‹ L'alimentation des nouveau-nésChapitre 40 sur 60 · AUGMENTATION · texte numérisé non relu

AUGMENTATION

Par année. Par mois.

l'^ année 16 cent. 14 millimètres.

Certains auteurs ont essayé de déterminer l'influence de l'alimentation artificielle sur le développement de la taille. Russow a procédé à 4100 mensurations de nourrissons ; il donne à la taille à la fin de la première année : 69 centimètres pour les enfants élevés au sein et 63 centimètres pour un enfant soumis à un régime mixte et pour les enfants élevés artificiellement. Routh a trouvé 64 mauvaises croissances pour 100 chez les enfants

élevés au biberon ou soumis à un sevrage prématuré, 43 chez les enfants élevés au sein et au biberon, 14 chez les enfants élevés au sein. Evidemment ces statistiques ne sont pas brillantes; mais les auteurs ont négligé de nous dire quelles étaient les substances employées pour Talimentation, et comment elles étaient administrées. Il y avait sûrement ici un vice dans la nutrition résultant sans doute d'une alimentation prématurée, ce que semble indiquer Routh, en confondant dans une même catégorie, les enfants élevés au biberon et ceux sevrés prématurément.

Occlusion de la grande fontanelle et éruption des dents. — La grande fontanelle s'élargit un peu dans les huit ou neuf premiers mois jusqu'aux limites de 2 ou 4 centimètres carrés de surface, et, à partir dç cette époque, chez les enfants en bonne santé, elle commence à se rapetisser. A dix mois, dans un quart des cas (Roger), une membrane déjà un peu solide obstrue la fontanelle, laquelle n'a plus alors qu'un centimètre carré .

De quatorze à dix-huit mois, chez le quart des enfants, la fontanelle est presque fermée. A quinze mois, elle • l'est complètement dans un huitième des cas; à seize et dix-sept mois, dans un sixième. A partir de deux ans, l'occlusion existe chez plus de la moitié des sujets (seize fois sur 23). A deux ans et demi, cette occlusion se rencontre sur les trois quarts. A trois ans, la fontanelle est close dans les cinq sixièmes des cas. A trois ans et demi, elle l'est chez tous.

Une occlusion trop rapide ou trop tardive de la grande fontanelle constitue un défaut de développement. Si celle occlusion tarde au delà du dix-huitième mois,

il existe sûrement un vice de nutrition qu'il faut rechercher et combattre énergiquement.

La marche générale de l'éruption des dents chez les enfants bien nourris et bien constitués est la suivante :

Vers le T mois apparaissent les 2 incisives moyennes inférieures.

— 10*^ — — 4 incisives supérieures.

— 13® — — 2 incisives latérales et les 4

petites molaires.

— 16" — — 2 canines supérieures et 2

canines inférieures.

— 20'' — — 4 grosses molaires.

Soit 20 dents vers la fin de la deuxième année : ce sont les dents de lait ou dents de la première dentition, dont le nombre s'exprime par la formule :

Inc. ^ -, -4- Can. , r + Prem. -, = 20 dents.

Seigneur, à la suite des recherches comparatives portant sur 687 enfants, a constaté un retard d'environ un à deux mois dans l'éruption des dents chez les enfants élevés au biberon. La précocité de l'éruption est en rapport avec une bonne nutrition; c'est ce qui a été vérifié par Sanson chez les animaux et par Bensengre et tous les auteurs chez les enfants. Tout ce que nous avons dit de l'occlusion tardive ou trop hâtive de la grande fontanelle, au point de vue symptomatique , s'applique à l'éruption tardive des dents. Un enfant dont les dents de lait poussent trop tardivement ou disparaissent prématurément^ a quelque chose d'anormal dans son développement, et présente presque toujours quelque trouble de la nutrition.

La marche. — Tout retard survenu dans l'époque de

la marche est l'indication d'une lésion ou d'un arrêt de développement du système osseux ou du système musculaire, lesquels sont sous la dépendance immédiate de la nutrition. L'insuffisance des sels calcaires entrave le développement du système osseux; l'insuffisance de la protéine, le développement du système musculaire.

Les petites filles commencent à marcher vers dix mois environ, les petits garçons sont un peu plus en retard et ne font leurs premiers pas que vers le douzième mois. Les enfants volumineux marchent plus tard; mais tout enfant qui ne marche pas à deux ans^ doit être considéré comme malade.

