AUBRY-FOUCAULT
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La Réforme sociale^ i volume in-8o.
L'art Forestier est le seul ou, à défaut de la propriété des familles^ Souches y la propriété de VÉtat soit réclamée par V Intérêt publie.
Les Considérations que je viens d'exposer, en ce qui concerne la possession et la transmission du sol arable, s'appliquent plus spécialement encore à la propriété forestière : elles ont beaucoup d'opportunité pour la France, où de vastes espaces, en raison de la nature, de la déclivité ou de l'altitude du sol, ne sauraient recevoir une autre destination. Elles ont d'ailleurs un caractère de généralité, en ce qui concerne la production des arbres isolés,* puisque toute contrée dépourvue de grands arbres, est à la fois privée d'une ressource indispensable et de son plus bel ornement.
L'Economie forestière repose sur quelques lois physiques fort simples, mais qui ne se fondent pas, comme la plupart des lois de l'économie rurale, sur l'intérêt immédiat des propriétaines ; il en résulte que les forêts ne prospèrent que chez les peuples d'ancien régime, où le législateur comprime les volontés individuelles, ou bien chez les peuples du régime modferne, qui, tout en respectant ces volontés, les dirigent par la force des mœurs, dans la ligne tracée par les intérêts généraux de la famille et de l'État.
La quantité de matière ligneuse produite annuellement sur un hectare de forêt varie énormément, toutes les autres circonstances restant identiques, avec l'âge des arbres qui en forment le peuplement* A peu près nulle, après les premières années qui suivent le réensemenscement ou la plantation, cette quantité augmente d'une manière lente, mais continue, jusqu'à une certaine- époque, où elle atteint un maximum. A partir de ce moment, la production annuelle du bois sur le même hectare continuant à
rester considérable, dimiDue aussi lentement qu'elle avait augmenté dans la période antérieure, jusqu'à ce quelle redevienne nulle comme elle l'était au temps du semis ou de la plantation. A cette seconde époque, les arbres ont atteint les limites extrêmes de leur croissance et ne peuvent plus que se détruire, en sorte que si on les laissait sur pied, la quantité de bois accumulée sur l'hectare décroîtrait chaque année. Pour opérer la récolte ou la coupe du bois, on n'attend guère cette dernière limite, que dans le cas où les arbres servent surtout à l'ornement des habitations rurales, ou doivent liçquérir, en vue de quelques usages spéciaux, des dimensions exceptionnelles : les exploitations les plus perfectionnées et les plus prévoyantes visent seulement à obtenir, d'une surface donnée, le plus grand produit possible en matière, et, à cet effet, elles fixent à la croissance des arbres une durée qui se prolonge notablement au delà de la première époque, mais qui devance de beaucoup la seconde. Cette durée, qu'on appelle la révolution de la forêt, est bien supérieure à celle du Gouvernement d'un chef de famille : elle atteint 145 à 420 ans, pour la principale essence * et pour les plus beaux massifs boisés de l'Europe. Il résulte de là que pour obtenir d'une forêt homogène de 420 hectares, le plus grand produit annuel en bois, il faut la diviser en 4 20 parties égales, dont chacune reste intacte depuis la plantation jusqu'à la récolte, qui ne s'opère, chaque année, que sur un hectare où le bois est âgé de 4 20 ans. D'un autre côté, les lois physiques de la végétation sont telles, que pour obtenir annuellement d'une forêts, dans ces conditions^ une quantité donnée de bois, il faut constamment y tenir sur pied une quantité de bois 33 fois plus considérable. En se
i. Les futaies d'Épka {abies excelsa L. D.) des forêts domaniales ou privées, du Hartz» à la limite commune du Hanovre, du Brunswick el de la Prusse, présentent un des plus beaux spécimens d'économie forestière. Les coupes y sont généralement aménagées à 120 ans ; la production moyenne annuelle du bois y atteint, sous un climat sévère et sur un sol ingrat, 5 mètres cubes, ou 1830 kilogrammes par hectare. La même essence constitue à peu près le tiers du peuplement forestier en Europe. En remontant aux causes morales qui produisent ces merveilles d*art el do prévoyance, je suis porté à voir, dans le système forestier de plusieurs contrées allemandes, un des traits les plus recommandables de la civilisation européenne. L'Étude que j'ai faite de plusieurs fofêts vierges me conduit à penser que peu de régions du globe portent, à la surface égale, autant de bois sur pied que les grandes forêts de l'Allemagne du Nord.
pi'éoccufjaiit seUlèrtient tlu poitlt de vue fthàncier dfe soh bien-être personnel, lé (iî'otïriëtairë d'ùnfe ftitaife àihsi ëmëhâgëe se tfèuVeWlt donc inévltaiblëtnent conduit à raser là forêt entière et à placer à intérêt le produit dé fcëlie spëctilàtibn, pour doubler son revenu annuel. Il sépttëticore jplus exbité à dëtt-tiire la forêt Bi la dësorgàhisàtion des moeurs Tautorlsè à placer son Capital à fonds perdu, Oii théine à le corisominer immédiateiiient en jouissances égoïstes. Tel est lé genre de destruction qui a été iiiCêssamment Opéré sur notre soî, pendant les orgies du xvm« siècle. Depuis la Révolution, ëètte oeuvre ^atàlè a Continué avec un redoublement d'activité èur les inagiîifii}ties futaies créées par le clergé, et que la confiscation a attribuées aux bahdes de spéculateurs, plus funestes, soufe ce rapport à notre pays qUé ne l'aUrait été une nouvelle invasion de nomades asiatiques; elle a ftit disparaîti'e également les dernières futaies patrimoniales, à mesure qUë le partage forcé détruisaife^ dans les familles les sentiments de solida** rite qui avaient pu résister à la corruption de l'ancien régime.
