‹ L'alimentation de la Belgique par le comite nationalChapitre 60 sur 227 · UN STOCK · texte numérisé non relu

UN STOCK

d'un MOIS

PROGRAMME TOTAI,

Froment

Pois et haricots

Riz

Maïs

Lard

Saindoux

Lait condensé

Cacao

Café

Poisson

Orge (pour levure)

Radicelles, malt (pour levure) Savon

Tonnes

Tonnes

Pour procurer à la population la même ration de farine qu'en 1916, soit 255 grammes par jour ou 330 grammes de pain, et en outre aux nécessiteux, aux enfants, aux malades, aux ouvriers travaillant dur, un supplément de ration, on avait besoin d'environ 65,000 tonnes de froment par mois. L'importation n'en devant donner que 53,500, il fallait demander la différence, soit 11,500 tonnes, à la production indigène. Le froment seul n'y pouvait suffire : de 125,000 tonnes en 1916, la quantité de cette céréale dont disposerait le Comité National allait descendre, d'après les indications du recensement agricole, à 85,900 tonnes. Pour atteindre à la quantité requise, il était nécessaire d'ajouter au froment le seigle. Les arrêtés du Bureau central des récoltes décidèrent, en conséquence, que les cultivateurs ne pourraient plus, comme les années antérieures, conserver pour leur bétail une certaine quantité de cette céréale, mais devraient livrer toute leur récolte au Comité National. On attendait de cette mesure un supplément de ressources de 41,000 tonnes environ. D'autre part, on limita à 7 . 7 kilos par mois, la quantité qu'ils étaient autorisés à réserver pour leur alimentation personnelle.

L'aittorité allemande, qui avait renoncé à faire travailler

de force à son profit les ouvriers belges et qui trouvait plus aisé de les attirer sur ses chantiers en leur procurant un supplément de ration, attribua à l'alimentation humaine 60,000 tonnes d'avoine de la récolte de 1917. De cette quantité, elle abandonna au Comité National 10,000 tonnes à prendre dans les arrondissements de Bastogne et de Neufchâteau et, à la ville de Liège, 12,000 tonnes à acheter dans la province de Liège.

Si toutes ces mesures avaient donné les résultats attendus, la Belgique eût été beaucoup mieux ravitaillée en 1918 qu'en 1917. Les statistiques des importations qui acciisaient, en août 1917, un tonnage de 24,664 tonnes, enregistrèrent : en septembre, 50,997 tonnes; en octobre, 51,305 tonnes; en novembre, 82,664 tonnes; en décembre, 73,256 tonnes; pour retomber en janvier 1918, à 58,380 tonnes. Malheureusement la diminution des importations s'accentua diirant les mois suivants. Le tonnage enregistré n'est que de 45,241 tonnes en février 1918; de 29,446 en mars; de 67,268 en avril; de 39,455 en mai; de 64,930 en juin; ce qui donne pour le premier trimestre de 1918, une importation mo3-enne de 50,800 tonnes, en déficit de plus d'un tiers sur les prévisions, déjà inférieures aux besoins, du programme de novembre 1917. Si l'on tient compte du supplément admis pour constituer un stock d'un mois, les importations réelles ne représentent guère que cinq neuvièmes des importations attendues. Le déficit porte surtout sur le froment dont on ne reçut pendant ce semestre c^ue 21,000 tonnes en moyenne par mois. En revanche, les cargaisons de maïs, d'orge et de seigle furent plus considérables que de coutume.

Cet état des importations obligea le Comité National, d'un côté, à rédiure la ration de pain à 255 grammes par jour à dater du 14 mars 1918, d'un autre côté, à fournir aux populations un pain composé de farines diverses dont le froment ne formait souvent pas la moitié. Au mois de jum 1918, un arrangement intervint entre le Gouvernement allemand et les Ministres protecteurs qui, au point de vue de l'exécution des accords précédemment intervenus sur la saisie de la récolte indigène, assimilait au froment, le maïs et l'orge importés comme succédanés du froment. (Séance de la Commission centrale des récoltes du 29 juin 1918.)

ESPOIR d'une amélioration AU MOIS DE MAI I918 IO9

A la réunion des délégués provinciaux du 2 mai 1918, le Comité exécutif leur exposa la situation du ravitaillement et leur fit espérer, en même temps, une amélioration prochaine des importations. Il s'exprima de la façon suivante :

Nous vous avons fait part, il y a huit jours, de nos vives appréhensions en ce qui concerne la situation de nos stocks de céréales paiiïfiables. Depuis la fondation du Comité National, nous avons rarement connu une situation aussi critique, c'est-à-dire que nos stocks de froment exotique n'ont jamais été aussi peu importants qu'actuellement. Antérieurement lorsqu'une situation similaire .se produisait par suite de difficultés dans les transports, dans les achats de céréales exotiques ou dans les achats de la récolte indigène, nous avions la ressource de demander au Gouvernement hollandais de nous consentir des prêts de blé. A deux reprises, grâce à la bienveillance de ce Gouvernement, nous avons pu faire, de la sorte, face à une situation difficile. Actuellement, il nous est évidemment impossible d'avoir recours au même expédient. En effet, la situation de nos voisins du Nord, en ce qui concerne l'aUmentatiou en pain, est aussi critique que la nôtre.

