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L'avoine dans l'alimentation humaine

Pour compenser, quelque peu, le déficit dans les arrivages de céréales panifiables, le Comité National s'efforça d'obtenir de l'autorité allemande la disposition d'une certaine quantité d'avoine. Le 20 novembre 1916, il fit présenter par sa section agricole à la Commission centrale des récoltes les propositions suivantes :

I/arrêté du 21 juillet 1916 décrète la saisie de l'avoine « au profit de la population civile et uniquement en vue de l'alimentation des animaux ».

La pénurie des vivres, et plus spécialement de graisse et de pommes de terre, oblige la population à recourir à toutes sortes d'aliments qui étaient destinés normalement à l'entretien des animaux. L'avoine constituerait, dans les circonstances actuelles, un aliment d'appoint qui serait particulièrement utile pour les enfants et les nécessiteux. Cet aliment est riche en matières grasses, en albumine et en sels minéraux et, comme le prix d'achat est fixé à 33 francs, il pourrait être livré à la consommation à un prix relativement bas.

D'après le recensement, les quantités disponibles, pour la vente dans le territoire du gouvernement général, s'élèvent à 122,753 tonnes qui doivent servir à nourrir les chevaux du commerce et de l'industrie. Il n'est pas douteux que, étant données la limitation de la ration par cheval et la diminution du nombre de chevaux, une importante quantité d'avoine (i) pourrait être offerte à la consommation humaine. Il y aurait donc lieu de modifier, dans ce sens, l'arrêté du 21 juillet 1916 qui réserve l'avoine exclusivement à l'alimentation des animaux. S'il entrait dans les intentions du gouvernement général d'assimiler certaines quantités d'avoine aux céréales alimentaires saisies pour la consommation humaine et d'en confier l'achat et la vente au Comité National, celui-ci demanderait l'autorisation d'acheter immédiatement 2,000 tonnes. Son intention serait de les faire .servir, plus spécialement, aux œuvres de l'enfance jxtur lesquelles le gruau d'avoine serait très utile; et il se proposerait de faire entrer les 2,000 tonnes de maïs, qui seraient ainsi remplacées par l'avoine,

(i) On l'évaluait à 60,000 tonnes.

dans le rationnement complémentaire donné à la population. Le Comité National propose donc :

1° D'autoriser l'emploi de l'avoine dans la consommation humaine;

2° D'autoriser également le Comité National à acheter 2,000 tonnes d'avoine pour l'alimentation humaine sous les mêmes conditions que l'achat des céréales indigènes et, pour autant que de besoin, de demander à M. le gouverneur général d'apporter à son arrêté du 21 juillet 1916, les modifications qui seraient nécessaires à cet effet, par exemple, par une disposition conçue comme suit : Par dérogation à l'arrêté du 21 juillet 1916, des quantités d'avoine, à déterminer périodiquement par la Conmiission centrale des récoltes, pourront être mises à la disposition de la consommation humaine et achetées à cet effet par le Comité National.

L'intendance militaire, qtii avait dans ses attributions le règlement des questions concernant l'avoine, reconnut qu'il y avait lieu de considérer cette céréale comme un succédané d'autres substances alimentaires qui faisaient défavit et, le 12 décembre 1916, parut un arrêté du gottverneur général autorisant l'emploi de l'avoine dans l'alimentation himiaine.

Se basant siu' le texte de l'arrêté du 8 juillet 1916 relatif à la saisie des céréales indigènes, le Comité National réclama le droit exclusif d'acheter la partie de la récolte d'avoine qui ne serait pas utilisée pour l'alimentation des animaux. Cet arrêté déclare, en effet, dans ses articles i^^ et 7 : « Les céréales de tout genre : le seigle, le froment et l'épeautre, pouvant servir à la panification et devant être récoltées en 1916 dans le territoire du gouvernement général sont saisies au profit de la population civile dudit gouvernement; le Comité National obtient le droit exclusif d'acheter les stocks saisis provenant de la récolte de 1916. » Depuis l'arrêté du 12 décembre 1916, disait le Comité National, l'avoine fait partie des céréales pouvant servir à la panification. L'arrêté du 8 juillet a une portée générale. Il envisage l'utilisation des céréales de tout genre et il ne cite, qu'à titre d'exemple, le seigle, le froment et l'épeautre.

