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CHAPITRE XIII

Administration du lait (suite).

(Des différents procédés et des meilleurs appareils a employer POUR faire prendre le lait a l'enfant. — Les biberons.)

Sommaire. — Enfants ne pouvant pas téter et enfants pouvant téter.

A. — Différents procédés d'administration du lait pour les enfants ne pouvant pas téter : 1" Procédé de Henriette; 2° Biberon aérogène; 3" Gavage; 4° Procédé des deux cuillères.

B. — Différents procédés d'administration du lait pour les enfants pouvant téter : 1° Allaitement direct au pis de l'animal. — L'ânesse et la chèvre nourrices. — Les caractères d'une bonne chèvre nourrice. — 2" Allaitement à la cuillère, à la timbale ou au verre. — Les avantages du Ferre gradué de la nourrice. — 3° Allaitement par le biberon. — Historique du biberon. — Des parties essentielles qui composent un biberon : le récipient, les embouts, les mamelons ou tétines, les accessoires. — Intoxication par le caoutchouc dont se composent certaines parties du biberon. — Les trois qualités que doit présenter un bon biberon. — Grand nombre de biberons existant dans le commerce. — Quelques modèles de biberons infanticides. — Le danger des biberons à long tube; leur interdiction est nécessaire. — Les seins artificiels. — Les corsetsnourrices américains. — Le meilleur des biberons. — Le procédé le plus pratique pour administrer le lait. — Soins de propreté indispensables. — Comment nettoyer un biberon? — Dangereuses habitudes.

Il est nécessaire ici de faire une distinction et de considérer séparément les enfants nés avant terme, ceux

atteints de faiblesse congénitale ou présentant certaines lésions incompatibles avec la succion, et les enfants nés à terme, ne présentant aucune infirmité qui oblige à renoncer aux méthodes ordinaires de l'allaitement artificiel.

A. Eufaiits ne pouvant pas téter. — 1° PROCÉDÉ DE

Henriette. — Quand l'enfant est trop faible pour téter ou prendre le biberon, et n'a même pas la force d^avaler le liquide qu'on lui met dans la bouche, on peut avoir recours au procédé de Henriette, procédé tombé dans l'oubli, remis en honneur par Lorrain et par Bouchard, et sur lequel, dans ces derniers temps, le docteur Saint- Philippe a de nouveau appelé l'attention, en faisant remarquer qu'il n'est pas assez souvent utilisé. Ce procédé est des plus simples : en elfet, voici en quoi il consiste.

L'enfant est tenu horizontalement, et, à l'aide d'une petite cuillère, on verse alternativement du lait dans l'une et l'autre narines. Le liquide est entraîné par l'air de l'inspiration dans les fosses nasales, et provoque dans le pharynx des mouvements de déglutition, sans amener ni toux ni suffocation.

Henriette plus tard modifia son procédé : il remplaça la cuillère par une seringue, et obtint les plus beaux succès dans son service hospitalier de Bruxelles, lequel donne asile à 700 nouveau-nés.

Ce mode d'allaitement parle nez peut rendre aussi de grands services dans les cas de bec-de-lièvre, de brûlure du pharynx, de muguet et autres affections qui sont un empêchement à l'aUmentation parle sein ou le biberon.

2° Le biberon aérogène. — Avec cet appareil, le lait

€st injecté dans la bouche de l'enfant à l'aide d'une pelotte en caoutchouc adaptée à l'un des orifices du biberon. La seule pression de cette boule, combinée ■avec le jeu d'une soupape disposée à l'extrémité du tube plongeur, suffît pour faire arriver le lait à la bouche de l'enfant. L'injection du lait, au lieu de se faire par la bouche, dans certains cas exceptionnels, peut se faire par les narines.

3° Procédé du gavage. — C'est la méthode la plus en vogue, celle que l'on applique aujourd'hui préférablement à toutes les autres. Tarnier l'a introduite à la Maternité depuis le 22 mars 1884, et bien qu'elle ne soit pas de son invention, c'est à lui qu'il convient d'en rapporter presque tout l'honneur, à cause des perfectionnements qu'il y a apportés, de la science et du zèle qu'il a mis à en vulgariser l'emploi.