Vous aurez appris, par les télégrammes de New- York reproduits dans la presse, qu'il avait été décidé de transporter immédiatement 3 tiiiUions de bushels (80,000 tonnes) de céréales à destination de la Belgique et du nord de la France. Cette décision est une preuve nouvelle des efforts surhumains qui sont faits pour notre alimentation pubhque.

La décision qui précède nous a été confirmée par un télégramme de la C. R. B. nous annonçant que 54,000 tonnes de céréales étaient embarquées ou prêtes à être chargées vers le 25 avril, qu'un certain nombre de steamers, jaugeant ensemble 19,000 tonnes, étaient sur le point d'être affrétés et que, dans les quinze jours, un tonnage additionnel de 40,000 tonnes serait probablement expédié, soit un total d'environ 100,000 à 110,000 tonnes, comprenant principalement des céréales qui doivent être expédiées d'Amérique fin avril ou commencement de mai et nous parvenir avant le 15 juin. Il va de soi que, dès l'arrivée de ces cargaisons, notre situation sera considérablement améliorée et il est même probable qu'elle sera tout à fait rétablie.

Pour parer aux difficultés transitoires de la situation actuelle, en ce qui concerne l'insuffisance de nos stocks de céréales exotiques, le seul moyen qui soit à notre disposition est d'entreprendre des démarches auprès de l'autorité occupante pour qu'elle nous accorde une libération anticipative de céréales indigènes. Des démarches sont faites à cet effet.

D'autre part, en ce qui concerne nos existences eu féculents, la situation des stocks et des arrivages est satisfaisante.

D'un autre côté encore, nous avons des stocks importants de graisse, lard et saindoux. Par conséquent, en ce qui concerne ces deux catégories de vivres, nous pouvons être complètement rassurés.

La situation de nos stocks de céréales panifiables est donc celle qui, seule, apparaisse conune difficile pendant la période du 15 mai au 15 juin. Si, par suite de retards dans les expéditions, il devait se produire certains manques de farine dans des villages, on voudra bien se référer à nos communications antérieures concernant les dispositions à prendre dans ces conditions par les Comités locaux.

L'autorité allemande aurait pu aisément atténuer la gravité de la crise si elle avait laissé au Comité National une part plus considérable des ressources indigènes. Malgré sa répugnance à recourir à la générosité d'un maître impitoyable et hypocrite, le Comité National se décida à envoyer à la Commission des récoltes, le 10 mai 1918, une requête lui exposant la misère des populations belges et lui demandant son concours pour y porter remède.

La note était ainsi conçue :

I/exposé ci-joint montre que, sur les 3,878 tonnes d'avoine fournie au Comité National en 191 7, 2,081 tonnes de produits ont pu être destinés directement à l'alimentation humaine, plus spécialement aux œuvres de secours et surtout à la Soupe populaire et aux œuvres de l'enfance.

Pour 191 8, le Comité National a reçu l'autorisation d'acheter de l'avoine dans les arrondissements de Bastogne et de Neufchâteau; jusqu'ici, il a acheté 2,003 tonnes et il est vraisemblable qu'il n'y trouvera au total que 3,200 tonnes, soit 2,000 tonnes à Bastogne, et 1,200 tonnes à Neufchâteau.

Ces cjuantités sont bien faibles comparativement, d'une part, aux: be.soins alimentaires du pays et, d'autre part, à l'ensemble de la récolte d'avoine (^ue les premiers arrêtés semblaient vouloir assimiler aux céréales à panification.

Jamais la pénurie de \'ivres ne s'est fait sentir plus cruellement à la population; elle est d'autant plus pénible qu'elle coïncide avec un abaissement de la ration de pain. Le meilleur moyen d'atténuer le mal serait de distribuer, plus généreusement, les denrées diverses gardées en réserve, notamment l'avoine, le sucre, les confitures, la graisse et les pommes de terre.

Lorsque M. le gouverneur général a manifesté la volonté de réserver les produits indigènes à la population du pays, on était en droit d'espérer que les vivres disponibles auraient été plus abondants et que l'ensemble de la population en aurait joui plus largement. Mais durant ces derniers temps, cette volonté a été méconnue et le système de ravitaillement qui consiste à favoriser des catégories déterminées s'est développé au point d'augmenter à l'extrême la détresse du iDublic.

Le prix de la viande a atteint des taux inabordables. Il n'est pas douteux

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