu brut nous retranchons les frais de toute naUire, évalués à 10,-^)75,717 fr., il reste, pour le revenu net en 1864, la somme de 31,345,783 fr.

Or, nous le demandons au Constitutionnel, le chiffre de 31 ,343,783 fr. n'est-il pas sensiblement double du chiffre de 15 millions 747,000 francs?

Au sujet du calcul présenté devant le Sénat par M. le ministre des finances, nous avions dit que le prétendu bénéfice de 173 millions 617,000 fr.^ résultant de la venta d« 1 2^^000 becU die forêt» d» l'État par le Gouvernement de la Restauration, nous paraissait susceptible de rectification et de rédmtion,

i. Mémoire dç M. 13«cquer9l à T Académie doi scisoces

Notre contradicteur eu convient, puisque de sa propre autorité, il réduit le chiffre dont il s*agit de 45 millions. Mais ce qu'il nous reproche surtout, c*est d'avoir porté à 8 millions, pour chacune des années de la période 1865 à 4910, le chiffre du revenu des bois vendus, tandis que l'augmentation de ce revenu ne devait être considérée que comme progressive. Lé Constitutionnel compte mal. S'il eût pris la peine de faire une simple mul, tiplication, il se serait assuré que nous avons calculé non à raison de 8 mil' lions par an^ ce qui nous aurait donné 360 millions pour la période de 45 ans, mais bien à raison de 6 millions année moyenne, ce qui nous a donné seulement Si70 millions. Nous sommes donc en droit de renvoyer au Constitutionnel, de par l'arithmétique, le reproche d'erreur manifeste qu'il regrettera de nous avoir adressé peut-être un peu légèrement.

Avons-nous besoin d'en dire plus? Suivrons-nous notre contradicteur dans ses appréciations, peu conformes à l'opinion générale sur le prix et sur l'emploi des bois? l'accompagnerons-nous dans ses déductions purement spéculatives, sur le terrain scabreux des intérêts composés où les chiffres prennent vite des grossissements dont il est prudent de se défier ? Non ; il nous a suffi de défendre nos assertions à l'aide de documents authentiques et de montrer^ une fois de plus que nous n'avançons rien sans preuves.

A. DE Lauzières.

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