A tous ces signes, nous devons ajouter ceux qui nous sont fournis par l'examen du système nerveux, par l'interprétation, souvent erronée, des cris et des gestes, ainsi que tous les signes dont nous avons déjà parlé çà et là dans le cours de ce travail et en particulier les signes symptomatiques de l'inanition et ceux de la suralimentation. Tous ont leur valeur, mais aucun ne nous donnera jamais des indications plus précieuses que celles qui nous sont fournies par l'examen des fonctions digestives et la constatation du poids.

CHAPITHE XV

Du sevrage.

Sommaire. — Importance de la question. — Dangers d'un sevj'age prématuré. — Dangers d'un sevrage tardif. — L'époque du sevrage. — Opinion des auteurs. — La pratique d'Ambroise Paré. — De quelques indications au sevrage : la sortie des dents, l'état général, l'époque de la marche et le poids de l'enfant. — Choix de la saison. — Les avantages d'un sevrage progressif. — Les inconvénients d'un sevrage brusque.

— Tracés graphiques. — • Des aliments le plus fréquemment employés. — Gomment se prépare une bouillie. — La soupe provençale. — La soupe au pain et aux biscottes. La viande et le bouillon gras. — Les œufs. — Le vin. — Les raisins. — Comment se donne un nouvel aliment. — La ration journalière.

— Des circonstances qui obligent à revenir à l'usage exclusif du lait.

Si l'on s'en rapporte au sens de la lettre, à l'étymologie du mot, lequel tire son origine du latin separare, il semble tout d'abord que sevré?- ne puisse se dire d'un enfant élevé au biberon ; celui-ci, en effet, n'a pas à être éloigné d'un sein qu'il n'a jamais caressé, ni à oublier un lait dont il ignore toutes les saveurs. Et c'est là un grand avantage de l'allaitement artificiel sur l'allaitement naturel : le sevrage, qui est une crise fort périlleuse pour l'enfant élevé au sein et demande, de la part des parents, beaucoup d'intelligence et de soins,

n'existe pas, à proprement parler, poar l'enfant qui n'a jamais tété que le biberon. Il suffit, au temps voulu, d'ajouter graduellement à sa ration quotidienne de lait la quantité d'aliments nouveaux que réclame son développement, pour arriver à un sevrage complet, et cela insensiblement, lentement, sans secousse ni surprise de la part de l'estomac que Ton habitue méthodiquement à une nourriture plus substantielle.

Un chapitre sur le sevrage n'est pourtant pas déplacé dans un livre qui traite exclusivement de l'allaitement artificiel; car il importe au premier chef de savoir jusqu'à quelle époque l'enfant ne doit boire que du lait, et à partir de quelle autre il lui est permis, il lui est môme nécessaire de prendre une nourriture plus riche en principes azotés et plus propice à son nouvel état physique. Nous devons dire aussi quels sont les aliments qui au début doivent s'ajouter au lait et quels sont ceux qui, à un moment donné, doivent composer à eux seuls le repas de l'enfant.

Époque du sevrage. — Dans les premiers mois, nous l'avons dit et nous ne cesserons de le répéter, rien ne saurait remplacer le lait : celui-ci doit être la nourriture unique de l'enfant jusqu'à l'éruption de ses premières dents. Dans aucun cas, il n'est permis de se départir de ce principe, que nous devons considérer comme le plus rigoureux de l'hygiène infantile : aller à son encontre serait vouer l'enfant à toutes les conséquences funestes qu'engendre la désastreuse méthode de V alimentation prématurée. Tout ce que nous avons dit ailleurs des dangers que présente une alimentation hâtive, un sevrage prématuré, est de nature à fixer l'attention des médecins et à les mettre en garde contre les grands périls

qui menacent les enfants traversant la crise du sevrage.

Mieux vaut sevrer un enfant trop tard que trop tôt. Ce n'est pas à dire pour cela que les inconvénients engendrés par le sevrage tardif soient complètement à négliger; l'allaitement, en effet, passé certaines limites, n'est pas avantageux pour l'enfant, et, à partir du dixième mois, la nécessité d'une autre alimentation s'impose. Un allaitement trop prolongé entrave le développement normal de l'enfant, donne à celui-ci un teint très pâle, répand sur sa physionomie un voile de langueur et de tristesse, lui rend les chairs flasques et molles, alors qu'elles sont fermes, fraîches et roses chez le baby alerte et joyeux qui reçoit une nourriture plus substantielle et plus en rapport avec les besoins de son âge.