L'instrument, dont Tarnier se sert, est un diminutif de celui que Faucher et Debove ont employé pour le lavage de l'estomac et le gavage chez l'adulte, et voici comment il le décrit : « L'appareil de gavage se compose tout simplement d'une sonde uréthrale en caoutchouc rouge (n°^ 14 ou 16 de la filière Charrière) au bout de laquelle on ajoute une cupule en verre qu'on trouve chez tous les fabricants d'instruments de chirurgie et chez tous les herboristes, où elle est vendue sous le nom de bout sein artificiel du docteur Bailly. On peut aussi faire usage d'un petit entonnoir en verre, gradué. » (Fig. 27.)

Donc, si l'on n'a pas sous la main le tube préconisé par le professeur Tarnier, rien de plus commode que d'y suppléer par une sonde uréthrale en caoutchouc rouge n° 14 de la filière de Charrière. On introduit 15 centi-

mètres environ de cette sonde dans l'œsophage, et on verse ou on injecte par son orifice libre, à l'aide d'une seringue, la quantité de lait préalablement fixée pour le repas de l'enfant. Le tube, soigneusement lavé à chaque gavage, sera rendu aseptique par son séjour habituel dans une solution d'acide borique à 4 0/0.

Le nombre de repas et la quantité de lait ingéré doivent varier avec l'âge et les forces de l'enfant, aussi bien au début que pendant le cours de l'allaitement par le gavage. Il ne faut pas oublier que gaver un enfant ce n'est point le suralimenter, mais le nourrir artificiellement et suffisamment. Tarnier formule en règle générale que les repas seront d'autant plus ^nombreux que la quantité de lait ingéré à chaque repas sera plus petite et que l'enfant sera plus jeune et plus faible. 8 grammes de lait toutes les heures suffisent pour un gavage, lorsque l'enfant est très petit et qu'il est né loin du terme de la grossesse.

Wiederhofer a fixé à 4 ou 6 grammes la quantité de lait à donner à chaque repas; nous ne croyons pas qu'il y ait grand inconvénient à augmenter un peu la dose et à aller, pour se servir d'une mesure très commode, jusqu'à deux cuillerées à café, soit environ 10 grammes. Inutile de dire que le lait doit toujours être coupé. La limite entre deux repas sera peu

Fi g. 27. — Appareil pour gavage.

à peu reculée au fur et à mesure que la quantité de lait sera augmentée.

On reconnaîtra que le gavage est bien supporté, à l'absence des vomissements, aux selles jaunes et bien liées, et sur^tout au développement de l'enfant qui, tous les jours, prend des forces et augmente de poids. Bientôt il devient apte à prendre le sein; mais, pour peu qu'il faiblisse et que sa nutrition reste en souffrance, il devient utile, indépendamment des tétées, de le gaver encore trois ou quatre fois par jour : c'est ce que Tarnier appelle le gavage de renfort^ parce qu'il entretient chez l'enfant la vigueur nécessaire pour bien téter et bien digérer.

Pratiqué avec intelligence, le gavage donnera des résultats surprenants. Sur 152 enfants gavés, 56 seulement sont morts, soit une mortalité de 37,8 0/0. Il est juste d'ajouter que le gavage doit une grande part de ses succès à l'emploi heureux de la couveuse, autre gloire du professeur Tarnier.

Procédé des deux cuillères. — On n'a pas toujours sous la main ce qu'il faut pour procéder au gavage. Dans ce cas, on peut avoir recours au petit procédé suivant, procédé que nous avons vu employer la première fois par Mme Mirzayants (de Marseille), et qui, employé par nous dans la suite, nous a toujours réussi. On introduit dans la bouche de l'enfant l'extrémité d'une petite cuillère que l'on maintient en place légèrement inclinée, et, à l'aide d'une seconde cuillère, on verse dans la première, comme dans un petit entonnoir, par petites doses, la quantité de lait jugée nécessaire pour le repas de l'enfant. Le lait, conduit par la première cuillère comme par une gouttière, arrive jusqu'au pharynx qui, par action réflexe, se contracte;

l'enfant fait de petits mouvements de succion et de déglutition, et l'aliment est ingéré. Tel est le procédé des deux cuillères, il est simple et commode, et nous avons cru utile de le signaler.

