DIFFICULTÉS DE LA DÉCENTRALISATION I5I
tentation de grossir les abus qui îui étaient signalés et de généraliser des cas exceptionnels. Les inégalités de traitement suscitaient dans la population un mécontentement toujours plus vif à mesure que les vivres devenaient plus rares et que la ration distribuée gagnait par conséquent en valeur. Enfin la diversité des besoins suivant les régions, très marquée au début, s'atténua graduellement, la misère nivela les situations et rendit moins difficile l'établissement de méthodes uniformes. Pour tous ces motifs, la centralisation gagna sans cesse du terrain et finit par triompher après le départ des membres américains de la C. R. B. La décentralisation mitigée devint la règle après le conflit que souleva à la fin de 1915 le ravitaillement de la Belgique en graisses et en produits divers. La centralisation lui fut substituée d'une façon à peu près complète à dater du mois d'octobre 1917.
Le point essentiel dans une répartition décentralisée, c'est de fixer de façon équitable le montant des parts attribuées à chaque subdivision. La chose est simple quand les partageants n'ont pas d'intérêt à demander plus qu'il ne leur faut et quand la masse à partager est suffisante pour pourvoir à tous les besoins. Il en fut ainsi en Belgique pour de nombreux produits jusqu'à l'hiver 1915. Comme on le verra plus loin, le Comité National put fréquemment durant sa première année d'existence, répartir es produits autres que la farine d'après les demandes qui lui étaient adressées. Plus tard les cas où les offres qu'il était à même de faire, correspondaient aux demandes des provinces devinrent exceptionnels et la répartition par voie d'autorité s'imposa presque toujours. D'après quelles bases devait-elle se faire ? L'idéal eût été évidemment de mesurer, pour les comparer entre eux, les besoins des i^rovinces et des subdivisions de celles-ci ; mais les besoins sont complexes et il n'3' a point de mètre sûr l^our graduer leur intensité. De plus, les autorités allemandes refusaient au Comité National le droit de procéder aux enquêtes qui eussent été nécessaires pour recueillir les éléments d'appréciation. Sans négliger les conditions différentes de la vie dans chacune des subdivisions ravitaillées, le Comité National ne put donc y avoir toujours égard autant qu'il l'eût souhaité et il dut souvent se résigner à prendre comme principal critère des besoins d'une région, le nombre des consommateurs. Par suite
des circonstances où l'on se trouvait, on tarda longtemps à établir ce nombre avec quelque précision. Il fallait pour le faire, recourir à des moyens d'une application difficile pour une administration de caractère essentiellement temporaire comme celle qu'avait organisée le Comité National et qui ne disposait pas de pouvoir de contrainte. Il fallait, en outre, avant d'entreprendre ces travaux de perfectionnement, se familiariser avec l'idée inacceptable au début, que le Comité National aurait une existence de plusieurs années et qu'il devrait abandonner les procédés expéditifs, suffisants quand on vit au jour le jour, pour les méthodes lentes mais plus sûres, indispensables aux institutions de caractère durable. Ne connaissant pas le nombre des consommateurs, on se contenta fréquemment de celui des habitants tel que le donnait le relevé de la population du royaume au 31 décembre 1913, publié quelques mois avant la guerre.
En période normale, on aurait pu recourir à cette base d'appréciation sans s'exposer à commettre d'erreurs bien graves : bien qu'elles n'aient pas l'exactitude des recensements décennaux, les statistiques administratives publiées chaque année indiquent avec une précision suffisante jDour l'application de mesures générales, les modifications survenues durant l'année dans la répartition des habitants. Mais on était en période de guerre. Les événements militaires avaient amené des déplacements considérables de population. Certaines régions étaient totalement ou partiellement dépeuplées; d'autres, par contre, hébergeaient de nombreux fugitifs et avaient, de ce chef, plus d'habitants qu'en temps de paix. On ne savait que très vaguement combien de personnes avaient quitté le pays soit pour accompagner le roi et l'armée, soit pour échapper aux calamités de la guerre. On chercha à corriger les erreurs en s 'aidant de renseignements fournis par les administrations communales, de données recueillies par les délégués de la C. R. B., de constatations faites au cours de la distribution des produits. Parfois, ce fut le cas à un moment donné j^our la farine et le pain, on substitua à l'unité « habitant » l'unité « ration )). On obtint ainsi des tables de distribution qui seront reproduites plus loin, mais qui toutes dérivent du relevé officiel de la population au 31 décembre 1913.
Au mois de janvier 1915, quand la distribution commença à