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DES CÉRÉALES EXOTIQUES

Les arrêtés pris par le gouverneur général n'avaient de valeur que dans les parties de la Belgique soumises à l'autorité de ce haut fonctionnaire. Ils n'étaient exécutoires dans les régions d'étapes que s'ils étaient approuvés par le commandant de l'armée de qui l'étape dépendait. Or, dans les Flandres et plus tard dans le Toumaisis, les chefs de l'armée refusèrent de reconnaître au Comité National le droit d'acheter les céréales indigènes. Ils consentirent à réserver celles-ci à la population, mais à la condition d'en opérer eux-mêmes la répartition. Le ravitaillement des populations en céréales propres à la panification fut donc organisé d'une façon différente dans les parties du pays relevant du gouverneur général et dans celles qui appartenaient

(i) La date initiale de chaque exercice est le 15 septembre.

(2) Y compris 18,122 tonnes de la récolte de 1915.

(3) Y compris 2,922 tonnes de la récolte de 1916.

Non compris 7.243 tonnes de la récolte de 191 7 reportées à l'exercice

à certaines régions d'étapes. Le régime en vigueur dans ces dernières fera l'objet d'un exposé spécial.

Dans le gouvernement général, une modification profonde fut apportée au régime de la répartition à la suite de la décision que prit l'autorité allemande, sur la proposition du Comité National, de laisser aux producteurs la quantité de céréales nécessaire à leur alimentation, à celle de leur famille, de leurs domestiques et de leurs bestiaux, ce qui avait pour conséquence de rendre inutile leur ravitaillement en froment exotique. Dans une note du 17 juillet 1915, présentée à la Commission centrale des récoltes, les représentants de la section agricole du Comité National exposèrent les avantages de ce s\-stème de la façon suivante :

Cette solution présente l'avantage d'exonérer de tout transiwrt au moins 150,000 tonnes de céréales, c'est-à-dire plus du quart de la production totale, d'exempter du souci de les ravitailler plus de 200,000 familles et de s'acquérir le concours s^niipathique des agriculteurs pour l'achat du disponible de leurs récoltes. Elle s'impose, évidemment, pour tous les cultivateurs qui ne produisent pas au delà de leurs besoins (plus de 50,000 cultivateurs sont dans ce cas) et il n'est pas douteux que les autres, auxquels on demande de livrer le suri:)lus de leurs produits à un prix qui sera nécessairement inférieur à celui qu'ils jxjurraient réaliser si le marché était libre, se croiraient victimes d'une sorte d'expropriation, .si on leur enlevait ce qui est nécessaire pour leur alimentation personnelle.

C'est aussi le moyen d'apporter le moins de perturbations dans l'alimentation jxjpulaire, le paysan belge étant habitué à consonmier le pain provenant de sa propre récolte.

Il faut signaler encore, comme avantage important de cette mesure au point de vue de la situation économique du pays, qu'elle donnera du travail à tous les petits moulins des campagnes, mouUns à eau et moulins à vent, qui seraient inunobiUsés si la récolte entière est concentrée dans les moulins possédant des silos.

Pour éviter tout inconvénient, il suffira d'ailleurs d'avertir les producteurs de céréales qu'en aucun cas ils ne pourront recevoir de la farine provenant de grains étrangers à leur exploitation et de réser\-er la faculté aux Conunissions provinciales, de contrôler si l'utilisation de ces quantités est faite par douzième, tous les mois.

Un arrêté du 10 août 1915 permit aux cultivateurs exploitant moins d'un hectare de consommer les céréales récoltées par eux, et aux cultivateurs exploitant plus d'un hectare, de réserver pour leur famille et leurs domestiques la quantité de froment,

de seigle ou de méteil nécessaire pour une consommation mensuelle de 13.6 kilos. Ils pouvaient, en outre, retenir 7.5 kilos de seigle par tête de bétail et par mois. Si leur récolte ne suffisait pas pour leur procurer les quantités prévues pour leur alimentation ou si elle consistait pour plus d'un tiers en seigle, ils avaient droit de réclamer la différence au Comité National.

