Numéro de décembre 1910 du Bulletin
ses cultures, ses récoltes de blé, au profit des consommateurs possibles; il avait également insisté sur le rôle merveilleux du Canada et de la République Argentine à ce même égard1.
Nous n'insisterons pas davantage. Et pourtant, si nous citions les études spéciales de M. Lahitte pour l'Argentine, nous verrions que l'avenir de la culture du blé et de la vente des blés argentins sur les marchés européens qui consentiront à les accepter est plus brillant que jamais : ce qui laisse bien supposer encore que, en France, pour les usages alimentaires les plus variés, tous les besoins de développement de la consommation du froment, la céréale supérieure, peuvent être satisfaits dans d'excellentes conditions. Cela viendra améliorer l'état hygiénique de notre population en lui donnant un bien-être nouveau.
Aussi bien, sans pouvoir y insister, rappelleronsnous aussi ces céréales secondaires que tant de pays peuvent fournir à la France ; à commencer par le riz, que l'on consentira peut-être à ne point tenir comme venant faire une concurrence à redouter pour le froment national. A son propos, nous nous trouvons, plus peut-être que pour n'importe quelle autre denrée d'introduction possible en France, en pré-
1. Consulter également — on y trouvera profit — une étude de M. Assada sur le Problème de la culture du blé dans le numéro de décembre de la Géographie. '»
sence d'une clientèle à développer largement au bénéfice de nos colonies, ou du moins des plus importantes d'entre elles. Nous entendons notamment tout le groupe d'Indo-Chine, d'où les riz viennent sans doute à Marseille, mais d'où ils pourraient arriver en bien plus grande quantité si le marché de consommation se développait; le marché de production au besoin prenant beaucoup plus d'ampleur qu'il n'en a actuellement. A la vérité la population française n'est pas encore accoutumée vraiment à la consommation de cette céréale, qui présente certaines difficultés de préparation culinaire; la large consommation du riz par l'Intendance pendant la guerre, la mise de quantités considérables de cette denrée à la disposition des soldats se trouvant sur le front, n'a point fait suffisamment leur éducation : simplement parce que les cuisiniers plus ou moins improvisés qui assurent la cuisson de leurs aliments ne savent point traiter le riz, ni même le faire bouillir comme il doit être bouilli, ni à plus forte raison l'accommoder pour le rendre sapide et agréable aux estomacs français.
En année moyenne, la France n'importe guère au commerce spécial que 470.000 à 480.000 quintaux métriques de riz en paille, mais aussi, il est vrai, 500.000 quintaux de brisures de riz (qui ont plutôt des usages industriels que des usages alimentaires).
Ces usages industriels se retrouvant également pour une très grosse partie des riz en paille eux-mêmes, l'élevage du bétail contribuant également à l'utilisation d'une portion de ces importations. La Birmanie, Flnde anglaise, la Chine, le Japon même, Java, peuvent nous en envoyer des quantités très considérables; il ne faut pas oublier que l'Italie est un gros producteur de riz, et que l'ouverture de notre marché alimentaire à ces riz pourrait avoir à bien des égards des conséquences fort heureuses. Nous pourrions en dire autant de l'Espagne, qui produit déjà chaque année (bien entendu sur une portion très spéciale de son territoire) quelque 250.000 tonnes métriques de riz. Et pour ce qui est des fournisseurs coloniaux, on ne doit pas oublier que la culture du riz a pris à Madagascar un développement remarquable depuis un certain nombre d'années, occupant en 1910 déjà plus de 360.000 hectares. Quant à Tlndo-Chine, elle peut déjà et elle pourrait rapidement, si l'occasion s'en présentait, exporter autrement plus que les 800.000 à 820.000 tonnes qu'elle envoie chaque année sur l'extérieur.