LES POMMES DE TERRE
à la liberté du commerce. (Lettre de la Division politique au ministre d'Espagne, du i6 mai 1915.)
Le Comité du Luxembourg s'inclina et demanda le monopole de l'exportation aux autorités allemandes, mais celles-ci le lui refusèrent. Découragé par ces échecs, il renonça à servir d'intermédiaire aux autres Comités et pria ceux-ci de s'adresser directement aux producteurs. (Lettre du 7 mai 1915.) Ces Comités sortirent d'embarras comme ils le purent. Ils s'efforcèrent d'utiliser les ressources de leurs provinces : le Comité d'Anvers convia même les communes à réquisionner les pommes de terre pour cause de nécessité publique. Ils recoururent souvent aux services de particuliers qui, esquivant les règlements de l'autorité allemande, se procuraient des marchandises dans tout le pays, même dans les régions d'étape. Enfin, comme on le verra plus loin, le Comité National leur vint en aide en important des pommes de terre de Hollande.
Dès le début de la récolte de 1915, le Comité National s'efforça de nouveau de faciliter aux Comités provinciaux l'acquisition d'un produit indispensable à l'alimentation des classes indigentes dans les grands centres de la population. Le 23 septembre 1915, le président du Comité exécutif exjiosa en ces termes aux délégués provinciaux l'état de la question :
Nous avons demandé à l'autorité allemande d'interdire la sortie des pommes de terre, pour réagir ainsi contre la spéculation et pour assurer au pays les moyens d'existence. Il est indispensable que les Comités provinciaux se mettent d'accord entre eux et avec les Comités locaux pour organiser méthodiquement l'achat de leurs provisions de pommes de terre. Comme il n'existe pas de droit de réquisition, ni de prix maximum dont la fixation, sans moyen de contrainte, serait d'ailleurs inefficace, les Comités provinciaux et locaux qui constituent les principaux acheteurs et qui peuvent exercer une grande influence sur le marché ont tout intérêt à ne pas se faire concurrence et éviter ainsi la'hausse anormale •des prix.
Que les Comités provinciaux organisent à leur gré les achats à faire dans leur territoire, mais qu'ils s'interdisent de faire des achats hors de celui-ci.
Déjà le 17 septembre précédent, le Comité National donnant l'exemple de l'activité, avait prié le Comité du Luxembourg
d'acheter dans la province, pour le compte des Comités du Hainaut et de Liège, toutes les quantités disponibles et lui avait ouvert, à cette fin, lui crédit de i million de francs.
Ce fut le dernier acte d'intervention du Comité National dans la répartition des pommes de terre indigènes. En novembre 1915, il prit la décision de ne plus s'occuper des produits d'origine belge.
L'occupant prétendit se charger de la répartition des pommes de terre et créa, le 17 janvier 1916, un '< Bureau d'approvionnement en pommes de terre ». Il s'y prit de telle manière que bientôt la disette régna où l'on aurait dû rencontrer l'abondance.
Pendant la première année d'existence du Comité National, les Comités provinciaux achetèrent en Belgique, pour les distribuer à la population nécessiteuse, outre les pommes de terre, beaucoup de produits alimentaires de provenance indigène ou importés par les voies ordinaires du commerce. Les réserves de marchandises indigènes et étrangères sont énormes en temps de paix dans un pa^-s riche comme la Belgique et leur utilisation judicieu.se pouvait faciliter, durant les troubles causés par la guerre, le ravitaillement de la population. Les maisons de commerce parvinrent d'ailleurs, pendant ime période assez longue, à s'approvionner de certains articles en Hollande. Le Comité National engagea les Comités provinciaux à profiter des offres qui pourraient leur être faites et à acheter dans le commerce libre les produits qui s'y trouvaient encore. Il les y aida en leur commimiquant les propositions qui lui étaient adressées, mais il leur laissa toute la responsabilité des transactions.