B. Enfants pouvant téter. — Les enfants nés à terme et qu'aucune infirmité ne fait entrer dans la classe de ceux dont nous venons de parler, peuvent être élevés par l'allaitement direct au pis de l'animal ou par l'allaitement indirect à l'aide de différents appareils, tels que le verre, la cuillère ou le biberon.

1° Allaitement direct au pis de l'animal, — La possibilité d'élever les enfants par l'allaitement direct au pis de l'animal est connue depuis fort longtemps. Nous avons des exemples qui remontent aux époquesles plus reculées, l'histoire et la mythologie nous ont conservé les noms de certains héros, dieux ou demi-dieux qui n'eurent d'autres seins à téter que les mamellesd'une louve, d'une renarde, d'une lionne ou autre fauve de même espèce. Nous avons renoncé aujourd'hui à l'usage de ces nourrices aux griffes un peu trop longues, et nous n'avons conservé de l'antiquité que l'aimable nourrice barbue du beau Daphnis, la même qui, autrefois, sous le nom célèbre d'Amalthée, dans l'île de Crète, allaita le dieu des dieux, l'auguste et puissant Jupiter.. D'après la tradition, celui-ci fut si content de sa nourrice que, plein de reconnaissance, il la plaça dans le ciel avec ses deux chevreaux, et fît d'une de ses cornes la corne d'abondance,

Antiphanes nous apprend que les Scythes nourrissaient leurs enfants avec le lait des animaux pris directement aux mamelles.

Autrefois, et même dans le siècle dernier, l'usage

d'allaiter les enfants, en leur faisant téter les mamelles des animaux, était très fréquemment mis en pratique dans un grand nombre de pays : on se servait surtout de la vache et de la chèvre. « On voit tous les jours, dit Raulin, dans l'empire des Russes, en Danemarck, en Angleterre, en Ecosse, en Irlande, en Hongrie, en Allemagne, principalement en Souabe, en Franconie, dans les cantons suisses, en Hollande, en Flandre, jusqu'au Canada, un grand nombre d'enfants allaités par ces animaux. » La chèvre et Tanesse sont les deux seuls animaux presque exclusivement employés aujourd'hui : leur emploi est relativement peu coûteux et surtout très commode. On a quelquefois recours à la jument, à la brebis, à la vache, mais c'est très exceptionnellement qu'on s'adresse encore à cette dernière.

Ce mode d'allaitement présente certains avantages, sur lesquels il est inutile d'insister et dont le plus important est de supprimer cet appareil dangereux qu'on appelle biberon, et qui devient si meurtrier entre les mains des nourrices ignorantes. Le lait est toujours pris à une température égale, à l'abri du contact de l'air, il est exempt de toute impureté venant de l'extérieur, de toute manipulation qui l'altère plus ou moins. Mais il y a un inconvénient fort grave et derrière lequel se retranchent les adversaires de l'allaitement au pis de l'animal : le lait, en effet, est pris sans coupage, et comme ses qualités sont trop nutritives, il est à craindre qu'il n'occasionne des désordres fort graves dans les voies digestives de l'enfant. Il n'y a qu'un moyen d'éviter le danger, c'est de faire un bon choix de l'animal, et, pour cela, on devrait se guider uniquement sur l'âge de l'enfant, sur ses capacités digestives, tandis qu'on est obligé de faire intervenir les conditions de fortune de la famille,

ICARD. 15

la disposition particulière de la maison et autres raisons tout à fait étrangères à l'hygiène et dont il faut pourtant en pratique tenir grand compte.