Entre les deux époques extrêmes qui constituent le sevrage prématuré et le sevrage tardif, il faut choisir un juste milieu qui n'a rien de fixe et qui varie essentiellement avec les enfants. Les anciens, considérant ce qui se passe chez les jeunes animaux qui n'éprouvent le besoin de prendre des aliments autres que le lait de leur mère que lorsque leur dentition est achevée, avaient pensé, non sans une certaine raison, qu'il devait en être de même dans l'espèce humaine : aussi prolongeaientils l'allaitement jusqu'à la fin de la deuxième année. <( Puellvs, quoad primores dentés emiserit, solo lacté olendus », dit Gailien.

Chez les Grecs, le sevrage avait lieu également très tard; chez les Egyptiens, pourtant, à partir de la quatrième semaine, on donnait quelques sucreries à l'enfant et on le sevrait complètement vers l'âge de six mois pour l'alimenter avec du lait et du riz et plus tard avec des viandes légères.

Les Arabes, les ouvrages de leurs médecins en font

foi, comme les Grecs et les Romains, voulaient que l'allaitement durât deux ans : <~<.Naturale tempus lactationis est duorum annoimm )>. En remontant plus haut, un passage de la Bible nous apprend que la coutume des Hébreux était de n'opérer le sevrage que lorsque l'enfant avait atteint sa troisième année. Cette habitude de l'allaitement prolongé s'est perpétuée dans certains pays, jusqu'à l'époque actuelle : elle existe encore en Danemark, en Norvège et en Suède; on la constate également chez les Turcs et les Calédoniens. Chez certaines peuplades sauvages les enfants ne sont sevrés que vers l'âge de quatre ans. Dans les Indes, la règle habituelle est de nourrir les enfants jusqu'à ce que la mère soit de nouveau enceinte de plusieurs mois : il n'est pas rare de voir des enfants de sept ans qui tètent encore leur mère.

En général dans les pays froids, le sevrage est plus précoce que dans les régions méridionales : c'est ainsi qu'en Angleterre et en Allemagne, on sèvre les enfants à la fin de la première année.

Graves fixe à neuf mois l'époque du sevrage, Parrot la met entre douze et quinze mois, Hervieux la porte à quatorze mois.

Bauzon conseille de donner accessoirement un peu de lait de vache aux enfants qui sont dans leur cinquième mois et qu'on nourrit au sein; ce serait, d'après lui, le moyen de les habituer à la nourriture qui leur sera donnée plus tard; dès le sixième mois, il faudrait leur donner de la bouillie à la farine de Nestlé, de la soupe de Liebigou de la soupe deBouchart; au huitième mois, on devrait commencer à leur donner du cacao : tout cela, bien entendu, indépendamment du lait delà nourrice. A partir du onzième mois, on leur donnerait de la soupe au bouillon de poulet; à l'apparition des canines

le sevrage, ainsi préparé de longue date, serait terminé.

Vogel dit, au contraire, que le plus naturel est de laisser téter Tenfant tant qu'il prend le sein volontiers et que ce régime lui réussit, pourvu que la nourrice n'en soit pas incommodée. Il considère néanmoins comme inutile et généralement comme nuisible à la santé de la mère et à celle de l'enfant l'allaitement qui continuerait au delà d'un an.

En France, plusieurs auteurs dont les noms font autorité, se sont prononcés en faveur de l'allaitement prolongé: « On m'a montré, ditBachelet, comme curiosité, à quelques années d'intervalle, deux enfants, l'un de quatre ans, l'autre de cinq ans, tous deux encore allaités par leur mère. J'ai rarement vu des enfants plus beaux, plus robustes, plus sains, au teint plus frais, au ton de chair meilleur, en un mot mieux faits pour prouver l'excellence de l'allaitement prolongé. » Ce sont là des faits exceptionnels qui ne peuvent servir à eux seuls à formuler une loi générale. Le mieux, croyons-nous, est de s'en tenir aux sages conseils d'Ambroise Paré, aussi vrais et aussi justes aujourd'hui qu'il y a trois siècles : « Quelques-uns sont sevréz à dix-huict mois, les autres à vingt, et le commun est à deux ans, parce qu'ils ont leurs dents, par lesquelles nature semble demander quelque autre nourriture que le laict et bouillie. Toutefois on ne peut certainement désigner, ne limiter le temps légitime du sevrement, pour la diversité du temps de la sortie des dents, ne l'envie de leur puissance de manger les viandes; car nous voyons que les dents sortent plustost aux uns qu'aux autres. Parquoy faut borner le temps de sevrer Tenfant, par la sortie d'icelles ; et ceux à qui elles mettent plus longtemps à sortir, doivent pareillement téter plus longtemps et plus tard estre

