INTRODUCTION
L’un des problèmes les plus imporlanls de l’économie du bétail est, sans contredit, celui de son alimentation. Le profit que doit fournir cotte branche de l’industrie agricole lui est intimement lié ; et c’est de l’ignorance où l’on était à ce sujet qu’est né cet axiome de l’ancienne école agronomique : le bétail est un mal nécessaire, nécessaire parce que seul il peut fournir à l'agriculture les engrais qui lui sont indispensables. Mais, depuis que la science est venue éclairer cette question, les idées des agriculteurs se sont peu à peu modi-
rares représentants de l’ancienne doctrine, que la base fondamentale de F exploitation Incitative du sol est f entretien judicieux et l’alimentation rationnelle du bétail.
Les animaux domestiques sont des machines
fiées, et aujourd’hui ils admettent tous, ^auf les
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dans l’acception la plus rigoureuse du mot ; des machines, comme l’entendent la mécanique et l’industrie. De même que les hauts-fourneaux et les forges, les métiers à filer et à tisser, les presses et les locomotives, etc., les animaux sont des machines rendant des services et donnant des produits. Et même l’agriculteur qui exploite les machines vivantes , est placé dans une situation plus avantageuse que l’industriel qui emploie les machines inertes. Car, loin de perdre de leur valeur par le fonctionnement comme celles-ci, les premières ne font qu’en gagner, puisqu’ainsi que l’enseigne la nouvelle doctrine zootechnique, il ne doit jamais y avoir d’amortissement da bétail, l’agriculteur pouvant toujours s’en défaire lorsqu’il a atteint son maximum de valeur.
Leurs services et leurs produits sont la raison de l’exploitation des animaux dans nos fermes, et ils n’ont de valeur qu’autant qu’on en a le débouché. Suivant les circonstances, on leur demande la force motrice nécessaire pour les travaux que l’homme entreprend; la viande et le lait qui servent à sa nourriture, ou enfin la laine, le poil, etc., qui lui procurent le vêtement.
L’exploitation du bétail doit être dirigée différemment, suivant que l’on poursuit l’une ou l’autre de ces utilités, et c’est surtout par le mode d’alimentation que s’obtiennent les différents résultats
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que l’on recherche. C’est principalement, en effet, par la gymnastique fonctionnelle de l’appareil digestif, que les fameux éleveurs d’Angleterre ont donné aux races de leurs contrées des aptitudes si merveilleuses. C’est l’alimentation, dirigée dans un but déterminé de production, qui a formé ces admirables machines à viande que l’on appelle le Durham, le Dishley, le Southdown, etc. N’est-ce pas aussi l’alimentation qui a produit ces chevaux de vitesse, tout squelette, énergie, force vive, que l’on admire dans nos hippodromes, et desquels on peut dire avec le poète :
Ils n’ont fait que passer, et n’étaient déjà plus?
La base du profit, dans l’entretien du bétail, est donc r alimentation dirigée dans le sens de production que demande le débouché. Il faut par conséquent que l’agriculteur sache faire produire aux animaux qu’il exploite le plus possible de travail, de viande, de lait, de laine, etc., avec la quantité d’aliments dont il dispose , car le revenu de la ferme augmente avec le rendement de ces machines.
Or, pour que l’agriculteur puisse tirer des animaux le plus grand produit net possible, pour que l’utilisation des fourrages soit aussi complète qu’on peut le désirer, il faut qu’il connaisse le fonctionnement des machines dont il dispose et la com-
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position des matières premières qu’il emploie. Des notions suffisantes sur la physiologie de la nutrition lui sont surtout indispensables, puisque c’est par ce côté principalement qu’il a une action dominatrice sur la machine vivante ; un agriculteur qui manquerait de ces sortes de connaissances, ne pourrait certes pas empêcher son temps, ses peines et ses capitaux d’être engloutis dans le fatal mouvement de ses rouages.
Ferme de Saint-Maurice.
7 juillet 1875.