XXVIII ARGUMENTATION ET PLAN DE L'OUVRAGE
rentes méthodes de stérilisation da lait? Quels sont les signes d'une bonne alimentation? A quel âge convientil de donner à l'enfant une nourriture plus substantielle que le lait, et quelle doit être cette nouvelle nourriture?
Nous allons traiter, dans le cours de ce travail, chacune de ces questions, questions capitales et auxquelles devrait pouvoir toujours répondre toute femme qui assume la responsabilité d'élever un enfant à l'allailement artificiel.
Sommaire. — La mère et l'enfant. — Obligation pour la mère de nourrir son enfant. — L'allaitement maternel chez les anciens. — Exemples célèbres. — La nourrice mercenaire et le biberon dans l'antiquité, en France au moyen âge et dans les derniers siècles. — Avantages de l'allaitement maternel pour la mère et pour l'enfant. — L'allaitement artificiel est la caractéristique de notre siècle; sa grande fréquence; ses tristes résultats. — Statistique. — Étude raisonnée sur la grande mortalité causée par l'allaitement artificiel; absence de toute règle; manque d'hygiène. — Résultats satisfaisants de l'allaitement artificiel quand il est bien compris et bien mené. — L'allaitement artificiel mixte ; ses avantages ; sa supériorité sur l'allaitement exclusivement artificiel. — Du début de l'allaitement artificiel. — Le danger est d'autant plus grave que l'enfant est plus jeune. — Statistiques. — Nécessité de donner pendant quelque temps le sein à l'enfant. — Supériorité de l'allaitement artificiel sur les nourrices mercenaires de la campagne. — Ce que peut donner l'allaitement artificiel. — Notre véritable pensée.
Les premières manifestations de l'existence coïncident avec un état rudimentaire, et c'est en continuant de puiser à la source mère les éléments de la vie dont il n'a que le principe, que le nouvel être peut se dévelop-
ICARD. j
per et arriver, en temps voulu, à son parfait épanouissement. S'il entre dans la vie sans soutien; si, dès le début, il est livré à ses propres forces, fragile, il sera bientôt brisé ; il s'éteindra, comme une lumière vacillante et faible, et retournera au néant.
Le rejeton, jeune et tendre, dont la sève n'est pas assez puissante pour vivre d'une vie indépendante, se dessèche s'il est trop tôt séparé du tronc qui lui a donné naissance. La graine qui est cueillie sur la plante, alors qu'elle n'a pas encore atteint son entière maturité, ne fructifie pas et reste stérile dans le sillon où on la jette. Les petits des animaux tètent leurs mères; ils vont vers elles spontanément, poussés par l'instinct, et chacun trouve la mamelle qui lui a été ménagée par la Providence. Certains, après leur naissance même, conservent dans le sein de leur mère un refuge naturel contre leur impuissance et leur faiblesse.
Tout ceci nous prouve que deux êtres, dont l'un reçoit et l'autre donne la vie, doivent se séparer lentement, insensiblement, et non sans transition, brusquement, du jour au lendemain; ils doivent rester unis jusqu'à ce que leurs vies soient absolument indépendantes et que la vie de Fun ait cessé d'être la source de la vie de l'autre. C'est pourquoi il est dans les vœux et l'ordre de la nature que la mère allaite elle-même son enfant. Le rôle de la mère se déroule en trois actes : dans le premier, elle nourrit son enfant de son propre sang, dans le second, elle le nourrit de son lait, dans le troisième, de ses soins et de son affection. Et, en réalité, pour être mère dans toute l'acception du mot, il ne suffît pas d'engendrer un enfant, il faut encore le nourrir de son propre lait; l'allaitement est la continuation, l'achèvement de la génération. Celle qui se décharge
de ce devoir sur les soins d'une servante, est obligée de partager avec elle le nom de mère, nom sacré dont toute femme devrait être jalouse et qui devrait être l'apanage exclusif de celle qui a enfanté ; Tune est la mère utérine, l'autre, comme on le dit si bien, est la mère nourrice, et l'enfant plus tard honorera cette dernière de ce doux titre. C'est pour la mère seule qui allaite que l'enfant garde son premier sourire : Incipe^ parve puer, rim cognoscere matrem.
