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REQUETE DU C. N. A L AUTORITE ALLEMANDE II I

qu'une grande quantité de produits belges sortent du pays. L'achat du bétail est organisé méthodiquement pour les besoins de l'armée. Des négociants : Dropsy, à Namur; Delahaut, dans le Hainaut; Toussaint^ dans la province de Liège, et d'autres, assistés d'une équipe de rabatteurs, achètent un nombre considérable de bestiaux qui, pour la majeure partie, sont expédiés dans les étapes. Ces achats sont encore favorisés par les prix maxima qui sont fixés, connue dans le Linibourg, et qui,, n'étant pas observés par les acheteurs intermédiaires de l'année, enlèvent plus aisément le bétail à la consonunation belge.

D'autre part, les produits placés sous le contrôle des centrales sont réser\-és de plus en plus à des catégories privilégiées.

La graisse saisie dans les abattoirs, d'après une déclaration faite à la séance du 13 décembre 1917 de VOelzentrale, n'est plus remise aux communes en proportion du bétail abattu, comme il avait été décidé précédemment ; « elle doit être ré.servée tout entière aux ouvriers belges occupés à de durs travaux ».

La « concentration des beurres » qui avait été organisée de l'assentiment de l'autorité occupante avec le concours des Unions professionnelles des marchands de beurre, des producteurs et des consormnateurs, ne peut livrer à la consommation générale, qu'une très faible quantité de beurre, parce que divers centres, tels que Louvain, échappent à son action et parce que des réquisitions se multiplient au nom du Commissaire d'État du beurre, dans les laiteries, ainsi qu'il a été exposé à M. le D"" Rademacher le 6 avril dernier.

Les légumes, sauf ceux cultivés directeinent par les communes, n'ont été mis en conserve industriellement que moyennant la remise de la moitié des produits travaillés à la Obstzentrale qui les réserve plus spécialement à des catégories privilégiées.

I^es flocons d'avoine et d'autres produits sont réservés, non .seulement à certaines catégories d'ouvriers, mais aus.si aux familles d'ouvriers qui travaillent en Allemagne. C'est ainsi que, périodiquement, la Fùrsorge- .stelle de Bruxelles distribue deux kilos de flocons d'avoine au prix de 2 marks 50, ce qui laisse à la population l'impression d'une pression aHmentaire exercée pour l'exode des ouvriers. Le décret du 21 février 191 8 qui impose l'obUgation de cultiver en avoine la même étendue qu'en 1910 .sous déduction d'un quart, ne peut qu'augmenter le mal en nuisant à la culture d'autres produits, notamment de céréales à panification, pour l'ensemble de la population.

Le sucre est aus.si l'objet de distributions spéciales qui ont été exposées dans une réunion antérieure.

I^s pommes de terre disparaissent presque de l'aUmentation en ce moment, sauf pour les catégories privilégiées. Ainsi l'agglomération bruxelloise qui pour donner jusqu'à fin avril la ration réglementaire fixée, à partir du 16 septembre 1917,3 190 grammes, aurait dû recevoir 48 millions 842,285 kilos de pommes de terre n'en a reçu que 40,258,049 kilos

112 IMPORTATIONS DE GR.VN'DE CONSOMilATIOX

sur lesquels elle a dû emprunter 600,000 kilos pour ser\-ir de plauts. Le manquant dans le transport, qui a atteint 2,290,000 kilos, soit 5.7 %, a encore aggravé la situation. De nouvelles livraisons ne sont pas annoncées.

Cette gêne alimentaire augmente de plus en plus les charges des ceuvres au point que, pour le mois de mai, les oeuvres de secours : soupes scolaires, mères nourrices, enfants débiles, repas scolaires, restaurants économiques ont besoin de 3,370 tonnes de féculents et 935 de graisse. Dans ces conditions, il serait à souhaiter que durant la période critique, les denrées en réserve soient employées pour soulager la population, que la ration de sucre et de confiture ou de miel soit doublée, que 2,000 tonnes d'avoine et une importante quantité de graisse soient mises mensuellement à la disposition des œuvres aUmentaires.

Le représentant du Comité National développa cette note à la séance de la Commission centrale des récoltes du 29 juin 1918 et déclara :

Les vivres ont atteint des prix inabordables : la viande dépasse 30 fr. ; l'œuf se vend i fr. 45 ; les légumes sont hors de prix.

I/une des causes en est la fermeture des centres de production par les commissaires civils que nous avons signalée précédenunent.

Ainsi le bétail acheté par les coopératives communales, dans le Limbourg, rencontre de grands obstacles pour la sortie de la province. Il en est de même pour les œufs et le beurre.