sevrez : et ceux à qui plustost elles sortent, seront aussi pluslost sevrez : pour autant que l'intention pour laquelle nature a produit les dents, est le brisement et mastication des viandes, pour les préparer et rendre plus faciles à la digestion. Et aussi semble que quand elles sont sorties, nature incite l'estomach de l'enfant à appeter le nourrissement qui se doit mascher et briser par icelles, partant elles ne sont produites sans cause, et ne leur faut bailler aucune viande, que premièrement leurs dents ne soient sorties ; car si plustost on les sèvre, Avicenne dit que cela seroit cause de plusieurs maladies, pour la mauvaise digestion et corruption qui s'ensuivroit, qui pourroit être cause de mort... Les enfants qui tetent trop longtemps en sont rendus effeminez, lasches et mois... Il faut aussi avoir égard à la disposition de son corps pour sçavoir s'il est temps de le sevrer : car s'il est maladif, comme tantost sain tantost malade, lors on ne le doit pas sevrer, parce qu'il ne mange pas suftlsamment à cause de sa débilite : et lorsqu'on le voudra sevrer, la nourrice ne luy donnera sa mamelle tant souvent qu'elle avoit de coutume, et ainsi peu à peu sera sevré, et mettra dessus son télin quelque chose amère, comme alocs, un peu de moutarde et barbouillera entièrement sa mamelle de suye trempée en eau, aOn de la faire haïr à l'enfant. »

On voit par cette citation qu'Ambroise Paré fait jouer un grand rôle à l'époque de l'éruption des dents pour déterminer le moment du sevrage. Bouchut et Trousseau se basent également sur l'état de la dentition. « Fixer absolument l'époque du sevrage, dit le premier, c'est absurde, et voici pourquoi, le sevrage doit toujours être subordonné à la dentition de l'enfant. » « Le sevrage, dit le second, ne saurait se faire en consultant

l'almanach, ce n'est ni à neuf mois, ni à un an, ni à quinze mois, encore moins avant ces âges qu'il faut poser les limites de l'allaitement. Retenez bien ceci, inculquezle dans l'esprit des familles où vous serez appelés à diriger la santé des enfants : la plus ou moins rapide évolution des dents, voilà notre véritable guide. »

Ici, les auteurs ne sont pas d'accord, les uns repoussent le sevrage avant la sortie de tel groupe en particulier, les autres se bornent à choisir approximativement un certain âge, à condition que la dentition s'effectuera régulièrement et que plusieurs dents seront déjà sorties. Mais un point sur lequel tous s'entendent, c'est de fixer le changement d'aliment, quel que soit l'âge choisi, à une époque intermédiaire de repos, entre les sorties de deux groupes, et jamais pendant la période critique de l'éruption d'un groupe. 11 importe donc de connaître la marche générale de l'érjption des dents, chez les enfants bien nourris et bien constitués. Si l'on se rapporte aux chiffres que nous avons donnés dans le chapitre précédent, on remarque que des intervalles de repos existent entre :

Le et le 2° groupe, c'est à-dire du 8*= au mois.

Le 2« — 3" — — 11'^ au 12^ —

Le 3« — 4'' — — W au 15« —

Le 4-^ — S'' — — 17" au 18« —

Il faudra donc choisir un de ces intervalles et ne jamais sevrer l'enfant pendant l'éruption d'un groupe dentaire. Bon nombre d'affections et plus particulièrement des affections gastro-intestinales sont fréquentes à cette époque, et on comprend que ce ne soit pas le moment de changer les habitudes digestives de l'enfant,ni de charger son tube intestinal d'un aliment qui, ne

lui étant pas familier, ne laisserait pas que de le surprendre au début.

Selon Jacobi, il ne faudrait sevrer l'enfant que lorsque le premier groupe des incisives est percé, ou du moins lorsque Fenfant a deux, quatre et même six de ces dents : si elles se faisaient attendre au delà de l'époque normale, il faudrait sevrer l'enfant au huitième ou au neuvième mois. Blot conseille de pratiquer le sevrage après la sortie des deux premiers groupes, entre le 11 €t le 12« mois. Trousseau préfère attendre l'éruption des canines et choisit entre le il" et le lO*" mois.