Les auteurs anciens, comme les auteurs modernes, plaident tous en faveur de l'allaitement maternel. Grecs et Romains, Païens et Chrétiens, défendent tous la même doctrine. « La femme n'est qu'à moitié mère pour avoir enfanté », dit Marc-Aurèle. Phèdre, Plutarque, Favorinus, tiennent le même langage. « Les femmes qui abandonnent et exilent loin d'elles leurs enfants, pour les laisser nourrir par d'autres, brisent ou du moins relâchent, affaiblissent le lien de tendresse dont la nature unit l'âme des enfants à celle des parents. Aussitôt que l'enfant est sorti de la maison pour aller ailleurs, l'énergie du sentiment maternel s'émousse peu à peu. L'enfant à son tour porte sur celle qui le nourrit son affection et son amour. Ainsi s'altère et s'évanouit la piété dont la nature avait jeté la première semence ; et si l'enfant plus tard paraît aimer son père et sa mère, cet amour n'est pas l'effet de la nature, mais le fruit de la société et de l'opinion » {Favorinus).
Aulu-Gelle compare les femmes qui refusent de nourrir à celles qui se font avorter.
On connaît l'histoire de ce jeune Romain qui, au retour d'une expédition lointaine, offrit à sa nourrice des présents beaucoup plus riches qu'à sa propre mère :
a Vous m'avez porté neuf mois dans votre sein par nécessité, dit-il à sa mère humiliée. Aussitôt que vous m'avez vu, vous m'avez abandonné; une nourrice m'a reçu avec satisfaction, m'a porté dans ses bras et m'a soutenu de son propre lait pendant trois ans. Je lui dois plus qu'à vous. »
« Nous les avons vues, ces demi-mères, dit Ambroise Paré, se retirer les larmes aux yeux et aller pleurer plus loin l'ingratitude de leurs enfants qu'elles aiment pardessus tout. Malheureuses, qui ne songent pas qu'elles ont été ingrates et cruelles envers le fils qu'elles ont enfanté et qu'elles ne deviendraient réellement mères qu'à la condition de nourrir leurs enfants de leurs propres mamelles. »
J.-J. Rousseau est l'ennemi acharné de l'allaitement artificiel, et les lignes qu'il a écrites sur cette question constituent le plus éloquent plaidoyer quiexiste en faveur de l'allaitement maternel.
Toutes les religions font aux mères un devoir de nourrir leurs enfants. L'Orient, qui est le berceau des divinités et le pays où les mœurs religieuses se sont conservées le plus intactes, est aussi le pays où il y a le plus grand nombre d'enfants élevés au sein. Les théologies des religions antiques, spécialement chez les Égyptiens et les Phéniciens, rappellent à chaque instant l'idée d'une déesse mère. Dans le catholicisme, le précepte est formel : toute femme qui, sans motif, se dispense de l'obligation d'allaiter son enfant, pèche gravement : « Peccat mater illa qux prolem sine causa alteri lactandam tradit ». On a remarqué qu'en France, la négligence de l'allaitement maternel a coïncidé sous la Renaissance avec l'affaiblissement des idées religieuses. Si nous remontons à l'origine de toute société, alors
que l'instinct est dans toute sa force et l'emporte sur l'égoïsme et les raffinements de la civilisation corruptrice, nous voyons les femmes se faire un devoir et un honneur de nourrir elles-mêmes leurs enfants. L'histoire nous fournit des exemples célèbres.
Chez les Hébreux, l'allaitement maternel était un devoir sacré. Les femmes israélites, de nos jours encore, allaitent presque toutes leurs enfants. Les livres sacrés ne mentionnent que trois nourrices : celles de Rebecca, de Miphiboseth et de Joas. Par contre, ils nous apprennent que Sara nourrit ses enfants malgré son grand âge et que la femme d'Eliana, Anne, allaita son fils Samuel. Le Christ téta les mamelles de sa mère, et durant sa mission à travers les pays de Judée et de la Galilée, les femmes criaient en foule sur son passage : « Bienheureuses les maynelles qui Vont nourri ».
Homère nous montre Hécube allaitant Hector et Pénélope donnant le sein à Télémaque. Hercule, célèbre par sa puissante force musculaire et ses grands travaux, téta le sein de sa mère.
« A Rome, nous dit Gyoux, l'allaitement maternel était d'abord en grand honneur : dans les premiers temps de la République, les femmes se glorifiaient des soins de la famille; elles étaient fières d'élever elleslïiêmes leurs enfants. Les Sabines, les mamelles découvertes, portant dans leurs bras leurs enfants qu'elles allaitaient, se précipitaient sur un champ de bataille et séparaient les combattants. Cornélie, la mère des Gracques, pressée par une étrangère de lui faire voir ses bijoux et ses parures, lui montra ses deux enfants jouant sur ses genoux. )>
Ce n'était que lorsque l'enfant était arrivé à l'époque du sevrage que la mère le confiait à une institutrice
capable, chargée de le garder et de surveiller plus tard ses mouvements et ses occupations.
