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CHAPITRE XIV

Contrôle et signes d'une bonne nutrition.

Sommaire. • — Nécessité d'un contrôle. — Signes d'une mauvaise alimentation. — Signes apparents et signes cachés. — Examen des fonctions digestives. — Régurgitation et vomissement. — Évacuations alvines : leur nombre, leur quantité, leur consistance, leur couleur, leur acidité, leur odeur, leur homogénéité. — Urine. — Perspiration. — Accroissement du poids de l'enfant, son augmentation quotidienne et mensuelle, nécessité d'un pesage régulier, les pèse-bébés. — Développement de la taille. — Occlusion de la grande fontanelle. — Éruption des dents. — Époque de la marche. — Autres signes.

Nous avons essayé d'établir d'une manière aussi précise et aussi nette que possible les règles nombreuses qui doivent présider, dans l'allaitement artificiel, à une bonne administration du lait. Si ces règles sont oubliées, méconnues ou mal interprétées, on verra quelquefois apparaître brusquement des accidents graves, tels que vomissement, diarrhée incoercible, et l'enfant, à moins d'une intervention prompte du médecin, est emporté en quelques jours, voire même en quelques heures.

Les accidents n'ont pas toujours cette marche foudroyante, et pour cela ils ne cessent pas que d'être très graves. Chez certains enfants, le crâne se développe démesurément et forme un contraste frappant avec le

petit volume de la face; la tête ressemble à un cône renversé; le ventre devient énorme; les membres s'incurvent, s'émacient, sont très grêles si ce n'est à leur extrémité où ils présentent une enflure considérable; l'aspect général est celui d'un batracien : ce sont des enfants qui ont mangé trop tôt et trop abondamment, ce sont des rachitiques. Chez d'autres, l'amaigrissement ,, est si prononcé qu'on dirait qu'ils se sont vidés, la peau est trop grande pour recouvrir leur maigre squelette, et alors celle-ci se plisse, forme des rides profondes sur tout le corps, principalement au visage oii on ne voit que saillies : le nez est effilé, les traits sont durs, tirés et se détachent fortement sur une mâchoire en pointe; la cavité buccale est remplie de muguet; la physionomie est souff'reteuse et fait pitié; des cris plaintifs, des cris de détresse s'échappent péniblement de Li poitrine, le faciès est celui d'un ùnge à l'agonie ou mieux celui d'un petit vieillard qui arrive au bout de sa course : ce sont des enfants qui ne se nourrissent pas, qui meurent de faim, ce sont des athrepsiques.

Evidemment si tous les enfants, victimes d'une alimentation vicieuse, pouvaient être classés dans ces deux catégories, il n'y aurait pas lieu d'insister sur les signes d'une bonne nutrition; il suffirait de jeter un regard sur le nourrisson, et l'on serait pleinement renseigné. Mais, malheureusement, il est des enfants qui ont tous les signes d'une santé florissante, ils sont joufflus, ils sont roses, Watteau les eût pris comme modèles pour peindre ses petits amours, et pourtant tout n'est qu'extérieur : ces enfants sont malades, leur santé est plus que précaire, elle est déjà fortement endommagée, et il faut une grande habitude, un œil exercé pour ne pas se laisser prendre à ces apparences trompeuses.

Voilà pourquoi nous croyons utile de donner en quelques courtes pages, l'ensemble des principaux signes qui nous permettront de contrôler la nutrition, de constater que l'enfant profite réellement et qu'il n'existe aucun vice dans son alimentation.

Ces signes, nous les tirerons de l'examen des vomissements et des produits excrémentitiels, de la constatation du poids et du mode de développement, de l'époque de la marche, de l'occlusion de la fontanelle et de l'éruption des dents.

Vomissements. — Les vomissements chez les enfants indiquent ou qu'ils prennent trop de nourriture, ou qu'ils sont atteints de gastro-entérite, ou qu'ils sont menacés de certaines maladies aiguës.

Dans le premier cas, les vomissements ne sont nullement pénibles, ils sont même sans effort; ce sont des vomituritions naturelles, des régurgitatiom^ par lesquelles l'enfant se débarrasse du trop-plein de son estomac : ce qu'il rend, c'est toujours du lait caillé. Cet état n'est pas alarmant, et il suffit, pour le voir disparaître, de régulariser les repas et de diminuer un peu la quantité du lait ingéré.

Dans la gastro-entérite, le lait est rendu mélangé de matières glaireuses et bilieuses : les vomissements coïncident avec la diarrhée verte ou liquide. C'est un état grave, et il est urgent de corriger immédiatement l'erreur de régime qui l'a engendré. Lorsque des vomissements analogues à ceux de la gastro-entérite, mais sans diarrhée, s^accompagnent d'un état fébrile, il est à craindre une maladie aiguë. Les symptômes concomitants mettent facilement les médecins sur la voie du diagnostic.

