‹ L'aliéné devant la philosophie, la morale et la sociétéChapitre 8 sur 25 · PREMIÈRES CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

PREMIÈRES CONCLUSIONS

l'état des organes ou à celui de l'esprit. Maladie mentale^ phrénopathie ^ psychiatrie ^ sont autant de dénominations défectueuses. Maladie mentale^ phrénopathie , ne peuvent signifier rigoureusement qu'une maladie de Tesprit, et par une ellipse singulière on emploie ces mots à signifier une maladie organique qui porte le trouble dans l'intelligence, ou le désordre intellectuel causé par une maladie organique. Psychiatre ne peut signifier naturellement que le logicien, le moraliste, le prêtre, le redresseur de sophismes, le guérisseur des maux de l'âme, on fait signifier à ce mot par une ellipse semblable ;le médecin du corps qui guérit ou traite le mal organique dont le trouble des facultés morales est l'effet et le symptôme. Peu importe cependant l'insuffisance ou l'imperfection des termes dont on fait usage, si l'on supplée à cette insuffisance, si l'on corrige cette imperfection en plaçant sous les mots usités, populaires ou scientifiques, des idées justes et claires.

Eût-on trouvé le moyen d'exprimer exactement par un seul mot ou dans une seule proposition heureusement balancée, le rapport de ces deux éléments qui caractérisent l'état de l'aliéné, si absolument, si également essentiels et si inégalement considérables aux yeux des différents observateurs, l'état du corps, cause immédiate du mal, élément capital aux yeux de la médecine, l'état de l'esprit constituant plus spécialement la folie elle-même, élément capital aux yeux du psychologue, du moraliste et du légiste, on serait encore bien loin

d'avoir de la folie une connaissance approfondie, ou même approximative. Une seule question très-générale est résolue par toutes les considérations qui précèdent; une seule vérité paraît acquise, que Ton peut exprimer dans ces propositions successives, faute de la pouvoir renfermer tout entière dans une seule :

i"" La folie n'est pas une maladie propre de l'esprit. Un fou n'est pas seulement un homme qui se trompe.

2"" La folie n'est pas non plus , à parler rigoureusement, une maladie purement organique. Un fou n'est pas seulement un corps ou un cerveau malade.

S"" La folie a sa racine dans un état anomal, pathologique des organes corporels.

4"" Cest l'erreur, c'est le déhre, c'est un trouble quelconque des facultés intellectuelles ou morales qui constitue essentiellement la fohe. Elle a son foyer dans les organes et son siège dans l'esprit.

5'' Au point de vue médical, pathologique, thérapeutique, le trouble intellectuel est le symptôme du mal physique ; c'est ce mal physique qui appelle l'attention du médecin, qu'il faut connaître et combattre.

6^ Au point de vue psychologique, moral, social, le trouble intellectuel est la chose capitale, qui entrahie les plus graves conséquences et constitue le fou dans un état exceptionnel.

CHAPIÏEE V

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