Mais il ne suffit pas de tenir compte de l'éruption des ■différents groupes dentaires; l'état de bonne santé de l'enfant est une des premières conditions à exiger pour le sevrage. Toutes les maladies de l'enfance ont un fâcheux retentissement du côté du tube digestif, et ce serait commettre une grave faute que de choisir, pour effectuer la révolution du sevrage, une époque où l'organisme est en souffrance.

L'époque de la marche pourra fournir également certaines indications, mais celles-ci pourtant n'ont qu'une importance relative, et, bien qu'il faille en tenir compte, on ne se basera pas exclusivement sur elles pour conseiller le sevrage. D'une manière générale, à l'établissement de la marche, correspond une activité plus grande des organes digestifs, et nous savons par ce que nous avons dit plus haut, que l'enfant vigoureux commence à marcher tôt, tandis que l'enfant débile ne trouve des jambes que très tard.

Une précieuse indication sera fournie par le poids de l'enfant. Lorsque la balance donnera, pendant longtemps et sans cause connue, une augmentation au-dessous de la moyenne normale^ vous aurez une preuve que la nour-

riture donnée à l'enfant n'est plus celle qui lui convient. Il est alors nécessaire de la changer; c'est généralement vers le onzième mois que cela se produit.

Choix de la saison. — Lorsque l'enfant est robuste et bien portant, il peut être indifférent de le sevrer à telle saison plutôt qu'à telle autre. C'est ce que pense Michel Lévy ; tous les auteurs néanmoins ne sont pas de cet avis.

Rhazès est le premier qui ait défendu expressément le sevrage pendant la saison chaude : c'est dans son excellent livre De œgrHtudinibus puerorum, qu'il formule ce précepte.

Welsch exige que l'on sèvre les enfants aussitôt qu'ils ont assez de dents pour mastiquer, mais jamais avant FaccompUssement de la première année, autant que possible, ni en été, ni en hiver, et toujours à l'époque où la lune augmente.

Soranus choisit le printemps, comme étant l'époque la plus convenable pour le sevrage des enfants qui se trouvent entre leurs IS*" et 24'= mois.

Gazeaux conseille de sevrer pendant l'été ou le printemps aOn de pouvoir donner à l'enfant les distractions du dehors.

Trousseau, Brochard, Delore proscrivent la saison chaude par crainte des entérites et autres affections estivales. Il est de fait que la mortalité infantile est beaucoup plus considérable pendant Tété, et autant que les circonstances le permettront, il faudra éviter le sevrage pendant les mois de grandes chaleurs, juin, juillet et août.

L'hiver n'est pas moins à redouter à cause de la coqueluche et autres affections respiratoires. Les saisons opportunes sont le printemps et l'automne, alors que l'on jouit d'une température moyenne et régulière. Il

est évideut que si la constitution médicale régnante faisait craindre la cholérine, on continuerait l'allaitement, renvoyant à plus tard le moment du sevrage alors que tout danger d'épidémie aurait disparu.

Sevrage progressif et sevrage brusque. — Quels que soient l'âge et la saison choisis, on ne doit jamais, du jour au lendemain, sevrer un enfant. Le sevrage brusque est une coutume condamnable; tous les auteurs, à quelques rares exceptions, sont unanimes sur ce point. Il faut habituer lentement l'estomac à supporter les aliments nouveaux. C'est tout un apprentissage qui doit se prolonger pendant de longs mois et être dirigé avec beaucoup de soins. Sans cette accoutumance do tous les jours, les affections gastro-intestinales sont inévitables, et le dépérissement de l'enfant certain, tandis que, avec les ménagements recommandés, avec le sevrage progressif, tout se passe sans secousse, sans danger, et on arrive insensiblement au but voulu, sans que l'organisme de l'enfant se soit ressenti le moins du monde d'un changement complet de nourriture. Les tracés du docteur Sutils sont caractéristiques à ce sujet et nous font saisir d'un seul coup d'œil tous les inconvénients du sevrage brusque.

L'enfant a-t il été habitué petit à petit à une nourriture variée, le sevrage pas^e inaperçu, la santé n'en reçoit aucune atteinte et le poids continue à progresser comme si aucun événement nouveau n'était survenu : tous les tracés dans ce cas sont réguliers.