Afin d'éviter tout malentendu, dit M. le Président du Comité exécutif aux délégués provinciaux dans la séance du 10 juin 191 5, nous croyons utile de rappeler que les offres de service reçues par le Comité National et émanant de particuliers ou de firmes quelconques, ne sont cormnuniquées aux Comités provinciaux qu'à titre de simple renseignement, sans aucune respousabilité ni garantie. I^ fait de donner connaissance de ces ofltres n'implique aucune espèce de patronage ni de réclame. C'est aux Comités provinciaux qu'il appartient de voir si ces offres peuvent les intéresser, et si les conditions qui leur sont faites .sont en rapjxirt avec la valeur marchande des articles pré.sentés.
L'inconvénient de ces achats dans le pays, c'est qu'ils donnaient
DÉFENSE d'acheter DES PRODUITS INDIGÈNES 47
lieu à la distribution simultanée par les Comités de produits importés et garantis contre toute réquisition militaire et de produits soumis au régime commun. Les autorités allemandes pouvaient en prendre prétexte pour inspecter les magasins du Comité National et même y opérer des saisies. Quand, durant l'été de 1915, les rapports se tendirent entre elles et le Comité National à propos de la saisie des céréales indigènes, le Comité,, pour leur enlever tout prétexte d'intervention, enjoignit à ses organes subordonnés de ne jamais entreposer dans les mêmes magasins les marchandises introduites en Belgique par la Commission for Relief in Belgium et celles qui avaient été achetées en Belgique (12 avril 1915). Cette mesure ne parut pas assez radicale et, à la séance du 16 novembre 1915 des délégués des Comités provinciaux, le Comité National fit insérer au procèsverbal : « Tous les organismes qui nous sont subordonnés doivent éviter de faire au nom du Comité National des transactions sur des produits autres que ceux que le Comité National met à leur disposition ». Certains Comités provinciaux renoncèrent avec peine à ce S3'stème d'achats qui était avantageux pour les populations et offrait, dans certains cas, un moyen de parer à l'irrégularité des importations. Le Comité du Luxembourg continua jusqu'au milieu de l'année 1916 à fabriquer de la farine de pois et à mettre en conserve des fruits et des légumes, notannnent des potirons, dont il utilisait une partie pour les oeuvres de secours et vendait le surplus à d'autres Comités provinciaux. Plus d'ime fois, le Comité National, bien à contre-cœur, dut réprimer ces initiatives intelligentes et rappeler les Comités provinciaux au respect de ses instructions. « Nous réitérons nos instructions au sujet des produits indigènes, lit-on au procèsverbal de la réunion des délégués des Comités provinciaux du II mai 1916, les Comités provinciaux et locaux doivent s'abstenir, d'une manière absolue d'acheter des produits indigènes (i) «.
(i) L'autorité allemande surveillait attentivement l'exécution de ces ordres et intervenait si un Comité provincial essayait, par un détour, d'esquiver la défense édictée. Le 6 mai 1916, la « Deutsche Vermittlungsstelle, C. N. » écrit au Comité National :
" Il résulte du procès- verbal du Comité provincial du Hainaut, en date
En dehors des circonstances qui viennent d'être exposées, le Comité National renonça à utiliser pour le ravitaillement du paj^s des produits indigènes, à moins que ceux-ci n'eussent été assimilés par les autorités allemandes aux produits importés et garantis, comme ceux-ci, de saisie par voie de réquisition. C'est à la suite d'un accord avec ces autorités, accord dont il sera question plus loin, qu'il fit acheter par ses Comités locaux, à partir de 1915, les céréales propres à la panification produites dans le pays, en 1917 et 1918, une certaine quantité d'avoine attribuée par l'occupant à l'alimentation humaine et, en 1918, de l'orge et du maïs.
C'est parce qu'il escomptait l'approbation de l'occupant qu'il entreprit d'organiser, en 1916, le ravitaillement en lait, en beurre et en œufs des œuvres de secours ou de bienfaisance. Si les plans élaborés étaient réalisés, il en fut résulté une grande amélioration dans l'alimentation des enfants, des vieillards et des malades. Le projet fut exposé aux délégués des Comités provinciaux à la séance du 4 mai 1916 dans les termes suivants :