O^est ainsi que les futaies qui fiiisaient le plus bel ornement de nos montagnes, (jUi y maiiitenaient, ôvèc les matériaux nécessait*6d à hds construc-' lions, des prairies bien abritées, des sources àbonâàiitës et des cOurs d'ëaU réguliers, sont maintenant remt)lacées par des roches ntieâ et par des Pàvitis toujours desséchés, lorsqu'ils ne servetit point à verser sur les vàllëeâ ihférieures dés torreills destructeurs. C'est ainsi également que toute atteinte portée à l'ordre moral et à l'organisation de la famille, se traduit toujours, iliême au point de vue matériel, en dommages incalculables pour la société tout entière.
La réforme des forêts, comme celle de l'agnculture, s'accomplira par la restauration des habitudes et dés sentiments que nos classes dirigeantes ë'applltjuëftt à détruire depuis deUx siècles. Elle se trouvera datls le rétàblissëiîiént des farrtilles-souches incorporées au sël,dirigeatlt leurs préoccupalions vers le bien-être des géûéràtions Suturés , se plaisant à jouir des vieux ombrages qui ont abrité les ancêtres ; mettant un légitime orgueil 4 accumuler les splendeurs de la création sur le domaine patrimonial qu'elles veulent rendre cher aqx enfants, et dans lequel elles voient toujours une fraction d^ la patrie.
Taat que subsistera Tesprit d*iadividualisme q^e développent inpessamméat che^ noua les mauvaises mœurs et le partage forcé, on tentera vainement de fonder sur la propriété privée une benne économie forestière,
Pour conserver à la France les nobles futaies de i'Aisâoe et ë6 la Lod-eiiie, il faudra contitiuer à les régir dans le système de la propriété dditianialCi La substitution de l'État à la famille est donc encore ici^ comme dans la plupart des autred modes d'àotivité «oei$le, la conséquenee forcée des abus de Tancien régime et ded erreurë de notre temps ; et c'est ainsi que se sont amoindries, éhez noud^ \&ê Cdnditionë primordiales de rindépendaaed individuelle, qui sont aussi les sources {^^emières de la liberté civile et politique.
IVote pour la pa|g;e 469.
A. JOURDIER.
Forces productives, destructives et improductives de la Hussie^
1 vol. in-80.
Quand on veut se rendre compte de la situation forestière de la Russie, en consultant les documents les plus respectables qui existent sur ce sujet, on est frappé de la sorte d'hésitation qui se produit à chaque pas, dès qu'il s'agit d'affirmer un fait, d'avancer un chiiTre.
On parle sans cesse de l'arpentage général qui remonte à soixante et môme à soixante-dix ans, on avoue )e manque de données précises, et si l'on songe aux moyens qui ont dii être employés en Russie, à l'époque où lesdits arpentages ont été faits, on ne sait véritablement sur quoi compter, et cependant, on a beau chercher, on ne trouve rien de plus précis à consulter.
Si maintenant on voyage en Russie, comme nous l'avons fait pendant plus de dix mois déjà, on est bien plus surpris encore, mais moins
indécis.
Au lieu de ce grand pays à bois immenses, dans lequel on croit arriver, on ne voit partout que forêts rares et saccagées par le vent ou par la hache du moujick : on ne rencontre que bois coupés ou plus ou moins nouvellement défrichés 1
Il n'y a peut-être plus un seul endroit en Russie où il n'y ait à déplorer la dévastation de Vhomme ou celle du feu, ces deux mortels ennemis de la sylviculture moscovite !
Ce que nous disons est si vrai, que les esprits clairvoyants en sont déjà à prévoir une crise qui pourrait bien être terrible, si la découverte d'un plus grand nombre de gisements d'un nouveau combustible, comme la houille ou l'anthracite, ne venait bientôt en atténuer les futurs effets.
S'il était possible d'élever quelques doutes sur ce que nous avançons ici, nous citerions le déboisement de presque toutes les rives du Volga, dont on paie si cher aujourd'hui les conséquences.
Ces conséquences, en effet, sont désastreuses pour la navigation, comme on aurait dû s'y attendre, puisqu'aucune digue ne reste plus pour retenir ni les eaux, ni le sable ; aussi trouve-t-on ce dernier, à chaque pas, sous forme d'îles mobiles, extrêmement dangereuses pour la marine marchande.
La Russie n'est donc pas, comme on le croit assez généralement en Occident, une sorte de vaste forêt vierge, recelant des arbres gigantesques pour la construction, et du bois de chauffage en quantité incommensurable, il s'en faut du tout au tout.