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CHAPITRE VI LES ÉVACUÉS

La guerre de manœuvres qui succéda à la guerre de position provoqua le déplacement de populations nombreuses en Belgique et dans le nord de la France. Quantité de localités furent évacuées et leurs habitants que, par hypallage, on prit l'habitude d'appeler des évacués, cherchèrent un refuge sur le territoire du gouvernement général. Leur arrivée soudaine en nombre considérable dans diverses régions du pays en mai et en juin 1917 y troubla la marche du ravitaillement. Les Comités responsables se plaignirent de ne pas avoir des stocks de farine -suffisants pour couvrir tous les besoins. Le Comité National remédia à cette situation en faisant constituer au Stock général établi aux usines Remy, à Louvain, une réservée de 800 à 1,000 tonnes de froment destiné à faire des avances aux provinces qui avaient à nourrir des évacués de la zone d'étape.

A l'époque où cet exode se produisit, les vivres distribués à la population sédentaire étaient loin de suffire à son alimentation. Les évacués ne disposant d'aucune réserve et ne possédant souvent que peu de ressources, eussent souffert de la faim si on ne leur avait accordé un supplément de ration. A la réunion du 3 mai 1917, le Comité exécutif fit savoir aux délégués provinciaux que les évacués de nationalité française auraient droit en Belgique à la ration belge et, de plus, à un supplément fourni par le Comité d'alimentation du nord de la France. Ce supplément se composait de i kilo de fécidents et de i kilo de graisse ou de viande conservée par mois et, en outre, de certains produits spéciaux pour les enfants, les malades et les vieillards. A partir du i^'" novembre 1917, la ration belge ayant été augmentée, le supplément accordé par le Comité du nord de la France fut diminué de moitié.

Par suite de la pauvreté de ses approvisionnements, le Comité

National ne put, en mai 1917, assimiler les évacués belges aux évacués français. Mais il autorisa les Comités provinciaux à le faire si leurs disponibilités en vivres le leur permettaient. L'amélioration des arrivages durant le dernier trimestre de 1917 rendit possible la transformation en règle positive de ce qui n'était qu'ime faculté. Une instruction du 20 décembre 1917 ordonna de remettre aux évacués belges, à dater du i^^ janvier 1918, une ration supplémentaire identique à celle des évacués français. Les vivres nécessaires furent mis à la disposition des provinces.

Le recul des armées allemandes en France et en Belgique à la suite de la grande offensive entreprise par les troupes alliées au mois de juillet 1918, détermina tm accroissement considérable du nombre des évacués. Il n'était pas facile de leur procurer une alimentation convenable et de les empêcher en même temps de revendre les produits qu'on leur donnait si, dans certaines circonstances, la ration qu'on leur accordait dépassait en ce moment leurs besoins. Comme précisément les Gouvernements alliés avaient signalé au Comité National que beaucoup de graisse passait de Belgique en Allemagne et l'avaient menacé d'arrêter les envois de graisse à la C. R. B. si ce trafic continuait, le Comité exécutif crut utile de faire aux délégués provinciaux certaines recommandations au sujet de la manière de ravitailler les évacués. La note suivante fut lue à la séance du 3 octobre 1918 :

On a signalé de divers côtés que le trafic dont certaines denrées distribuées par le Comité National font encore l'objet, provenait, pour une partie tout au moins, des évacués. Dans certains cas ceux-ci, qui ont droit à des rations supplémentaires, vendent une partie des denrées importées qui leur sont remises pour se procurer les ressources nécessaires à l'acquisition des produits indigènes indispensables : pommes de terre, légumes frais, \'iande, etc. Dans d'autres cas, recevant leurs rations à la veille de quitter le pays ou la région où ils résident momentanément, ils les revendent pour n'avoir point à les emporter. D'autres situations encore se présentent dans lesquelles l'évacué est en quelque sorte poussé à céder les \dvres qu'il reçoit du Comité National. Certains Comités ont tourné la difl&culté d'une façon qui nous paraît très heureuse : au Ueu de remettre aux évacués les rations qui leur reviennent, ils font préparer la soupe et des repas qui leur sont servis chauds. De cette manière, il n'y a plus de trafic possible et les évacués, qui sont généralement très mal installés

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pour accommoder leurs vivres, se voient assurés de repas réguliers et bénéficient de l'économie qui résulte de la préparation des vivres en commun. Au surplus, il entre dans ces préparations des produits indigènes que les évacués n'ont plus à acheter sur place.