D'après l'âge de l'enfant et les propriétés que l'analyse nous a fait reconnaître à chaque lait, nous pouvons classer les femelles nourrices dans l'ordre suivant : l'ânesse, la vache et la chèvre. Le nourrisson pourra téter l'ânesse jusqu'à six mois; à partir de cette époque, sa nourriture devant être plus substantielle, il commencera à prendre le pis de la chèvre. 11 ne faut pas compter sur la vache dont l'entretien coûte fort cher et dont les trayons trop volumineux se prêtent difficilement à la succion.

Ce qui rend l'ânesse très commode pour la ville, c'est qu'elle est très sobre et supporte très facilement une stabulation prolongée. L'allaitement par cet animal mériterait, selon Budin, Ghantreuil et Tarnier, la préférence sur tout autre procédé d'alimentation artificielle et devrait être conseillé aux familles qui se montreraient disposées à passer par-dessus les ennuis qu'il entraîne, surtout lorsqu'il s'agit d'enfants faibles, délicats ou atteints d'une maladie constitutionnelle. Malheureusement une ânesse occasionne plus de frais qu'une nourrice; car il faut avoir à domicile l'ânesse et son ânon, la présence de ce dernier étant le plus souvent nécessaire pour entretenir chez la mère la sécrétion lactée.

C'est pourquoi, en pratique, presque toujours on aura recours à la chèvre, animal également fort sobre, ayant pour la stabulation un goût aussi très prononcé, d'un prix relativement peu élevé, toutes quahtés qui l'ont fait surnommer avec raison la vache du ^pauvre. A la campagne, elle se contente de toutes les herbes qu'elle rencontre; en ville, son logement, son entretien, sa

nourriture n'entraînent pas plus de frais et d'inconvénients qu'un chien de forte taille.

L'allaitement par la chèvre nourrice a été recommandé dans le siècle dernier par Raulin, Leroy, etc., de nos jours parFournier, Boudart (de Vichy), Grellety, Sicard et un très grand nombre de sommités médicales. Le docteur Morisset, au Congrès international d'hygiène et de démographie de i 889, s'est constitué le défenseur enthousiaste et convaincu de rallaitement par la chèvre nourrice. Il estime qu'avec la loi Roussel, en substituant au biberon l'allaitement direct par la chèvre, on arriverait à diminuer considérablement le taux de la mortalité dans le premier âge. Il demande même, et d'autres médecins avec lui, que l'industrie nourricière soit remplacée par l'emploi de la chèvre nourrice : dans chaque bureau de placement, on établirait une catégorie de nourrices munies d'un certificat constatant qu'elles sont propriétaires d'une chèvre capable d'allaiter un enfant pendant un an. « C'est une lacune, dit-il, d'autant plus regrettable que les nourrices au sein, abstraction faite des fdles-mères, deviennent de plus en plus rares dans les campagnes où les femmes, depuis l'invention du biberon à tube, ont, soit par paresse, soit par mode, abandonné l'allaitement maternel. »

Nous avons parlé dans le précédent chapitre de la consultation que les administrateurs de l'hôpital d'Aix demandèrent à la Faculté de Médecine de Paris, en 1775, au sujet de la grande mortalité qui frappait leurs enfants trouvés.

Entre autres conseils, celle-ci, par l'organe de son délégué Leroy, donna le suivant : « Nourrissez vos enfants au pis de la chèvre ». Ce qui fut fait : les berceaux furent disposés dans une grande salle sur deux

