LES SYSTÈMES DE RÉPARTITION ET DE FIXATION DES PARTS
Pendant une période assez courte, de quelques semaines à peine, le Comité National allant au plus pressé, répartit sans règles fixes les vivres qui lui arrivaient, aux régions qui en étaient le plus dépourvues. Les ressources étaient au début trop restreintes, les arrivages trop irréguliers, pour que l'on pût établir un plan général de distribution. Ce furent naturellement les grandes villes et les agglomérations industrielles qui reçurent la iDart la plus forte. La crise alimentaire qui sévit durant les premiers mois de l'occupation, atteignit très inégalement les diverses parties de la Belgique. Elle aurait été aisément retardée, sans aucune importation de l'étranger, si le Comité National avait pu disposer de toutes les réser^'es du pa3's et emplo3'er, pour les distribuer, toutes les voies de communication dont la Belgique est si abondamment pourvue. C'était plus une crise de répartition que d'insuffisance. Il en résultait que les parties non agricoles du pays souffraient déjà de la disette, alors que les districts producteurs vivaient encore, en général, dans l'abondance. Aussi des 264,000 sacs de froment ou de farine dont le Comité National pouvait disposer à la date du 2 novembre 1914, en attribua-t-il 91,700 à l'Agglomération bruxelloise, 55,700 à la province de Hainaut, 41,400 à celle de Liège, 15,000 à chacune de celles de Brabant, de Namur et de Luxembourg, 20,000 à la Flandre orientale, 10,000 au Limbourg.
Mais dès la mi-décembre, les arrivages à Rotterdam commencèrent à être suffisamment abondants pour qu'il fallût établir des règles pour la répartition des produits.
Trois systèmes s'offraient au choix du Comité National et de la C. R. B. : ou bien procéder eux-mêmes au rationnement des consommateurs, en d'autres termes, limiter la quantité de produits que chaque habitant serait autorisé à consommer et ne laisser aux Comités provinciaux et locaux que le soin de remettre aux intéressés la ration fixée.
Ou bien, après avoir établi d'après certaines normes l'étendue des besoins des provinces, abandonner au Comité de chacune d'elles la réi^artition entre les divers districts et dans chaque district entre les consommateurs, de la part de produits attribuée à la province.
Ou enfin, tout en laissant aux Comités provinciaux une grande liberté dans l'emploi de la part attribuée à leur province, leur imposer de suivre certaines règles dans le rationnement.
De ces trois systèmes : celui de la centralisation, celui de la décentraUsation complète et celui de la décentralisation mitigée, ce furent les deux derniers qui eurent au début la préférence. Ils présentaient cet avantage de permettre une adaptation plus exacte des ressources aux besoins et de faciliter l'ajustement des méthodes de ravitaillement aux conditions de la vie de chaque région, voire de chaque commime. Ils avaient pour eux aussi de répondre mieux que la centralisation aux habitudes administratives américaines et, de ce chef, ils trouvèrent des partisans décidés dans la C. R. B. Par contre, ils amenaient des inégalités souvent choquantes, parfois injustes dans le ravitaillement; ils ouvraient la porte à des conflits entre les organismes locaux portés, c'est chose humaine, à se prétendre lésés dans la fixation des quote-parts; ils étaient la cause de gaspillages malgré la surveillance des agents de l'autorité centrale, quand une province ou un district recevait une quantité de produits supérieure à ses besoins. Ces inconvénients étaient très graves dans les conditions où se faisait le ravitaillement de la Belgique. Les gaspillages risquaient d'aliéner au Comité National la bonne volonté des puissances de l'Entente qui, connaissant imparfaitement la situation du pays, cédaient facilement à la