ENTREPRISES DE CULTURE
consomment de notables quantités de beurre, de lait, d'œufs. Le Comité National pourrait livrer le fourrage à ces œuvres, à condition, pour celles-ci, de s'en servir exclusivement pour se procurer des produits indigènes. Les fourrages seraient cédés aux œuvres selon leurs besoins; elles les offriraient aux producteurs de lait, de beurre et d'œufs en échange de leurs produits, sur une base à convenir de commun accord. lyC beurre, le lait et les œufs fournis devraient représenter approximativement la valeur des fourrages cédés en échange.
Le lait est le principal article intéressant nos œuvres de secours et principalement les œuvres de l'enfance et il n'est pas douteux que les producteurs de lait se trouveraient attirés par l'offre des fourrages dont nous disposons.
Pour assurer le fonctionnement régulier de ces échanges en nature, les œuvres de secours auraient à s'entendre avec les producteurs. Ceux-ci devraient souscrire l'obligation de fournir leurs produits et s'interdire d'une façon absolue de vendre les fourrages qu'ils reçoivent.
On peut prévoir deux hypothèses ; celle de grandes exploitations agricoles s'engageant pour un certain temps de fournir régulièrement du lait à une œuvre déterminée, et celle de petits producteurs apix)rtant leur lait au jour le jour, sans aucune espèce d'engagement. Avec les premières, on concluerait des contrats selon le modèle A ci-annexé; aux seconds, on remettrait à chaque fourniture un laisser-suivre pour une quantité de fourrage équivalente, suivant un bon adopté, à la quantité de lait fourni. Les fourrages seraient vendus par le Comité provincial aux œuvres intéressées, mais ils resteraient emmagasinés dans les magasins du Comité, où les porteurs de laisser-suivre pourraient les enlever en produisant leur laisser-suivre. De cette manière le Comité provincial conserverait un contrôle effectif sur la répartition des fourrages. Il va de soi que les contrats et les laisser-sui\Te qui mentionneraient les obUgations des porteurs, réserveraient, pour le Comité National comme pour le Comité pro\'incial, le droit de contrôler la consommation des fourrages par les producteurs.
Des formules pour les contrats à passer avec les producteurs furent préparées par l'administration centrale. Mais des difficultés imprévues suscitées par l'administration allemande (voir son mémorandum daté du 4 juillet 1916) surgirent et, au mois d'août 1916, le Comité National annula les instructions du 4 mai précédent. Il continua cependant à seconder les Comités provinciaux ou les œuvres patronnées dans les efforts que la plupart firent pour assurer un approvisionnement régulier en produits de la ferme aux enfants, aux vieillards et aux malades. Les résultats obtenus par ces entreprises isolées sont exposés dans
le rapport élaboré par le département de secours du Comité National.
Le Comité National s'efforça également d'obtenir le droit de distribuer à la population le sucre produit dans le pays.
Quand au mois de septembre 1915, l'occupant annonça son intention de réquisionner une partie de ce sucre, le Comité National sollicita la faculté d'acquérir la partie qui resterait disponible afin d'éviter que les spéculateurs ne haussent les prix d'une façon exagérée. vSa requête fut rejetée et la répartition du sucre confiée à un bureau central dirigé par un fonctionnaire allemand. A l'ouverture de la campagne sucrière de 1916, le Comité National intervint de nouveau et demanda à la Commission for Relief in Belgium de négocier la concession aux Comités provinciaux du droit de répartir la partie du sucre laissée à la population. Cette seconde démarche n'eut pas plus de succès que la première.
Obligé par les exigences de l'occupant à se cantonner dans l'importation et la distribution des vivres exotiques, le Comité National n'en veilla pas moins, dans la mesure où il le put, à la bonne utilisation des produits indigènes. Il ne cessa de rappeler aux œuvres de secours qu'elles doivent acheter le plus possible de vivres indigènes pour alléger la charge de la Commission for Relief in Belgium et pour faciliter la constitution de réserves de vivres importés, les seuls que l'occupant ne puisse saisir. Il pressa les communes de prendre des mesures pour obtenir sur place de quoi nourrir en partie leurs habitants. Le 13 décembre. 1917, il jette lui vrai cri d'alarme en les avertissant du danger qui les menace si elles ne font pas preuve d'initiative et d'activité :
Les difficultés sans cesse grandissantes des transports à l'intérieur du pays menacent de réduire les communes agricoles ou semi-agricoles à leurs propres ressources pour l'alimentation de leur population. Le Comité National ne peut, en eiïet, garantir qu'il lui sera indéfiniment possible d'y faire parvenir les vivres exotiques autres que les céréales servant à la panification, qu'il importe sous le couvert de la Commission for Relief in Belgium, et notamment les féculents. En signalant cette situation, le Comité National désire attirer l'attention de toutes les communes sur la nécessité de prendre, dès à présent, des mesures pour assurer sur place une production de vivres suffisante pour les besoins de leurs habitants. On est, d'ailleurs, déjà entré dans cette voie dans plusieurs régions.