Les lois de Lycurgue imposaient auxLacédémoniennes l'obligation de nourrir leurs enfants. La même obligation fut maintenue à Athènes, tant que les mœurs furent austères. D'après Démoslhènes, une femme était notée d'infamie, blâmée publiquement et citée en justice pour allaiter l'enfant d'une autre, à moins d^ être obligée par une pauvreté extrême. Chez les Germains, au dire de Tacite, chaque mère allaitait elle-même son enfant, le confier à une servante ou à une nourrice eût été un acte répréhensible et déshonorant.
En France, pendant longtemps, les mères, quelle que fût leur condition sociale, allaitèrent leurs enfants. Les reines elles-mêmes remplirent ce devoir et s'en acquittèrent avec plaisir et orgueil. La reine Blanche de Castille voulut être la nourrice de son fils saint Louis. Un jour qu'elle était souffrante, une dame de sa suite, qui elle-même allaitait, voulant faire sa cour, donna le sein au jeune roi. La reine, quand elle s'en aperçut, mit aussitôt les doigts dans la gorge de l'enfant, jusqu'à ce qu'il eût rendu le lait qu'il avait pris; et comme on s'étonnait d'une telle action venant de sa part, elle si douce d'habitude ; « Je ne puis endurer, dit-elle, qu'une autre femme ait droit de me disputer la qualité de mère ».
Jusqu'au xvi° siècle, l'usage de l'allaitement maternel fut conservé. On lit dans les mémoires de la reine Marguerite, femme de Henri IV, que la comtesse de Lalaing, d'une des plus illustres maisons de Flandre, allaitait son enfant au miUeu d'un grand repas de cérémonie.
Le duc d'Orléans, si connu par ses débauches et sa déplorable administration du royaume pendant la minorité de Louis XY, fut allaité par sa mère, Charlotte-
Elisabeth de Bavière. De nos jours encore, l'allaitement maternel est presque exclusivement pratiqué dans plusieurs contrées, entre autres en Colombie, en Géorgie et en Chine.
N'allons pas conclure de ces faits que l'allaitement maternel ne fut jamais négligé dans l'antiquité et que l'industrie des nourrices et la pratique de l'allaitement artiflciel sont des inventions toutes modernes, nous avons la preuve du contraire. De tout temps, en effet, il a dû y avoir des mères qui n'ont pas voulu ou qui n'ont pas pu nourrir elles-mêmes leurs enfants.
Un texte de Pindare nous apprend que le lait maternel n'était pas le seul aliment donné à l'enfant; on le nourrissait quelquefois avec de la bouillie sucrée, avec du miel : « In Greciâ infantes primiim melle alebantw\ oui rei olulam cum spongid adhibebant ».
« Le lait et non le vin convient au nouveau-né », dit Aristote, faisant probablement allusion à quelque étrange usage de l'époque.
A Athènes, dans les derniers temps, on recherchait plus spécialement comme nourrices les Lacédémoniennes, parce qu'elles savaient élever les enfants sans maillot.
Platon, dans le livre V de la République, désire pour les enfants des nourrices communes.
L'allaitement par les mercenaires à Rome ne prit de l'extension qu'avec la corruption et la décadence de l'empire. Il est néanmoins démontré qu'il était déjà passé dans les mœurs dès les règnes d'Auguste et de Tibère. Les familles riches recrutaient la nourrice parmi leurs esclaves ; les gens trop pauvres pour en acheter une, la louaient. La nourrice mercenaire était de condition
libre, mais se recrutait dans les basses classes de la société.
Il y avait dans le Forum Olitorium, tout proche et hors la porte carmentale, une espèce de marché perpétuel pour les femmes qui trafiquaient de leur lait ; elles se trouvaient auprès d'une colonne qui, de là, avait reçu le nom columna lactaria (colonne lactuaire).
Quintilien se plaint que de son temps la plupart des mères romaines négligent le devoir sacré de Tallaitement. Plutarque nous dit que la femme de Gaton l'Ancien nourrissait elle-même ses enfants et nous cite ce fait à titre d'exception.
