RATIONS
On voit d'après ce que nous venons de dire qu'il ne faut pas nécessairement donner la préférence à une nourriture quelconque. Ce qu'il importe de savoir c'est qu'il faut absolument fournir toutes les différentes formes de nourriture, céréales, végétales, animales et minérales, mais la composition des rations peut offrir de grandes variations. Les cultivateurs devraient se servir principalement d'aliments cultivés sur la ferme. Lorsqu'ils sont obligés d'acheter, alors qu'ils prennent ces aliments qui coûtent le moins cher et qu'ils peuvent se procurer plus facilement dans les localités où ils demeurent. Une ration qui a donné de bons résultats l'année dernière peut être trop coûteuse cette saison, ou encore celle qui coûtait le plus chef l'année dernière peut être la meilleur marché cette année. Le bon aviculteur doit varier ses rations non seulement d'après les prix des aliments, mais aussi d'après l'état de sa basse-cour; une poule qui ne pond pas ne se trouve pas aussi bien d'une ration riche qu'une poule pondeuse; de même une bande de vieilles poules ne résistent pas aussi bien à une ration riche qu'une bande de poulettes.
Les rations suivantes ont donné de bons résultats dans la pratique. On pourra les adopter ou les modifier suivant les conditions où l'on se trouve.
Poussins. — Une erreur que commettent encore beaucoup d'aviculteurs expérimentés est de nourrir les poussins trop tôt après 'l'éclosion. Lorsqu'un poussin sort de sa coque, il porte en lui, sous forme de jaune d'œuf, une quantité de nourriture suffisante pour se suffire pendant plusieurs jours. Tout ce qu'il exige à cette phase de son, existence est de la chaleur et du repos; il n'a nullement besoin de nourriture.
Lorsqu'on transporte les poussins à leurs quartiers d'élevage, il faut mettre à leur disposition, dans un endroit où ils peuvent le trouver facilement, du gros sable ou du fin gravier et de fines coquilles d'huîtres. On attend ensuite qu'ils manifestent des signes positifs de faim, ce qui sera deux ou trois jours après l'éclosion. La première précaution à prendre c'est de voir que la digestion se fasse bien ; on ne donnera pour cela que des repas légers.
On donnera aux poussins cinq ou six repas par jour en employant principalement de la pâtée sèche pendant les premiers jour, après quoi on peut donner de petites quantités de grain à poussin éparpillé dans la litière pour les tenir oceupés.
La pâtée à poussins dont nous nous servons à la ferme expérimentale fédérale, Ottawa, se compose d'une partie de petit son (gru rouge), une partie de recoupes (gru blanc), une partie de blé d'Inde moulu, une partie de farine d'avoine, une demi-partie de farine de viande fine et un peu de sel de table fin, environ | à f de un pour cent. S'il n'y a pas d'os dans la farine de viande, il faudra ajouter cinq pour cent d'os moulus pour remplacer une quantité égale de farine de viande.
Fig. 7. — Fontaine-abreuvoirs
La construction d'un abreuvoir doit être simple pour qu'il soit facile de le nettoyer. Ceux que voici sont si simples qu'il est inutile de les expliquer. Il y en a de différentes dimensions pour les poulets, les volailles, les canards, etc. Une boîte vide de tomates ou une boîte semblable avec deux trous, percés dans les côtés près du sommet et renversée, fait un excellent abreuvoir pour les poussins.
Chaque fois que l'on donne de la pâtée, il faut jeter sur les planches d'alimentation un peu de gros sable, de gravier ou de coquilles d'huîtres pour que les poussins puissent être sûrs d'avoir une provision suffisante jusqu'à ce qu'ils aient appris à aller d'eux-mêmes aux trémies pour en chercher.
On tient aussi devant eux, en tout temps, des abreuvoirs d'eau et de lait que l'on renouvelle souvent (gravure 7), ainsi que des trémies de gravier, de coquilles d'huîtres et de charbon de bois, et dès que les poussins sont habitués aux trémies, on leur donne aussi des trémies remplies de pâtée sèche.