Produits excrémentitiels. — 1° ÉVACUATIONS ALVINES.

— Les évacuations alvines chez les enfants ont lieu deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures, et pèsent en tout de 10 à 60 grammes selon la quantité de la nourriture et le pouvoir individuel d'assimilation. Camérer a trouvé que le poids des fèces par jour était de 1 0/00 du poids du corps; d'après les observations d'Uffelmann il faudrait compter non 1 gramme mais 3 grammes de fèces par kilogramme. En moyenne, sur 100 parties d'aliment absorbé, l'enfant en évacue 3. Chez les enfants élevés artificiellement, les selles sont plus copieuses et les proportions correspondent à 43 grammes de fèces pour 1000 grammes de lait de vache absorbé.

Lorsque ces quantités sont dépassées, il est à présumer qu'il existe des troubles du côté du tube digestif, et que l'enfant très probablement est suralimenté; mais il est bien difficile de dire en pareil cas où commence et où finit la maladie, et c'est aux personnes qui donnent les soins à l'enfant, qui ont l'habitude de son état, d saisir le moment où les selles, par leur quantité ou leu ' nombre, ont cessé d'être normales. Il arrive quelquefois que l'enfant n'a qu'une seule garde-robe par jour. Gec' peut indiquer une grande puissance d'assimilation; mais le plus souvent, cette rareté des selles sera l'indice, surtout chez les enfants élevés artificiellement, d'une alimentation insuffisante soit comme quantité, soit comme qualité.

Les selles normales offrent la consistance d'une bouillie épaisse, d'un onguent. Elles durcissent dans la constipation, elles deviennent fluides dans la diarrhée. Celle-ci est toujours l'indice d'un dérangement grave; celle-là, au contraire, n'a pas toute l'importance qu'on a coutume de lui accorder dans les familles : elle peu être habituelle et tenir à la constitution même du sujet

La couleur des selles doit être jaune clair, la couleur de l'or et mieux celle du jaune d'œuf ; mais cette teinte varie souvent et va depuis l'état incolore jusqu'au vert intense, au vert-pré, et les selles ressemblent alors à des herbes cuites^ quelquefois elles sont simplement panachées de matières verdâtres. Ici il faut distinguer le cas où les excréments sont verts au moment de leur expulsion, des cas où ils ne deviennent verts qu'un certain temps après, par suite de leur mélange avec l'urine et par l'action de celle-ci sur certains principes de la bile contenus normalement dans les déjections. Les selles primitivement vertes ont une valeur pronostique bien difTérente suivant leur nature, c'est-à-dire suivant qu'elles sont d'origine bilieuse ou d'origine microbienne.

La diarrhée verte bilieuse n'est pas inquiétante, elle s'observe surtout dans le cours du premier mois après la naissance des enfants élevés au sein. Sur 98 cas de diarrhée verte, constatés par Lesage, dans le premier mois, 90 fois la diarrhée était bilieuse et 8 fois seule- I ment bacillaire. La diarrhée bacillaire présente une ' très grande gravité. On ne l'observe guère que chez les \ enfants élevés artificiellement. Ces diarrhées de nature différente se distinguent l'une de l'autre par les réactions suivantes : si la diarrhée est bilieuse une goutte d'acide nitrique, versée sur les langes souillés, donne une teinte violette et rose, et le papier tournesol bleu rougit fortement au contact des selles; si la diarrhée est bacillaire, la goutte d'acide nitrique décolore les selles et ne donne pas la réaction biliaire, le papier tournesol ne rougit pas toujours, la réaction est neutre ou faiblement acide. A l'examen microscopique, dans la diarrhée bilieuse, on trouve une grande quantité de cristaux d'acides biliaires et de cholestérine ; ceux-ci

sont absents dans la diarrhée microbienne, et sont remplacés par le bacille spécial signalé par Damaschino et Glado. Si on étale, en une couche fine, sur une lame mince, les selles vertes, on constate que cette couche est blanche et incolore dans la diarrhée bacillaire, tandis qu'elle est verdâtre dans la diarrhée bilieuse.