L'enfant, au contraire, est-il sevré brusquement, il est pris aussitôt de diarrhée persistante qui le débilite en peu de jours. Les tracés nous montrent non seulement un arrêt brusque dans l'augmentation du poids, mais

bien souvent une diminution ; et il faut deux mois, quelquefois quatre mois, pour que l'enfant revienne à son poids primitif.

D'après Demme, la diminution du poids dans le sevrage brusque dure de 3 à 5 jours, même quand les fonctions digestives restent normales, et cette diminution serait de 25 à 75 grammes par jour. Uffelmann nous a donné dans un tableau les poids successifs de deux enfants de la même famille dont l'un E. , garçon de 10 mois un quart, fut sevré brusquement, et l'autre W., d'environ 10 mois, fut sevré lentement. L'enfant E. ne revint qu'au bout de 14 jours au poids qu'il avait quand on le sevra subitement; l'enfant W., au contraire, présenta seulement une augmentation moindre que d'ordinaire pendant 14 jours, mais ne diminua jamais de poids.

Un sevrage bien dirigé et conduit avec méthode doit commencer dès le septième mois pour ne s'achever que vers la fin de la deuxième année. Le septième mois ne sera choisi, bien entendu, que pour un enfant bien portant; s'il s'agit d'un enfant en retard, dont l'organisme est en souffrance, on se laissera guider par les règles que nous avons établies plus haut.

Depuis la naissance jusqu'à six mois révolus, l'enfant doit être nourri exclusivement au sein ou au lait de vache, de chèvre ou d'ânesse; mais, à partir de cette époque, il est nécessaire, pour que son développement marche d'un pas régulier, d'ajouter à son lait des aliments nouveaux. Nous disons qu'il faut ajouter au lait et non pas qu'il faut le supprimer, car le lait, et nous ne saurions trop insister sur ce point, doit rester la base de V alimentation de l'enfant jusquà son sevrage complet^ c'est-à-dire jusque vers la fin de la deuxième année. Entre ces deux époques que nous venons de fixer, il existe une période

intermédiairependantlaquelle l'enfant, tout en continuant à prendre du lait, commencera à se nourrir d'autres aliments choisis et combinés comme nous allons dire.

Les aliments du sevrage. — Les aliments les plus fréquemment employés sont les féculents, les œufs, les bouillons et le vin.

On remplacera une des tétées du matin par quelques petites cuillerées de bouillie ou de panade bien claire et passée; la quantité de ces premiers repas ne doit jamais dépasser ce que peut contenir une soucoupe ordinaire, c'est-à-dire 4 à 5 cuillerées à bouche. Le premier jour, l'enfant refuse cette nouvelle nourriture et ne veut que son lait, mais il ne faut pas se rebuter; procédez lentement et avec patience, et l'enfant ne tardera pas à manger avec avidité la bouillie et même à la réclamer par ses cris, si elle ne lui est pas donnée à l'heure habituelle. La dose sera augmentée graduellement de quelques cuillerées; vers huit mois, l'enfant aura deux bouillies, une le matin et une dans l'aprèsmidi; trois vers dix mois, une le matin, une dans l'après-midi et la dernière dans la soirée.

Ces bouillies peuvent être faites avec de la farine de froment, d'avoine, d'orge, avec de l'arrow-root, de la fécule de pommes de terre, de la crème de riz, du tapioca, de la semoule, etc., etc. On passera de l'une à l'autre de ces substances, et on insistera de préférence sur l'une d'elles suivant le goût et suivant Tétat de l'enfant. La farine d'avoine est certainement une des meilleures : elle renferme un principe odorant se rapprochant de celui de la vanille, et son goût agréable la fait accepter avec plaisir par les enfants qui la digèrent fort bien, qu'elle soit préparée au lait ou à l'eau.

Bon nombre de préparations dont nous avons parlé dans notre chapitre sur les succédanés du lait^ et que nous avons proscrites comme ne pouvant remplacer le lait, alors que l'enfant était encore trop jeune, sont ici tout indiquées, et rendent de grands services à l'époque du sevrage.