Pour la verdure, on donnera aux poussins du gazon de trèfle qu'ils picoteront à loisir; à défaut de gazon, on donnera de l'avoine germée ou un autre aliment de ce genre.
Au bout de huit ou dix jours, on peut se servir de pâtée molle, en employant des œufs inféconds et des coquilles d'œufs, ou les deux, ou du foie cru passé à travers un hachoir à viande, ou du lait et de l'huile de foie de morue — le tout séché avec un mélange de pâtée sèche, et on, remplace graduellement la pâtée d'œufs par de la pâtée humectée avec du lait.
Lorsqu'on recherche un développement rapide, on peut continuer à donner ces pâtées molles jusqu'à ce que les poussins soient mis sur le parcours, sinon on peut cesser de les employer. Lorsqu'on donne de la pâtée molle, il ne faut jamais en donner à un repas plus que les poussins ne peuvent en consommer en quelques minutes, et si parfois il arrivait que l'on en donne trop, il faut enlever immédiatement tout le surplus, car rien ne gâte l'appétit des poussins plus vite qu'une pâtée sure et rance.
Un parcours idéal pour les poussins est un champ de trèfle à côté d'un champ de blé d'Inde ou d'un verger, où ils peuvent se procurer toute la verdure succulente et toutes les larves qu'ils pourront manger, tout en ayant tout l'ombrage qu'il leur faut. Dans ces conditions, les poussins une fois mis sur le parcours n'exigent que très peu d'attention et on peut compter principalement sur la trémie pour les nourrir.
Poulettes pondeuses. — Lorsque les poulettes sont mises dans les poulaillers de ponte, au sortir du parcours où elles ont joui pendant l'été d'une nourriture verte variée et abondante, avec tout l'air pur qu'elles pouvaient désirer, il faut s'efforcer de faire en sorte qu'elles retrouvent autant que possible toutes ces conditions du parcours dans leur poulailler, et que tous les changements soient faits graduellement.
La lumière artificielle peut être avantageuse lorsqu'on désire obtenir le plus d'œufs possible des poulettes. On peut employer beaucoup de lumière avec une forte ration de viande pour les poulettes dont on désire obtenir le plus d'œufs possible pendant l'hiver pour les vendre après cette période.
Voici une méthode que l'on peut suivre lorsqu'on garde les poulettes pour une ponte abondante la première année et lorsque des poulettes sélectionnées sont employées pour l'élevage et conservées pour la reproduction. On tient constamment dans la trémie, devant le troupeau, du gravier, des coquilles d'huîtres, du charbon de bois et de la pâtée sèche. On fournit aussi de l'eau fraîche et autant que possible un plat de lait sur. Le matin on donne dans la litière un léger repas et le soir un repas complet de grain mélangé, à litière.
Comme verdure, on fournit du foin de luzerne ou de trèfle et on donne tous les jours de l'avoine germée ou des racines. Si l'on emploie des betteraves fourragères, on les fiche sur des clous et on laisse les poules les picoter autant qu'elles le désirent. Si l'on se sert de carottes ou de navets, on les hache et on les mélange dans une pâtée molle. Quant aux aliments supplémentaires d'origine, animale, comme les os verts moulus ou le foie cru, on les met dans la pâtée molle à raison d'environ une demi-once par oiseau. On fait passer le foie dans un hachoir à viande et on le mélange avec la pâtée sèche. On en donne aux oiseaux juste ce qu'ils peuvent en manger en quelques minutes.
Un bon mélange de pâtée sèche peut se composer de parties égales de son, de gru blanc (recoupes) de blé d'Inde concassé et de farine d'avoine ou d'avoine finement moulue et d'une demi-partie de farine de viande. On y ajoute environ 1 pour cent de sel de table fin et lorsqu'on n'a pas d'os verts broyés, environ 5 pour cent de farine d'os.