A l'état normal, les selles sont légèrement acides; cette acidité, dans la diarrhée verte biheuse et dans certaines autres diarrhées, devient telle que le liquide excrémentitiel irrite et ulcère même les parties avec lesquelles il se trouve en contact. Les fesses, la région postérieure des cuisses, les talons, sont le siège d'une rougeur intense, d'un érythème très prononcé, d'ulcérations nombreuses. Les matières sont quelquefois si caustiques que les langes eux-mêmes sont attaqués. Bouchut, à ce propos, cite le cas d'un « enfant de vingt mois ayant douze dents, qui arrivait de nourrice en très mauvais état avec une diarrhée chronique. Il avait un érythème ulcéré des fesses et des cuisses, et ces matières noirâtres infectes brûlaient le hnge à ce point qu'une couche neuve souillée revenait de la lessive, conservant de l'odeur et la trace des souillures, puis à une deuxième lessive revenait en charpie avec des trous aux endroits maculés. »

Chez les enfants élevés au sein, les garde-robes sont généralement inodores : dans Pallaitement artificiel, presque toujours, elles présentent une odeur aigre qui imprègne fortement les langes. Cette odeur s'accentue et va jusqu'à la fétidité lorsque le nourrisson a absorbé de la viande, du bouillon ou des œufs, ou bien lorsqu'il est atteint d'un embarras gastrique ou d'un état typhique. Dans le premier cas, les selles conservent leur consistance ordinaire; dans le second cas, elles sont le plus

souvent liquides. Les matières devraient être toujours homogènes; mais bien souvent, surtout dans l'allaitement artificiel, on y rencontre des flocons blanchâtres, des grumeaux verdàtres ou jaunâtres. Ces grumeaux sont constitués par des parcelles de caséine non diaérée, et dénotent un vice de l'alimentation. Lorsqu'ils sont en grand nombre, ils constituent la lientérie, et sont le signe d'une inflammation sérieuse de l'intestin. On trouve dans les déjections des enfants à qui on donne trop tôt une alimentation solide, de nombreux corps étrangers dont la nature varie avec celle des aliments ingérés. Enfin, suivant les cas, on trouve encore des mucosités, de la bile, des glaires, des membranes, des matières analogues à de la raclure de chair, du sang plus ou moins altéré, quelquefois du pus et du sang pur en abondance.

En un mot, les évacuations, pour être normales, doivent avoir lieu en moyenne deux fois par jour; les i matières doivent être sans odeur forte, légèrement acides, molles, homogènes, bien liées et présenter i; l'aspect &'œuf brouillé'^ la peau des fesses ne doit être [le siège d'aucune inflammation et doit ressembler à la peau des autres parties du corps.

2° L'urine. — Le poids de l'urine d'un enfant nourri au lait de femme représente, en moyenne, les 65 à 70 0/0 de la quantité journalière de la nourriture. Si l'enfant est nourri au lait de vache, la quantité d'urine n'augmente pas suivant la quantité de nourriture absorbée; elle diminue plutôt un peu si le lait est convenablement dilué, et les proportions ne seront plus que de 60 0/0. M. Albert Robin, dans ses Etudes pratiques sur Vurine normale des nouveau-nés^ a établi la comparaison des

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caractères essentiels de l'urine chez l'adulte et chez l'enfant, et il a constaté que celui-ci, par kilogramme de poids, rend en vingt-quatre heures moins d'urée, moins de matières fixes et moins de chlorure que celui-là, ce qui démontre une activité plus considérable chez l'enfant que chez l'adulte. D'après certains auteurs, la quantité d'azote serait beaucoup plus faible chez l'enfant élevé au sein que chez l'enfant nourri au lait de vache.

3° La PERSPiRATiON. — Nous ne connaissons au sujet de la perspiration que la seule expérience de Gamerer. Cet auteur a trouvé, chez l'enfant élevé au sein, 26 à 46 grammes de perspiration par kilogramme de poids du corps, et 228 à 361 grammes par kilogramme do lait de femme; chez l'enfant élevé artificiellement, 55 grammes par kilogramme du poids du corps et 297 grammes par kilogramme de lait de vache.

Développement et croissance. — 1° Le POIDS. « Qui souvent se pèse, bien se connaît. » Ceci est vrai surtout chez l'enfant. Un enfant qui se porte bien, dont la nutrition ne souffre pas, doit augmenter régulièrement tous les jours d'un certain nombre de grammes variant suivant son âge. Cette augmentation de poids ne commence que vers le 3^ ou le 4^ jour; jusque-là l'enfant qui vient de naître, ne fait que diminuer, et la perte de poids qu'il éprouve, perte due à l'évacuation du méconium et de l'urine ainsi qu'à l'exhalation pulmonaire et cutanée, est d'environ de 150 à 300 grammes.

Le premier des deux tableaux suivants donne l'accroissement quotidien de l'enfant suivant Bouchaud, Bowditch, Albrecht, Fleischmann, Biedert, ainsi qu'une moyenne de Taugmentation mensuelle suivant ces mêmes auteurs.

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