rangs ; chaque chèvre, venant de paître, entrait en bêlant, allait chercher son nourrisson, relevait avec les cornes la couverture, enjambait le berceau et se faisait téter. « Depuis ce temps, ajouta Leroy qui nous a transmis ces détails, les enfants sont élevés dans cet hôpital en très grand nombre. » Il se peut que les qualités affectives et intelligentes des chèvres provençales aient été un peu exagérées par le narrateur; mais il n'en reste pas moins vrai que la chèvre se prête admirablement bien à son rôle de nourrice, et il n'en est pas une, d'après Boudart, qui veuille s'y refuser. Suivant Buffon, la chèvre a plus de sentiment et de ressource que tout autre animal domestique : elle est sensible aux caresses, susceptible d'attachement pour les enfants qu'elle allaite volontiers. « Le sein maternel, dit Guérin, est-il flétri par la pénurie, le chagrin ou les maladies qui les suivent de près, la chèvre vient au secours de l'enfant infortuné et se complaît dans cet acte de charité. Pour le remplir dignement, elle enchaîne sa pétulence, elle impose un frein à la rapidité de ses mouvements. Etonnante bonté! Voyez-la s'approcher avec un joyeux bêlement, elle met ses mamelles à la portée du nourrisson qu'elle adopte; elle éprouve du plaisir à lui porter le premier aUment qu'il réclame, à satisfaire son appétit; elle revient toujours à lui empressée, et s'acquitte sans cesse de cette noble tâche, de ce devoir de sentiment avec complaisance et affection. Quand on a assisté à cette scène touchante, le souvenir ne s'en efface plus, et chaque fois quel'on rencontre une chèvre, on sent battre son cœur, on est prêt à lui rendre hommage. »

« Il est très ordinaire, autour de chez moy, rapporte Montaigne, de voir les femmes de village, lorsqu'elles ne peuvent nourrir les enfants de leurs mamelles ,

appeler des chèvres à leur secours, et j'ay, à cette heure, deux laquays qui ne tettèrent iamais que huict iours laict de femme. Ces chèvres sont incontinent duictes à venir allaicter ces petits enfants, recognoissent leur voix quand ils crient, et y accourent. Si on leur en présente une aultre que leur nourrisson, elles le refusent, et l'enfant en fait de même d'une autre chèvre. J'en veis un, l'autre iour, à qui on ostoi la sienne parce que son père ne l'avait empruntée que d'un sien voisin : il ne peut iamais s'adonnera l'autre qu'on luy présenta, et mourut

sans doubte de faim. » Parmentier cite le trait d'une chèvre qui quittait à des heures régulières le troupeau pour allaiter un enfant qu'il suffisait de déposer par terre dès qu'on la voyait arriver.

A Marseille, comme à Aix, la chèvre nourrice est depuis longtemps en honneur dans les hôpitaux, et, d'après l'enquête à laquelle nous nous sommes livré, les résultats obtenus ont toujours été très satisfaisants. Lamartine et Alphonse Karr n'ont jamais tété que les mamelles d'une chèvre.

Une bonne chèvre doit remplir certaines conditions. Il faut qu'elle soit douce, bien dressée et qu'elle ait déjà

Fig. 28. — Chèvre allaitant un enfant.

nourri des enfants; qu'elle soit blanche, le lait a moins d'odeur et l'enfant s'y accoutume plus facilement; qu'elle soit jeune (deux ans), le lait d'une chèvre âgée n'est pas assez abondant; qu'elle ne soit pas à sa première portée ; qu'elle ait mis bas nouvellement, qu'elle soit dépourvue de cornes, non pas, comme on l'a prétendu, parce que le lait est alors de meilleure qualité, mais parce que cette absence de cornes est une garantie plus grande pour la sécurité du nourrisson. Elle doit encore avoir le corps gras, la croupe large, les cuisses fournies , la démarche légère , les mamelles grosses, les pis longs et le poil doux et touffu.

Dans le commencement, il faut beaucoup de soins et d'attention pour présenter la mamelle au nouveau-né. La pétulence et l'impatience de l'animal exposeraient, en effet, à de nombreux accidents si, n'étant prévenu, on n'y prenait pas garde. Voici comment on procède :

La chèvre est attachée ou tenue par la barbiche; l'enfant, couché dans une petite brouette ou dans un berceau peu élevé et posé sur le sol, est placé sous elle, la tête appuyée sur le bras droit de la personne qui préside à l'opération, tandis que de la main gauche celle-ci amène dans la bouche un des trayons légèrement pressé et l'y maintient pendant tout le temps de la tétée. Au bout de quelques séances, l'animal se prête de bonne grâce, et, au moindre cri de l'enfant, vient de lui-même offrir sa mamelle. La seule précaution à prendre est, avant chaque tétée, de laver soigneusement les trayons avec un peu d'eau tiède qu'on peut même légèrement sucrer.