A en juger par les découvertes faites, en 1876, sur le territoire de Jonchery (Marne) par Alaise, et plus tard dans l'ancienne Lutèce par E. Toulouze, l'allaitement artificiel aurait été très répandu à l'époque de Claude, Faustine, Valérien, Florien et Constantin le Grand. On a trouvé dans des tombeaux gallo-romains des médailles de ces princes à côté de biberons en terre ou en verre finement travaillés. Dans les cimetières romains et surtout gallo-romains, on trouve assez souvent, avec des ossements d'enfants au-dessous de sept ans, des tétines ou des biberons en verre rouge. L'abbé. Cochet, dans les sépultures galloises du château de Robert le Diable, près Rouen, a découvert un biberon haut de 11 centimètres, de la forme d'une poire et dont la plus grande circonférence atteignait 24 centimètres; l'embouchure était large de 1 centimètre environ et paraissait avoir été usée par la succion. Il gisait au milieu d'ossements, parmi lesquels on distinguait l'os iliaque d'un enfant d'un an et les débris de deux crânes d'enfants de cinq à six ans. Toutes ces trouvailles ne laissent aucun doute au sujet de la pratique de l'allaitement artificiel dans les trois premiers siècles de l'ère chrétienne. Nous donnons dans
le cours de ce travail plusieurs modèles de biberons gallo-romains.
D'après un texte tiré du roman de Robert le Diable, nous voyons qu'en France le biberon fut quelquefois employé dès le xm"^ siècle. Il existe deux modèles (fîg. 44 et fig. 45) de biberons en terre datant de la fin du xiV^ siècle et provenant des fouilles du château de Pierrefonds.
Ce fut surtout vers le commencement du xvii^ siècle que les dames de la haute société d'abord et ensuite les bourgeoises enrichies cessèrent de nourrir elles-mêmes leurs enfants. De nos jours, les devoirs de la maternité sont tellement négligés que l'allaitement artificiel est ou deviendra bientôt le mode d'allaitemant national. Cet abandon de l'allaitement maternel dans toutes les classes de la société, aussi bien dans les couches supérieures que dans les populations industrielles, est comme la caractéristique de notre société. Les statistiques permettent d'établir que les deux tiers environ des enfants sont élevés soit à l'allaitement mixte soit à l'allaitement artificiel.
Sur 3008 enfants soumis à la surveillance médicale dans le département du Rhône pendant l'année 1890, on en a compté 646 élevés au sein et 2012 élevés au biberon. Pourquoi cet oubli du premier devoir maternel est-il si fréquent et si généralisé? Il est des faits qu'on subit sans pouvoir les expliquer. L'opinion publique, suivant l'expression de Pascal, est la reine du monde! C'est elle qui crée ces courants qui nous entraînent à notre insu et sans qu'il nous soit possible de leur opposer la moindre résistance : c'est elle qui constitue ce que
nous appelons la mode et l'engouement. On sait quels sont Teffet magique et la force puissante de ces deux mots sur l'esprit léger de presque toutes les femmes. Et puis, nos conditions sociales sont tellement changées que nous sommes obligés, dans bien des circonstances de la vie, d'agir tout au rebours de nos ancêtres et contrairement aux principes les plus élémentaires de la saine raison. Tout ceci, pourtant, n'excuse pas ces mères égoïstes qui, dans la crainte de se créer une servitude, se déchargent du devoir d'allaiter leurs enfants, sans réfléchir aux graves inconvénients qui vont résulter de leur fâcheuse détermination, autant pour elle que pour leurs enfants.
Dans certain milieu, on considère l'allaitement maternel comme préjudiciable à la beauté. Il entraine, dit-on, des conséquences regrettables pour la conformation des traits, de la gorge, de la taille, etc. Et remarquons, en passant, que les maris sont très sensibles à ces raisons de femmes; ils cèdent facilement et n'hésitent pas à sacrifier à des charmes dont ils sont trop jaloux, la santé, la vie même de leurs enfants. Celles-là seules pâtissent en donnant le sein qui ne veulent rien changer dans leurs habitudes, qui veulent tout à la fois continuer leur rôle de mères et leur rôle de mondaines, et se livrent sans frein aux plaisirs immodérés d'une vie dissipée. La beauté dans l'antiquité était l'objet d'un culte spécial et, pourtant, les matrones grecques et romaines nourrissaient leurs enfants. L'allaitement artificiel est inconnu chez les Géorgiennes, justement réputées pour être les plus belles femmes du monde. Loin de nuire à la beauté, l'allaitement, au contraire, ne fait que l'augmenter; il entoure la jeune mère de charmes nouveaux,
(l'une auréole troublante et poétique, l'auréole de la maternité, très puissante auprès des âmes sensibles, chantée par des poètes et immortalisée par des peintres illustres.
