‹ L'aliéné devant lui-même, l'appréciation légale, la législation, les systèmes, la société et la familleChapitre 89 sur 100 · OBSERVATION XXXVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXVIII

Délire partiel lypémaniaque. — Hallucinations des plus intenses et des plus dangereuses sous le rapport de la propulsion. — Conviction de persécutions consécutives . — Jugement et volonté dévoyés. — Conservation nette en apparence. — Isolement justifié. — Aucunes relations de famille.

Le nommé A... entre à l'asile de..., en... — D'abord calme et répondant assez précisément, il en imposerait tout d'abord. — Il se renferme ensuite dans une profonde taciturnilé, et toute son apparence extérieure témoigne, pour celui qui a l'habitude, que A... est sous l'influence de souvenirs ou d'images qui l'étrcignent. — Brusquement, un jour, il a un accès de fureur qui aurait pu avoir de funestes conséquences si, sans qu'il s'en doutât, il n'avait été surveillé attentivement. Des bains prolongés, l'opium à haute dose n'ont pas tardé à amener une période de tranquillité, dont on a profité pour interroger longuement le malade. — L'invasion de la maladie mentale semble remonter à environ 7 ou 8 mois. — A... était subitement réveillé pendant la nuit par des émanations exhalant tantôt une odeur sulfureuse, tantôt une odeur de cuivre et produisant chez lui une espèce de suffocation qui l'obligeait à quitter son lit et sa chambre et à courir dans la rue pour prendre l'air. — Ces exhalaisons s'accompagnaient de bruits sourds et cadencés, de chuchottements, de bruits de pas, et quelquefois même d'injures proférées par des voix connues, mais dont A... s'abstient de désigner les auteurs, de peur de les compromettre. — L'une de ces voix disait très-distinctement : « Je tiens mon fou. — Notre malade pro-

teste contre cette qualification, quoiqu'il confesse avoir eu, les mois précédents , les idées troublées au point de lui interdire tout travail intellectuel ou de sa profession. — Son médecin lui avait donné le conseil de voyager et de se distraire, ce qui lui fit grand bien en réalité. — Mais, de retour à sa résidence, les odeurs fétides reparurent et ne le quittèrent pas, quoiqu'il changeât de chambre et d'étage.— Elles étaient même accompagnées d'énormes pétards ou de préparations fulminantes, qui éclataient dans sa chambre avec de vives lueurs et de fortes explosions. En outre, il se sentait étreint à la gorge et aux poignets par des liens invisibles et insaisissables, et il ressentait de vives piqûres. Cet état était, selon lui, intolérable et le chassait souvent la nuit de son domicile. — Plusieurs fois, il a remarqué dans son vin une poudre grise que des persécuteurs invisibles y introduisaient à son insu. Des substances délétères étaient mêlées à ses aliments, et il les retrouvait, dit-il, sous forme de pellicules. Il n'y a pas jusqu'à l'air qu'il respirait qu'on n'ait cherché à rendre malsain, en y projetant des poudres nuisibles et impalpables. — A... raisonne nettement sur beaucoup de choses, et parfaitement à propos de ses intérêts, sur lesquels il donne les explications les plus détaillées et les plus minutieuses. — Mais, lorsque l'on quitte ce sujet pour revenir aux sensations qu'il accuse , le délire se montre de la manière la plus complète. — Le malade proteste contre toute imputation de folie, repousse toute idée d'hallucinations ou de fausses perceptions et demeure énergiquement convaincu de la réalité de son délire. — Il explique ses divagations nocturnes par le besoin de se soustraire à des persécutions réelles, et ses accès de fureur par des nécessités de légitime défense.

Rumarques. — Nous nous trouvons ici en face d'une folie des plus redoutables, et parce que les hallucinations

ont une ténacité invincible aboutissant à des accès de fureur qu'on ne peut prévoir, et parce que la personne est généralement polie, calme, raisonnant intelligemment. — Le malade est tellement subjugué que, tout en ayant l'apparence de la netteté intellectuelle, son jugement et sa volonté sont totalement dévoyés. — Or, une intensité de symptômes comme ceux que nous avons décrits conduirait fatalement à des propulsions funestes l'homme qui séjourne à l'extérieur avec la faculté d'agir sans trouver à côté de lui un frein qui le maintienne et soit toujours prêt à arrêter ses écarts. — L'isolement est donc très-justifié et, bien que l'individu ressente parfois beaucoup de peine d'être maintenu, l'intérêt général qui se trouve sous le coup de violences des plus regrettables et même de l'homicide, doit passer avant l'intérêt personnel. Ce dernier, du reste, se trouve en de meilleures conditions dans l'asile; car, le malade soumis à la discipline, à une crainte salutaire et à la régularité d'existence, soustrait aux contrariétés de chaque instant inhérentes à la vie du hehors et au devant desquelles se précipiterait une imagination en délire ; le malade, dis-je, trouve une diminution dans l'exacerbation de ses conceptions, du restraînt dans son agitation, plus de calme dans le sommeil, du repos enfin dans le névropathisme général; en outre, chaque fois qu'il a besoin, il trouve immédiatement les soins physiques et moraux que sa situation exige. — Le danger attaché à son caractère vésanique commande la séquestration. — Sinon, trouverait-il à domicile les utilités auxquelles il a droit, puisqu'il n'a aucunes relations de famille?

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