Que l'animal nourrice soit la chèvre ou l'ânesse, l'alimentation du nourrisson, comme dans tous les autres modes d'allaitement du reste, est soumise à certaines règles dont il ne faut point dévier si l'on veut que le

succès couronne l'entreprise. Après expérimentation à la nourricerie des Enfants Assistés, Parrot a fixé le nombre de tétées à faire dans les, vingt-quatre heures. Elles sont en moyenne de sept, cinq de sept heures du matin à huit heures du soir et deux pendant la nuit. Il est évident que les tétées de la nuit ne seront pas très commodes ; mais dans le cas où il y aurait des difficultés trop grandes à pratiquer Tallaitement direct, on a toujours la ressource précieuse de traire, à des heures régulières, dans le biberon, le lait qui sera immédiatement absorbé par l'enfant.

Un dernier avantage que présente l'allaitement direct et qui le rend précieux pour les enfants atteints de syphilis congénitale, c'est qu'on peut donner au lait les propriétés médicamenteuses que l'on veut, en faisant absorber aux animaux à l'intérieur ou par la peau, les principes actifs des médicaments. C'est ainsi qu'en faisant sur la peau des chèvres des frictions avec l'onguent mercuriel, on donne au lait des propriétés anti-syphilitiques.

Boudart a publié un Guide pratique de la chèvre nourrice au point de vue de l'allaitement des nouveaunés et de la syphilis constitutionnelle ; nous renvoyons à cette intéressante monographie le lecteur qui désirerait de plus amples détails sur cette importante question.

2^ Allaitement a la cuillère, a la timbale ou au VERRE. — Ce procédé est le plus simple, le plus commode, le plus propre et le plus hygiénique; il doit être employé de préférence à tous les autres. Les figures cidessous représentent différents modèles de petits pots employés par nos pères dans l'allaitement artificiel.

La cuillère dont se servaient nos aïeux pour donner

le lait aux enfants, présentait une capacité variable : elle était en bois et très facile à manier.

On a reproché au procédé de la cuillère et du petit pot quelques inconvénients dont les deux principaux sont d'éviter la succion et d'empêcher le lait de s'imprégner suffisamment de salive avant d'arriver dans l'estomac. Evidemment , chaque fois qu'il s'agira de substituer à une fonction naturelle une chose de notre invention, on se butera à des difficultés insurmontables et inhérentes à toute méthode artificielle ; mais un système peut être loin de la perfection et pourtant être bon et pratique par le seul fait qu'il est moins mauvais que les autres. Or, on a considérablement augmenté la portée des deux inconvénients que nous venons de signaler; ils ne sont pas suffisants pour faire interdire et condamner la méthode, surtout si on les compare aux inconvénients nombreux et autrement graves que présente le biberon le plus perfectionné. Du reste, la succion existe en grande partie quand on donne le lait à la cuillère, et les faits sont là pour prouver que ce mode d'allaitement peut avantageusement remplacer le biberon : en tous cas, il n'a jamais été démontré jusqu'ici que ses résultats lui soient inférieurs.

Nous connaissons de nombreuses familles dont tous les enfants ont été élevés au verre et sont tous bien venus. Nous citerons entre autres une famille de notre connaissance de Bois-Colombes, près Paris, composée de sept enfants, dont six filles et un garçon; tous ces enfants ont été élevés au verre et sont arrivés à l'âge adulte en parfait état de santé. Deux des filles, mariées à leur tour, ont eu l'une et l'autre un garçon et une fille également élevés au verre. Chacune de ces filles a eu la première trois garçons et deux filles, la seconde

Fig. 29. — Petite cruche servant Fig. 30. — Biberon

de biberon. de P.-L. Courier (1788.)

Fig. 31. — Récipient en étain servant de petit pot.

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