Un bon grain à litière peut se composer de parties égales de* blé d'Inde et de blé et d'une demi-partie de bonne avoine ronde.
Les mélanges commerciaux de grain à litière contiennent généralement un certain nombre d'autres grains qui ajoutent de la variété et de l'apparence au mélange, mais ce mélange sera trouvé satisfaisant.
Le nourrisseur fera bien de manier ses oiseaux pour voir quel en est l'état. S'ils maigrissent, qu'il augmente la quantité de grain à litière; s'ils sont portés à engraisser, qu'il donne moins de grain. En général, la ponte sera d'autant plus forte que la quantité de pâtée consommée est plus grande. Il faut avoir soin cependant de maintenir un bon équilibre entre la consommation de la pâtée et la consommation du grain, car si la ponte est stimulée par une consommation exagérée de pâtée à un tel point que les oiseaux maigrissent, il y aura sûrement une baisse de production.
Les poulettes recevant la ration que nous venons de décrire ne devraient jamais perdre l'usage de leurs pattes. Si l'on constate une tendance de ce genre, que l'on donne de temps à autre un repas d'huile de foie de morue dans la pâtée.
Oiseaux reproducteurs. — Aux oiseaux reproducteurs on donnera une ration variée, mais qui ne stimule pas — une ration très semblable à celle que l'on donne aux poulettes pondeuses, mais contenant moins de viande; la pâtée pourra être faite plus volumineuse ou on pourra fermer les trémies pendant une partie de la journée. Les volailles doivent avoir à leur disposition du foin de luzerne ou de trèfle en tout temps. On peut donner plus de volume à la pâtée en ajoutant de la luzerne moulue au mélange. On leur donnera aussi en tout temps, comme aux poulettes, du gravier, des coquilles d'huîtres, du charbon de bois, de la pâtée sèche et de l'eau. On éparpillera dans la litière un léger repas de grain le matin et .un repas complet le soir. On fournira une variété de verdure et lorsque l'époque de l'accouplement approche et que les volailles se mettent à pondre, on pourra ajouter un peu de foie cru à la ration. Tenez les poules de reproduction actives, ne les laissez pas devenir trop grasses. Lorsque les poules pondent bien, un repas d'huile de foie de morue donné de temps à autre dans la pâtée ne fera pas de mal. En fait, les germes dans les œufs paraissent avoir plus de vitalité lorsqu'on emploie de l'huile de foie de morue.
Engraissement en épinette.* — Dans l'engraissement en épinette, l'emploi du lait sur est indispensable pour obtenir une viande de bonne qualité. Le lait est mélangé avec du grain finement moulu dans la proportion d'environ trois livres de lait à deux de grain. On obtient ainsi une pâtée assez claire. On donne aux volailles tout ce qu'elles peuvent consommer deux fois par jour, à intervalles réguliers, et on enlève tous les aliments qui restent afin de maintenir toujours leur appétit. On a pour coutume de faire la pâtée un repas d'avance, afin qu'elle puisse commencer à fermenter avant d'être donnée.
Les grains les plus employés sont le maïs (blé d'Inde) , l'avoine, l'orge, le sarrasin ou quelques-uns de leurs sous-produits, mais tous les grains dont on se sert devraient être finement moulus. Le blé d'Inde produit une graisse jaune. On fera donc bien de ne pas beaucoup en donner si l'on veut avoir des volailles à peau blanche. Un mélange qui donne de bons résultats est celui qui se compose de parties égales de maïs, d'avoine et de sarrasin.
