CHAPITRE PREMIER L'ADMINISTRATION CENTRALE
1. — La collaboration du Comité National et de la Commission for Relief in Belgium. (Novembre 1914-avril 1917.)
Le ravitaillement de la Belgique fut confié, à partir du 5 novembre 1914, à deux Comités distincts : l'un, le Comité National, composé de Belges résidant en Belgique, l'autre, la Commission for Relief in Belgium, constituée par des personnes appartenant à des Etats non belligérants et résidant soit en Belgique soit à l'étranger. Chacun de ces Comités eut sa mission propre. Comme le disait le président du Comité exécutif aux délégués provinciaux, le 20 mai 1915 : « La Commission for Relief in Belgium a pour principal objet d'acheter des denrées pour le compte du Comité National et de les envo3-er jusqu'au lieu de distribution; le Comité Natiwial prolonge, en Belgique, l'œuvre de la Commission for Relief in Belgium. Il a spécialement pour tâche d'établir les besoins de la population et de répartir les denrées importées suivant ces besoins. « Dans ce partage des fonctions, le Comité National paraît occuper la place secondaire et n'être que l'auxiliaire de la Commission, N'est-ce pas celle-ci qui porte, vis-à-vis de l'Entente, la responsabilité de l'entreprise, qui veille au respect des garanties accordées par l'occupant, qui achète les marchandises outre-mer et les transporte en Hollande, qui les répartit en Belgique,
ne les abandonnant qu'au moment où elles arrivent aux services chargés de les remettre aux consommateurs. Que reste-t-il à faire au Comité National, sinon à parachever une œuvre presque à son point d'aboutissement? En apparence il en est ainsi, mais la réalité est toute autre. L'âme de l'entreprise, c'est le Comité National et la Commission for Relief in Belgium n'est qu'une armature, api^rojDriée aux circonstances, qui le couvre pour lui permettre de remplir son rôle en territoire envahi. S'il ne négocie ni avec l'Entente, ni avec l'occupant, c'est lui qui guide les négociateurs ; s'il n'achète pas les produits en dehors, c'est lui qui établit le programme des achats; s'il n'organise pas le transport des produits en Belgique, c'est lui qui indique leur mode de répartition. Il interv-ient, comme l'esprit conducteur, dans toutes les opérations du ravitaillement ; rien de ce qui se fit en Belgique par l'intermédiaire de la Commission for Relief ne lui demeura étranger.
Par la force des choses, l'accord du Comité National et de la Commission for Relief in Belgium était nécessaire pour toutes les décisons d'ordre général concernant le ravitaillement. Pour acheter et transporter, la Commission devait obtenir du Comité National l'indication des besoins et celle de la destination des marchandises; pour distribuer, le Comité National devait savoir ce que la Commission était à même de lui procurer. Afin de gagner du temps, on évita le plus possible les écritures et les échanges de vues eurent souvent lieu verbalement. Pour les faciliter, dès le début des opérations, les représentants de la Commission for Relief assistèrent aux séances du Comité exécutif du Comité National et à celles de la réunion hebdomadaire des délégués provinciaux du Comité National, la fameuse réunion du jeudi. Ils étaient ainsi en contact intime avec les membres du Comité National. Les bureaux dépendant de chacun des deux Comités furent installés dans le même inmieuble, ce qui facilita les relations entre eux.
Ce mode de collaboration qui fusionnait en quelque sorte les deux Comités n'était possible que dans la délibération. Pour l'exécution, il fallait délimiter et préciser autant que possible la compétence de chacun des collaborateurs, sous peine de tomber