Cette mesure diminua moins qu'on ne l'avait attendu la quantité de céréales à répartir par le Comité National. Le recensement de 1915 révéla l'existence de 891,346 producteurs récoltant, en tout ou en partie, ce qui leur était nécessaire et consommant au total par mois, sur la base d'une ration de 340 grammes par tête et par jour, 9,091 tonnes de céréales. Mais comme bon nombre d'entre eux n'obtenaient pas de leur fonds une quantité de froment suffisante ou employaient pour leur bétail tout le seigle qu'ils produisaient, le Comité National devait leur fournir mensuellement 2,748 tonnes de céréales pour qu'ils eussent à leur disposition la quantité de céréales réglementaire. La répartition mensuelle portant sur un tonnage total de 60,572 tonnes, n'était allégée par la concession faite aux agriculteurs que de 6,343 tonnes (9,091 — 2,748), soit de 10 % environ.

L'exclusion des agriculteurs du ravitaillement en pain exigeait un remaniement du tableau de la répartition interprovinciale. En décomptant de la population à ravitailler les agriculteurs vivant des fruits de leur propre fonds, le Comité National corrigea une des principales défectuosités du mode de calcul précédemment utilisé. Il était injuste pour établir la part d'une province, de lui tenir compte, comme on l'avait fait jusqu'alors, d'habitants qui n'avaient nul besoin des céréales importées par le Comité National. Les coefficients du Limbourg et du Luxembourg furent sensiblement réduits et, s'ils ne le furent pas davantage, la cause en est que, dans ces provinces dont le sol ne convient pas à la culture du froment, beaucoup de petits cultivateurs usèrent de la faculté que leur donnaient les arrêtés, de vendre leur seigle et de demander au Comité National de leur fournir du froment à concurrence des deux tiers de leur consommation.

La collecte des céréales indigènes en 1916 fut organisée, dans ses grandes lignes, de la même manière qu'elle l'avait été en 1915 ; la seule modification notable, introduite par les arrêtés de 1916,

c'est que la quantité de céréales laissée aux cultivateurs pour leur consommation fut réduite de 10.2 kilos à 9.3 kilos par mois. Mais l'emploi de meilleures méthodes de recensement révéla l'existence de 90,000 agriculteurs de plus dans le pays. Les statistiques dressées avant le rattachement aux inspections d'étapes des zones de Tournai et de Maubeuge, donnent, comme nombre total de personnes se ravitaillant elles-mêmes en tout ou en partie, 979,425 contre 891,346 l'année précédente. Ces zones dédviites, l'augmentation fut d'environ 50,000 personnes. Mais la diminution du rendement des cultures d'une année à l'autre déjDassa l'augmentation due au nombre plus grand des exploitations recensées. La quantité de céréales que les agriculteurs prélevèrent pour leur consommation sur le produit de leurs terres, ne fut que de 73,592 tonnes (ou 78.;^ kilos par tête et par an) contre 76,121 (ou 85.4 kilos) l'année précédente. En conséquence, malgré la réduction de la ration, le Comité National dut fournir aux agriculteurs pour leur consommation personnelle, 34,375 tonnes de froment en 1916-1917 contre 32,979 en 1915- 1916. En 1917-1918, au contraire, ses charges furent sensiblement allégées, en partie, parce que le rationnement fut calculé sur la base de 7.7 kilos par mois, — ce qui représente une diminution de 1,600 grammes par mois par rapjDort à l'année précédente — en partie, parce que, pour compenser le déiicit dans la production du froment, tout le seigle fut réservé à la consommation humaine et les cultivateurs n'en purent plus rien retenir pour leur bétail. Les producteurs de seigle durent en outre se ravitailler complètement au moyen de cette céréale, tandis que précédemment le Comité leur fournissait les deux tiers de leur ration en froment. Les 892,488 agriculteurs recensés en 1917 consommèrent eux-mêmes 72,006 tonnes des céréales produites par eux, soit environ 80 kilos par tête. La consommation réglementaire étant de 92,400 grammes par tête et par an, le Comité National n'eut à leur fournir qu'un supplément de 12,210 tonnes, ou 22,000 tonnes de moins que l'année précédente (i). Mais en 1918, la consommation ayant été portée à

(i) Le supplément à leur fournir n'eût été que de 10,000 tonnes environ s'il n'avait compris 6,966 tomies d'épeautre ne formant l'équivalent que de 5,225 toimes de froment.

10 kilos par tête, le Comité National aurait eu à fournir aux agriculteurs un supplément de 25,614 tonnes si l'armistice n'était venu abroger toute la réglementation.

Nombre des agriculteurs se ravitaill.\nt eux-mêmes en tout ou.

EN PARTIE ET QUANTITÉ DE CÉRÉALES PRÉLEX'ÉES PAR EUX SUR LA RÉCOLTE INDIGÈNE POUR LEUR CONSOMMATION.

PROVINCES

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