Les criblures de renouée liseron ont donné d'excellents résultats dans les expériences conduites à la ferme centrale. Ces criblures, qui sont un sousproduit des élévateurs, se composent principalement des graines de renouée liseron (sarrasin sauvage) et de blé retrait; il y a aussi une petite proportion d'autres graines. Cet aliment est généralement bon marché. Comme il est savoureux et qu'il a donné d'excellents résultats, nous le recommandons hautement. Nous l'avons donné avec du lait sur, de la manière habituelle.**
Les dindons domestiques ont conservé en grande partie les habitudes de leurs ancêtres sauvages; qu'on leur donne l'occasion de satisfaire leurs instincts en les laissant vagabonder sur de grandes étendues en quête de leur nourriture ou percher dans tous les arbres ou les coins qu'ils peuvent choisir, et la mortalité sera
*Voir bulletin n° 88 de la ferme expérimentale, pages 24, 29. ♦♦Voir rapport des fermes expérimentales pour 1914, pages 989-996 pour les détails de cotte expérience. ♦♦♦Voir bulletin des fermes expérimentales, nc 46, Nouvelle série.
réduite au minimum. Si l'élevage se fait dans ces conditions, on constatera que les dindonneaux s'élèvement presque aussi facilement que les poussins.
Dindonneaux. — L'élevage des dindonneaux se fait de la même façon que celui des poussins; on leur donne un repas de gros sable ou de fin gravier et de coquilles d'huîtres avant de leur fournir des aliments. On met à leur disposition un plat de lait sur. Ne cherchez pas à les faire manger trop tôt; une couple de jours après l'incubation suffisent.
Lorsqu'on élève les dindonneaux par la méthode artificielle, on a souvent un peu de difficulté à obtenir qu'ils se mettent à manger. Dans ce cas, on pourra donner un repas de lait sur avec un compte-gouttes médicinal; on peut aussi offrir aux dindonneaux un peu de nourriture dans la main et ils la prendront plus facilement de cette façon que s'il leur faut la ramasser sur le sol.
Pour le premier repas, après avoir donné du lait sur, on peut employer des miettes de pain humectées avec du lait ou des miettes de pain mélangées avec des œufs. On change ces aliments graduellement en ajoutant un peu de la pâtée à poussins déjà recommandée et des tiges d'oignons hachées, des pissenlits ou toute autre verdure succulente. Il ne faut pas en donner plus que les dindonneaux ne peuvent manger rapidement sans en laisser. Il faut avoir grand soin qu'il ne reste pas de nourriture dans le voisinage et il ne faut pas nourrir les poussins et les dindonneaux ensemble, car c'est ià l'une des façons par lesquelles la maladie appelée "tête noire" se propage rapidement.
Dès que les dindonneaux sont assez forts, il faut les laisser courir en liberté.
Sur parcours. — Plus le parcours est vaste, moins il faudra de nourriture supplémentaire. On peut donner un léger repas de pâtée le matin et du grain Je soir; la quantité dépendra de l'avidité avec laquelle les dindonneaux consommeront les aliments.
Engraissement. — Les dindons, tenus sur un bon pacage n'exigent que très peu d'engraissement. On les garde dans une loge pendant deux ou trois semaines, où on leur donne tout ce qu'ils veulent manger de grain moulu, mélangé avec du lait sur et, de temps à autre, un repas de blé d'Inde pour varier, en les amenant graduellement à une ration complète.
Dindons reproducteurs. — Le grand danger lorsqu'on nourrit des sujets reproducteurs pendant l'hiver c'est qu'ils deviennent trop gras. Il fausse servir surtout de foin de luzerne ou de trèfle et de grain à litière. Le grain à litière doit être donné en petites quantité, et toujours dans une litière profonde, pour que les oiseaux soient obligés de se démener activement pour le trouver. Il faut toujours mettre à la disposition des oiseaux du gravier, des coquilles d'huîtres et de l'eau ou de la neige. Lorsque l'époque de la ponte approche, on augmentera graduellement la ration jusqu'à ce qu'elle soit semblable à celle que l'on recommande pour les volailles ordinaires destinées à la reproduction.
PINTARDES ET PAONS
Les pintardes, les paons et les volailles de même nature sont tenus au même régime que les dindons, et la ration qui convient aux uns convient également aux autres.