PRODUCTION DE \aVRES PAR LES COMMUNES 5I
Dans de nombreuses communes, la Ligue du Coin de terre, secondée par les autorités locales, s'efEorce de procurer des terres en location aux ménages à raison de i ou 2 ares par personne et prend ses dispositions pour leur fournir les semences nécessaires, soit directement, soit par l'intermédiaire de la section agricole ou des coopératives intercommunales. Dans d'autres, les administrations communales entreprennent ellesmêmes des cultiures pour suppléer à l'insuifisance de la production des cultures individuelles.
Il ne se contente pas de les exhorter à agir, il les seconde de toute son influence et de ses ressources. Il provoque, par l'intermédiaire de ses délégués à la Commission centrale des récoltes, une déclaration de cette commission portant que « les communes peuvent sécher les légumes qu'elles ont produits elles-mêmes », et il insite auprès des Comités provinciaux pour qu'ils invitent les communes de leur ressort à user de cette disposition (26 juillet 1917). Par sa section agricole, il aide les communes et les œuvres de bienfaisance à mettre en culture les terres abandonnées. Au mois de mai 191 7, il organise, avec la Commission for Relief in Belgium, 'l'importation et la distribution de plants de pommes de terre hollandaises. Quelques mois plus tard, il s'efforce, par une voie détournée, de faciliter aux institutions communales et aux œuvres de secours l'acquisition de produits alimentaires indigènes. Lui seul jouit de l'autorité morale et des ressources financières qui permettent un effort collectif considérable. Dans tous les domaines où, en temps de guerre, l'intervention du Gouvernement se justifie, il doit agir, car il représente tout ce qui reste en Belgique d'autorité générale qui ne dépende pas de l'occupant. Le but à atteindre à ce moment est de permettre aux organismes communaux isolés et aux œuvres privées de procéder à des achats importants dans tout le pays, malgré les obstacles que les règlements de l'occupant mettent au commerce et au transport de produits alimentaires A son initiative se crée un bureau fédéral groupant les représentants des coopératives communales ou intercommunales. Mais ce bureau ne peut prendre une forme commerciale sans l'autorisation de l'autorité allemande. Demander cette autorisation, c'est' provoquer l'intervention allemande dans les opérations du bureau. Le Comité National imagine un artifice. Il existe dans
la section agricole un modeste organisme nommé l'Assistance agricole, presque dépourvu de vitalité et dont les Allemands ne s'occupent pas. C'est cette sous-section qui, au moyen de fonds avancés par la Banque belge pour l'étranger, organise un service exclusivement chargé des achats et des ventes pour le compte du bureau fédéral. Au bout d'un certain temps, l'autorité allemande découvrit le subterfuge et, pour n'être pas accusé de sortir de ses attributions, le Comité National fit reprendre par la Société coopérative des Magasins communaux de l'agglomération bruxelloise le service géré par l'Assistance agricole.
Dans le même ordre d'idées, le Comité National négocie avec l'autorité allemande, par l'intermédiaire du Comité hispanonéerlandais, une convention réglant l'achat de la viande indigène nécessaire au ravitaillement des soupes populaires. Ce règlement, communiqué aux délégués des Comités provinciaux, le 21 mars 191 8, est ainsi conçu :
1° Les Comités provinciaux indiqueront, au président de l'administration civile de leur ressort, les besoins en viande des œuvres de leur circonscription, pour qu'il y soit satisfait dans la mesure où les ressources provinciales le permettent.
Éventuellement, l'autorisation d'acheter du bétail dans une autre province sera demandée afin que le président de l'administration civile du ressort puisse se mettre en rapport avec son collègue de la province qui doit livrer.
2° Afin d'éviter une hausse factice des prix, les achats agréés seront dans les diverses provinces, sauf le Hainaut, vérifiés par la Société coopérative intercommunale. Ce sera celle-ci qui fera exécuter les livraisons au fur et à mesure des disponibilités du marché. La question du paiement sera réglée commercialement entre le Comité National et la Société coopérative intercommunale.
3° En ce qui concerne le Hainaut, le Comité provincial indiquera les besoins en viande des œuvres à M. le président de l'administration civile de cette province, comme il est dit sub 1°; mais ce sera le Comité qui devra intervenir comme acheteur.
Par cette conduite prudente et habile, le Comité National parvient, sans éveiller la défiance de l'administration allemande, à faire des Magasins communaux une sorte d'administration générale s'occupant, sous sa direction, de l'emploi des vivres
indigènes pour la consommation publique. Par leur intermédiaire, des opérations de grande envergure sont faites et un secours appréciable apporté au ravitaillement. Dans l'été de 1918, à im moment où la distribution des féculents est à peu près suspendue et où la ration de pain a été diminuée, le Comité National fait vendre, sous leur nom, dans les succursales de la maison Delhaize frères, pour 18 millions de francs environ de pois, de haricots, de farine de sarrazin.etc. Dès le 18 a\T:il 1918, son Comité exécutif fait appel à eux pour compenser, par des ventes plus abondantes de vivres indigènes mis en conserve, la diminution des rations de vivres exotiques. A la réunion des délégués des Comités provinciaux tenue à cette date, le président du Comité exécutif prie les délégués d'engager les Magasins communaux de leur ressort à mettre en vente les denrées qu'ils possèdent, même s'il doit en résulter pour eux une perte pécuniaire. La communication se fait verbalement et n'est pas insérée au procèsverbal de la séance, pour ne pas attirer au Comité National, de la part de l'administration allemande, le reproche de sortir de ses attributions (i).