L'allaitement est le complément logique de la gestation et de la parturition, et la santé de la mère est directement intéressée à ce qu'il ait lieu. Nous lisons dans la Grande Encyclopédie du xviii® siècle : « 11 ne serait pas difficile de prouver que les vapeurs, les flueurs blanches, les pertes, les suppressions des règles, les accidents plus ou moins fâcheux, lors de la suppression de l'évacuation menstruelle, les squirrhes, les cancers au sein et à la matrice, les avortements, les couches pénibles et un très grand nombre d'autres infirmités dont les femmes sont accablées, ne dépendent en partie que du dérangement de l'économie animale causé par le refus des mères d'allaiter leurs enfants. » Le tableau est évidemment chargé, et nous ne pensons pas qu'on puisse rendre la non-lactation responsable des cancers, squirrhes, et autres tumeurs venant à se développer ultérieurement Cependant ce n'est pas sans raison que depuis si longtemps l'attention des médecins a été appelée sur ce point.
Le grand bénéfice de l'allaitement serait de retarder la première menstruation et de permettre à l'utérus d'effectuer plus complètement sa régression. Legay, chirurgien des hôpitaux de Bordeaux, a constaté que les déviations utérines, la métrite chronique et ses conséquences, sont rares chez les femmes qui ont nourri. C'est également l'opinon de Scanzoni, Michel Lévy, Churchill, Nonat , Gassner, Courty , Fonssagrives ^ Oubiau père, Barnès, Verrier-Litardière, Réné-Blache,' Rouvier de Beyrouth, etc., etc. Aran admet que 70 fois sur 100, les affections utérines se produisent chez les
femmes qui n'ont pu allaiter. Verrier-Litardière rap^ porte 13 observations recueillies à la Maternité de Paris, lesquelles viennent à l'appui de l'opinion des auteurs précités. D'après lui, chez les nourrices, l'activité se portant aux mamelles, les premières succions ont pour résultat par action réflexe « l'expulsion des derniers caillots qui pourraient souiller la face interne de l'utérus, et y jouer le rôle de corps étrangers, ainsi que l'expulsion des débris de membrane ou même de placenta qui pourraient y séjourner encore et qui y séjournent plus souvent qu'on ne pourrait le croire. Chez la femme qui n'allaite pas, la montée laiteuse se faisant mal, la réaction générale est plus vive, un retentissement local plus à craindre. » Le professeur Pinard affirme que les trois quarts du temps les hypertrophies de l'utérus sont causées par le non-allaitement ou la stérilité. La parole d'un auteur aussi compétent ne nous permet pas de méconnaître, à ce point de vue spécial, les dangers courus par la femme qui ne nourrit pas.
L'allaitement n'est pas seulement un moyen prophylactique, il est encore un excellent moyen thérapeutique contre certaines maladies. On cite de nombreux exemples de femmes sujettes habituellement à des dyspepsies, à des poussées congestives et à des troubles névralgiques et autres du côté des organes génitaux, qui ont été guéries définitivement après un ou plusieurs allaitements. Kimmel a signalé la curieuse immunité dont jouissent les nourrices à l'égard d'une maladie mal définie, sévissant sous forme épidémique dans certaines contrées de l'Amérique : tant que dure l'allaitement, la maladie n'a de prise sur aucune nourrice.
Les inconvénients, tous plus ou moins hypothétiques, que nous venons de signaler pour la mère, ne sont rien
comparés aux dangers dont sont menacés les nourrissons privés du sein maternel. Voyez plutôt les statistiques.
Le docteur Beaugrand de Paris, ayant pris des indications très précises sur le mode d'allaitement suivi chez 1279 enfants décédés de 0 à 1. an, a obtenu les chiffres suivants. Ces chiffres montrent en même temps et la grande fréquence de rallaitement artificiel et la grande mortahté des enfants élevés par ce mode d'alimentation.
Sein 498 )
Biberon 586 j [ 1279
Sein, puis biberon 108 l 781 )
Sevrage prématuré 87 )
En 1885, 9173 enfants ont été envoyés de Paris en province, dont 3439 ont été élevés au sein et5634 au biberon. La mortalité des enfants élevés au sein a été de 763, soit 22,19 pour 100; la mortalité des enfants élevés au biberon a été de 1885, soit 35,23 pour 100. Les deux tableaux qui suivent, donnent la moyenne de la mortalité de ces mêmes enfants dans les premières années de l'existence, suivant leur âge au moment du placement, suivant le mode d'élevage et leur état civil.
Sur 100 enfants de Paris, placés en nourrice en province et élevés au sein, combien meurent avant d'avoir atteint leur première année?
AGE
ENFANTS
ENFANTS