Les autorités allemandes refusèrent d'admettre cette interprétation. C'est en vain que le Comité National fit valoir la détresse de la population, la pénurie des pommes de terre et de la graisse, qu'il promit de n'utiliser l'avoine que pour les œuvres de secours, offrit de faire des démarches auprès jdes Gouverne-

CESSION d'avoine PAR l'iNTENDANCE MII^ITAIRE IO5

ments de l'Entente pour obtenir un accroissement des importations de céréales, de telle manière que la concession du Gouvernement allemand amenât l'acceptation d'une charge noiivelle par ses ennemis. L'intendance voulait bien consacrer à l'alimentation humaine une partie de l'avoine disponible, mais entendait s'en réserver la disposition. Elle ne cacha pas, au cours des pourparlers, que son intérêt était de conserver en stock les quantités de céréales les plus importantes possible et que l'octroi d'une ration plus ou moins grande de pain l'intéressait relativement peu. Elle consentait, tout au plus, à céder au Comité National quelques centaines de tonnes de gruau d'avoine fabriqué par ses soins en échange d'une partie de froment provenant de la récolte indigène.

Le Comité Xational ne pouvait accepter cet arrangement qui substituait simplement l'avoine au froment sans accroître les ressources alimentaires. Il insista de nouveau pour obtenir le droit d'acheter de l'avoine et chargea son délégué à la Commission centrale des récoltes de demander que 3,000 tonnes d'avoine fussent libérées au mois de janvier.

L'intendance militaire consentit enfin à permettre au Comité National d'acheter, dans l'arrondissement de Nivelles, 1,000 tonnes d'avoine, à la condition que pour 100 kilos d'avoine emplo5'és à la consommation humaine 82 kilos de froment de la récolte indigène fussent distraits de la libération mensuelle et versés à la réserve. Par une lettre du 3 mars 1917, le Comité National accepta ces conditions. Les quantités qu'il lui était permis d'acheter furent augmentées dans la suite de tout ce qui restait d'avoine dans l'arrondissement de Nivelles, soit 6,000 tonnes. En fait il lui fut impossible de se les procurer. Du 13 avril 1917, date de la première libération, jusqu'au 15 septembre suivant, il obtint la délivrance de 3,900 tonnes d'avoine qui furent presque exclusivement employées à la fabrication d'aliments pour les enfants.

Dans ce chiffre ne sont pas comprises quelques cessions d'avoine indigène faites par les autorités allemandes à certains Comités provinciaux, pour la fabrication du gruau. Le Comité exécutif décida que ces avoines ne figureraient ni dans la statistique des produits répartis par le Comité National, ni dans celle des

céréales indigènes pani fiables. (Séance des délégués des Comités provinciaux du 8 mars 1917.)

Le projet d'utilisation de l'avoine pour l'alimentation humaine pour l'année agricole 1917-1918 prévoyait l'acquisition de 60,000 tonnes d'avoine, dont 10,000 par le Comité National, 12,000 par la ville de Liège, 38,000 par le Bureau d'Anvers de l'intendance militaire. Les achats n'atteignaient pas et de loin à cette quantité. Le Comité National n'obtint qu'environ 2,300 tonnes. L'intendance allemande utilisa 5 à 6,000 tonnes à fabriquer des produits qu'elle réserva aux ouvriers travaillant pour l'autorité occupante.

En ce qui concerne la récolte de 1918, le Comité National obtint de l'intendance l'autorisation d'acheter 7,000 tonnes d'avoine dans le Brabant et le Hainaut. Mais les chefs de districts {Kreischefs) de ces deux provinces empêchèrent les agents du Comité National de procéder aux achats dans leur circonscription respective, de telle sorte qu'au moment où l'armistice fut signé, le Comité National n'avait pu encore se procurer la moindre quantité d'avoine.

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