Dans le Linibourg, il se pratique des saisies importantes d'œufs, dans la plupart des communes, de telle sorte qu'il est impossible d'en acheter pour les besoins des grandes agglomérations du gouvernement général.

Le canton d'Atli, qui fournissait normalement 200,000 œufs par semaine à Bruxelles, a été fermé au commerce Ubre.

Quant aux légumes, les coopératives communales des grandes agglomérations ont rencontré des obstacles presque insurmontables pour leur approvisionnement dans les centres de production de Louvain et de MaUnes.

Jusqu'ici, les représentants de ces coopératives n'étaient pas reconnus à Louvain et les prix fixés par le conmiissaire civil n'étaient pas res^^ectés par les acheteurs privilégiés qui pouvaient ainsi accaparer tous les produits.

A MaUnes, la « Société des produits agricoles » jouit de privilèges qui rendent très difficile l'achat par les coopératives communales. Un acheteur ne peut obtenir de wagons à la gare que s'il produit une lettre de voiture visée d'abord dans les bureaux de cette société qui impose ainsi indirectement son intervention. Sur 166 wagons de chemin de fer, expédiés du 27 mai au 12 juin, 113 ont été expédiés par la « Société des produits agricoles » ; 88 ont été destinés à Herbesthal ou Verviers.

Cette situation crée nécessairement la famine dans les grands centres.

l'alimentation a la fin de la guerre 113

La requête fut rejetée et tout ce que le Comité National obtint ce fut la libération, le 25 mai, des céréales indigènes qui, d'après l'usage établi, auraient dû être libérées le 15 juin. Il put ainsi éviter de réduire à nouveau la ration de pain déjà si modique.

Par suite de cette rigueur inhumaine de l'administration allemande, la population eut beaucoup de peine à subsister depuis le printemps jusqu'au moment où commence la récolte des pommes de terre hâtives (juillet). La quantité de produits indigènes distribuée par les autorités allemandes durant l'été et l'automne 1918 resta comme précédemment insignifiante, mais une fraude habilement organisée parvint à soustraire à leur surveillance une part relativement importante. Leur vigilance se relâcha avec l'aggravation de la situation militaire. Les troupes de police chargées de surveiller la distribution des vivres virent leurs effectifs fondre par l'envoi au front des hommes âgés dont elles se composaient. Soutenue par les bonnes nouvelles qui lui arrivaient et lui annonçaient la défaite prochaine de l'Allemagne, la population supporta la situation alimentaire avec un admirable courage. Il n'était personne cependant qui ne se demandât avec anxiété : Comment passera-t-on l'hiver si la victoire tarde à venir? Les betteraves et spécialement les rutabagas qui formaient la dernière ressource dont on pouvait encore disposer pour compléter la ration de pain, allaient manquer comme manquaient les pommes de terre, car l'administration allemande prétendait en régler la consommation, ce qui signifiait les confisquer à son profit. La défaite, heureusement, se précipita et les souffrances d'un hiver de disette plus cruel que le précédent furent évitées au peuple belge.

1. — Conditions générales de l'importation des produits divers. Le Bureau des produits divers.

Les produits que la Belgique importe en temps de paix sont trop variés pour que le Comité National pût, au début de ses opérations, choisir parmi eux ceux qu'il convenait d'inscrire au programme des importations. L'expérience était le seul guide acceptable en la matière. Après avoir procuré à la nation son pain quotidien, puis les féculents et les graisses nécessaires à la préparation des soupes pour les indigents, on verrait, dans la mesure où les ressources financières et l'organisation des transports le permettraient, à compléter le programme initial.

Durant les premiers mois qui suivirent sa constitution, le Comité National obtint du commerce libre ce qu'il fallait pour satisfaire aux besoins des Comités provinciaux. Ceux-ci trouvaient d'ailleurs le plus souvent à se ravitailler sur place sans réclamer l'aide du Comité National.

Le premier produit qui manqua fut celui que rien ne peut remplacer dans l'alimentation, le sel. La Belgique n'en possède pas de gisements et est donc, en ce qui le concerne, complètement tributaire de l'étranger. Elle en avait, au moment où la guerre éclata, d'importantes réserves constituées surtout par la firme Solvay pour la fabrication des sels de soude. En les ménageant, elle y trouva de quoi suffire à sa consommation jusqu'au mois de novembre. Dans le courant de ce mois, les avis qui parvinrent au Comité National l'avertirent que la disette se produirait bientôt si l'importation n'était reprise. L'Allemagne étant le principal fournisseur de la Belgique en temps de paix, cette disette ne pouvait être que de courte durée. Elle cesserait dès que l'organisation des transports par chemin de fer permettrait au commerce de se ravitailler à ses sources ordinaires.

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