Quelle que soit, du reste, la substance employée, qu'elle soit prise en nature ou telle qu'on la trouve dans le commerce, toutes les bouillies se préparent de la même manière. Délayez une bonne cuillerée de farine dans quelques cuillerées d'eau froide, ajoutez du lait peu à peu pour faire un demi-lilre en tout. Faites bouillir jusqu'à consistance assez épaisse en agitant continuellement pour empêcher la farine d'adhérer au fond du vase, ce qui donnerait un goût désagréable et ferait tourner le lait. Sucrez et salez légèrement.

Une bouillie d'un usage universel en Provence est la préparation suivante connue sous le nom de « soupo de pan eue », soupe de pain cuit, préparation très ancienne et dont la formule remonterait jusqu'aux Gaulois.

Faire bouillir pendant un quart d'heure :

Eau 1 verre.

Gousses d'ail écrasées 2

Laurier 1 feuille.

Sauge 1 légère branche.

Sel gros de cuisine 1 grain (3 gram.).

Passer le bouillon à travers une passoire fine, le laisser se refroidir, le remettre dans la casserole avec quelques tranches de pain que l'on fait fondre sur le feu en remuant au moyen d'une cuillère de bois, ajouter une cuillerée à café de bonne huile d'olive et quelquefois un jaune d'œuf, servir tiède. Telle est la soupe de pain

cuit, célèbre dans le pays de l'ail, préparation excellente qui fait les délices des petits enfants et aussi de beaucoup de grandes personnes.

Les soupes au pain et aux biscottes de Bruxelles, données avec prudence, constituent pour les jeunes enfants une excellente alimentation. Mettez trois ou quatre tranches de biscottes dans un litre d'eau bouillante, laissez sur le feu jusqu'à ce que les biscottes soient bien gonflées et n'augmentent plus de volume; passez au tamis fin. Les biscottes tamisées serviront de soupe, l'eau dans laquelle elles auront bouilli pourra être donnée en boisson à l'enfant, soit pure, soit mélangée avec du lait.

Certains médecins excluent absolument du régime des enfants, même dans un âge plus avancé, toute espèce de viande et le bouillon gras lui-même. Donné est opposé à ce système et conseille une méthode précisément contraire. Il dit être revenu par expérience du régime exclusivement végétal pour les enfants de notre pays. Il recommande la viande après le sevrage et dès que l'enfant a assez de dents pour broyer le blanc du poulet ou quelque autre chair aussi tendre.

Uffelmann nous dit que les enfants de onze à douze mois prennent volontiers la viande râpée crue et la digèrent parfaitement. Celte circonstance serait d'autant plus précieuse que l'usage de cet aliment prévient les diarrhées et même les guérit, pourvu qu'il n'y ait pas de catarrhe stomacal. Si on a soin de ne prendre que de la viande de bonne qualité et d'observer les plus grandes précautions de propreté pendant la préparation de l'aliment, il n'y aura pas de danger de transmission de maladies parasitaires.

Sans trop nous presser pour donner de la viande,

nous estimons pourtant que dès l'âge de dix mois l'enfant peut commencer à prendre des bouillons gras, de préférence du bouillon de poulet auquel on ajoute quelques cuillerées d'une farine de manière à faire de petits potages très légers. Notre pratique est de n'avoir recours à la viande qu'après la sortie des canines; nous commençons alors à donner du veau, de l'agneau, du mouton hachés, pilés ou râpés après, cuisson préalable.

Pour les enfants délicats et qui digèrent mal, le professeur Grancher conseille de ne donner la viande que de la façon suivante : on prend un morceau de viande crue bien tendre et bien nettoyée; on la hache finement, puis on la pile dans un mortier; on met ce hachis dans un linge et l'on presse fortement de façon que la pulpe de la viande filtre à travers le linge. « La confiture de viande » ainsi obtenue est une gelée très rosée, nutritive et néanmoins facile à digérer.

A partir d'un an, les œufs à la coque sont bien tolérés. Une bonne préparation que les enfants prennent très volontiers et digèrent facilement est le mélange suivant, connu sous le nom de lait de poule.

Jaune d'œuf 1

Eau chaude 1 verre.

Sucre blanc 25 grammes.

Eau de fleurs d'oranger 8 grammes.

Battez le jaune d'œuf avec l'eau: ajoutez le sucre et l'eau de fleurs d'oranger.