Nous ne pouvons qu'applaudir à cette initiative. Nous voudrions la voir imiter par tous les Comités auxquels ressortissent des évacués français ou belges. Le service de la soupe et des repas devrait être de règle pour tous les évacués passagers et pour les autres pendant les premiers jours qu'ils passent dans leur nouvelle résidence, c'est-à-dire pendant la période de leur installation.

Ces infortunés arrivent dans nos contrées généralement après un long voyage ; ils sont partis à l'improviste et n'ont pu se munir que des objets strictement indispensables. Sans doute, l'on doit compter sur l'hospitalité des populations, mais celles-ci ont à peine de quoi subvenir à leur propre existence. Dans ces conditions, quel accueil veut-on qu'elles réservent aux malheureux évacués qui viennent accroître leurs charges et augmenter leur propre détresse?

C'est un devoir impérieux d'humanité de veiller à ce que les évacués soient bien reçus partout. Le Comité National et ses sous-organismes, qui ont pour devoir d'assurer le ravitaillement de tous les habitants, doivent mettre tout en œuvre, non seulement pour leur fournir des vivres, mais aussi pour alléger la charge que leur séjour parmi nous constitue pour toute la population belge. Nous reconnaissons qu'il n'est pas possible d'organiser partout des soupes et des repas, mais il y a d'autres façons de venir en aide aux évacués. Il est notoire, par exemple, qu'ils parviennent difficilement à se procurer des vivres indigènes dans beaucoup d'endroits où ils en trouveraient à suffisance s'ils étaient aidés et soutenus par le Comité local et par l'autorité morale de l'un ou de l'autre de ses membres.

Ce que nous voulons, c'est que nos Comités locaux ne considèrent pas leur devoir accompU lorsqu'ils ont distribué les rations de vivres fixées. Ils doivent se préoccuper constamment de la situation matérielle des évacués étabUs dans leur ressort et, le cas échéant, prendre les initiatives voulues pour les aider à supporter leur terrible épreuve.

Nous prions les Comités provinciaux de donner des instructions dans ce sens à tous leurs sous-organismes et de veiller eux-mêmes, dans les agglomérations où les évacués sont nombreux, à établir un régime efEectif d'aide et d'assistance, ce qui répond aux besoins que nous avons tenu à leur signaler ici.

Mais, par la retraite générale et précipitée de l'armée allemande, le nombre des évacués refoulés vers l'intérieur du pays s'accrut bientôt rapidement. Les autorités allemandes paraissaient résolues à chasser devant leurs troupes tous les habitants. Les protestations des directeurs du Comité hispano-néerlandais

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et l'intervention personnelle des Ministres protecteurs qui se rendirent le i8 octobre dans les régions menacées du nord de la France et de la Belgique, les déterminèrent à abandonner ce système. Les habitants furent autorisés à rester dans leurs demeures, les évacuations forcées cessèrent, mais beaucoup avaient déjà eu lieu et nombre d'habitants furent obligés, par la crainte d'un bombardement, de prendre la fuite. Des colonnes de fugitifs s'avancèrent des Flandres, du Hainaut et du nord de la France vers la Belgique centrale et orientale. Certaines localités comptèrent une population flottante supérieure à leur population sédentaire. L^es autorités allemandes se désintéressaient de ces malheureux, sauf pour les écarter des routes principales que suivaient leurs armées. I^e 31 octobre, le Comité exécutif rappela aux délégués des Comités provinciaux ses recommandations relatives à l'alimentation des réfugiés. « Toutefois, ajouta-t-il, comme dans les circonstances actuelles la question d'humanité doit primer toutes les autres, les Comités ne doivent pas hésiter à faire de larges prélèvements sur les stocks réservés à leur ressort respectif, en vue de porter une aide immédiate et effective à ces hôtes cruellement éprouvés par les misères de la guerre. « lycs mesures d'exécution furent examinées par les chefs de service dans leurs réunions des 8 et 25 octobre et du 6 novembre 19 18. Les extraits des procès- verbaux de ces réunions publiés ci-dessous constituent un tableau éloquent de la misère endurée par les évacués et des efforts accomplis pour leur venir en aide.

Si la situation créée par cet afflux d'étrangers avait duré, il eût été nécessaire de reviser les règlements en vigueur pour adapter leurs dispositions au nouvel état de choses. Mais la signalture de l'armistice et le départ des troupes allemandes qui en fut la conséquence, permirent à beaucoup de réfugiés de regagner leur domicile dès la mi-novembre. Le Comité National prescrivit aux Comités provinciaux d'accorder aux évacués toutes les facilités possibles pour effectuer leur voyage de retour et leur ordonna de remettre à chacun d'eux six rations de pain comme ration de route.

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