Bien que l'anémie excessive des générations actuelles justifie l'emploi modéré de certains excitants dès le premier âge, l'usage du vin pour les enfants n'est pas d'une apphcation moderne. Chez certains peuples de l'antiquité, il était coutume de donner du vin à l'enfant dès sa naissance, surtout lorsque celui-ci était un

DU SEVRAGE 3ia

garçon. Hippocrate recommande en termes très précis l'usage du vin : selon lui, les enfants qui en boivent, sont moins exposés aux convulsions, deviennent plus forts, plus vigoureux, ont un teint plus fleuri et leur ventren'enfle pas.

Fonssagrives, sans considérer le vin comme un aliment indispensable, en recommande cependant l'usage pour les petits enfants. Hufeland le proscrit avec rigueur. Donné, au contraire, en est très partisan et fait prendre aux enfants, dès l'âge de six mois, une soupe qu'on leur prépare en trempant un peu de pain dans de l'eau rougie, légèrement sucrée.

L'âge fixé par Donné nous paraît un peu prématuré, et nous avons l'habitude de ne donner du vin qu'à partir du onzième ou douzième mois, jamais pur, toujours à Tétat d'eau vineuse à peine rougie.

Nous serons moins sévère pour l'usage des raisins. L'analyse chimique démontre que la composition du suc de raisin se rapproche beaucoup de celle du lait de femme.

Composition du suc de raisin pour 100 parties de suc.

Matières albuminoïdes azotées 1.7

Sucre, gomme 12 à 20

Substances minérales 1.3

Eau 75 à 83

Composition du lait de femme pour 100 parties de lait.

Matières albuminoïdes azotées 1.5

Sucre, gomme 11

Substances minérales 0.4

Eau , 87

Sans partager l'enthousiasme des uvopathes, nous croyons que les raisins, surtout à Tétat frais, doivent avoir leur place parmi les aliments destinés aux enfants

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à qui le lait ne suffît plus; mais il faut avoir soin de ne les leur donner qu'en très petites quantités, quelques grains seulement bien mûrs et dépouillés de leurs pellicules.

Tels sont les principaux aliments que l'on doit donner à l'enfant pendant la période du sevrage. Il en est certains qui ne figurent pas dans cette nomenclature et qu'il faut sinon proscrire, du moins n'employer qu'à titre tout à fait exceptionnel : tels sont les légumes, les fruits, les viandes noires, les mets fortement épicés, les liqueurs. Toutes les fois que l'enfant prendra un nouvel aliment, celui-ci sera donné en très petite quantité, et l'on examinera s'il est bien digéré, s'il ne se produit pas de diarrhée ou d'autres phénomènes indiquant un trouble du côté des voies digestives. Quelle que soit, du reste, la nature variée des aliments servis, le lait, nous le répétons encore une fois en terminant, ne doit jamais être absent des repas de l'enfant : il doit, au contraire, en constituer la base, la partie essentielle et résistante, qu'il soit pris en nature ou mélangé aux aliments, et cela jusqu'à l'âge de deux ans révolus. A partir de cette époque, la première dentition étant terminée, le lait, bien que toujours utile, quelquefois nécessaire, n'est plus indispensable, et nous distribuons comme suit le régime alimentaire.

Quatre repas par jour.

Au lever : une soupe au lait, une panade, ou une soupe grasse.

A midi : une soupe, une côtelette de mouton ou une quantité équivalente d'autre viande hachée menu pour suppléer à l'insuffisance de la mastication, un plat de légumes frais et du pain à volonté.

A quatre heures : un repas léger de lait, du pain ou une tartine de confiture, ou encore du pain avec des fruits de la saison qui devront être sains et bien mûrs.

A six heures : une soupe, un plat de viande et un dessert. On veillera que ce dernier repas soit toujours moins copieux que le repas du midi.

Gomme boisson, en dehors du lait, du vin très étendu d'eau ou de la bière coupée d'un tiers d'eau.

Les aliments seront toujours donnés à petites doses pour ne pas fatiguer l'estomac, et comme l'enfant se fatigue vite de la même nourriture, on aura soin de les varier le plus possible. Les mères ne sauraient trop observer l'absolue régularité des repas : ce ne serait pas sans un grand préjudice pour la santé de leurs enfants qu'elles négligeraient ce précepte. Elles surveilleront les fonctions digestives et s'assureront si les aliments sont bien supportés. Si la diarrhée venait à se manifester et à persister d'une manière inquiétante, si l'enfant, au lieu ^'embellir, restait stationnaire, ou diminuait de poids, il faudrait cesser immédiatement son régime et le remettre momentanément à l'usage exclusif du lait.

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