REMARQUABLE INTOLÉRANCE DÜ LAIT DE FEMME
Enfant de quatre mois.
Nourri par sa mère. La mère avait remarqué, suivant son expression, « que son lait empoisonnaitl son enfant ».
Dix selles glaireuses par jour. Diarrhée. Mis au sein d’une première nourrice, l'enfant ne modifie pas son état inteslinal.
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Une deuxième nourrice ne donne pas de meilleurs résultats, ce qui décide le père à nourrir l'enfant avec le lait de la mere alternant avec des biberons de lait stérilisé.
Alors apparition d'une entérile à marche rapide conduisant l'enfant à une athrepsie complète.
Mars 1904 : Début du traitement : D'abord eau de riz concentrée et diète. Puis képhyr de lait de chèvre.
Pendant quinze à vingt jours l'enfant prend deux tétées de sa mère et deux doses de moitié képhyr de lait de chèvre et moitié eau de riz concentrée. En supplément l'enfant prend une dose de lait de chèvre cru coupé d'un quart d'eau de riz bouillie.
. Pendant quinze à vingt jours l’état reste stationnaire. Cependant il y avait une moyenne de quatre selles glaireuses, et la courbe du poids donne environ une moyenne de 10 grammes par jour.
. Quand les selles furent moins fréquentes on donna plus de lait de chèvre (trois doses) et deux de képhyr de lait de chèvre.
Alors l'enfant présente une amélioration manifeste mais 117 a stagnation de poids.
Au bout de six à sept semaines suppression du képhyr, alors lait de chèvre el eau bouillie,
A ce moment, les parents croyant bien faire donnent, sans consulter leur médecin, de un litre à 1.200 grammes de lait.
La courbe augmente alors dans des proportions effrayantes.
Il y a quatre selles normales, ce qui prouve que l'enfant supporlait cependant très bien cette forte dose. L'enfant avail des selles trop nombreuses mais sans accident pathologique.
Le résultat est magnifique et persistant".
1. Chez les athrepsiques le D' Triboulet n'a pas constaté de résultat notable. Il semble être à peu près le même qu'avec le lait stérilisé. Les selles redevenaient normales, mais l'enfant mourait cependant.
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Dans toutes ces observalions le lait a toujours été employé cru, sauf à de rares exceptionsprès où il a été nécessaire de faire bouillir ce qui restait du lait non consommé afin de le mettre à l'abri de la fermentation.
De son côté, M. Boissard, accoucheur à l'hôpital Tenon, a fait des recherches dans son service. L'auteur a donné son opinion à ce sujet dans le Journal des Praticiens (30 mai 1900) : De l'alimentation des nouveaunés par le lait de chèvre :
«Eslimant qu'il y aurait une coupable légèreté à bannir d'emblée et sans autre forme de procès ce mode d'alimentation nous avons essayé dans notre service àla Maternité de Tenon le lait de chèvre, el ce sont les résultats obtenus que nous venons exposer dans ces quelques lignes qui fixeront l'attention sur ce mode d’alimentalion, appelé, croyons-nous, à rendre des services au point de vue de l'hygiène des nourrissons. C'est inimaginable combien notre époque, qui. passe pour une époque d'indépendance et de libre examen, est sensible à l’ostracisme prononcé par une voix autorisée.
Il semble aujourd'hui difficile de ne pas accepter comme d'indiscutables vérités, des formules tombées de la bouche de certains oracles ; ilv a comme une religion scientifique d'État.
«En 1880, c'est-à-dire il y a vingt ans, Tarnier adoptant les formules de ses prédécesseurs affirmait que le lait de chèvre ne convenait pas aux nouveau-
nés ; employé pur ou coupé, il n’en à obtenu de bons résullats ni dans l'un ni dans l’autre cas: du Coup l'emploi du lait de chèvre était rejeté de l'alimentation des nouveau-nés ; pour notre part nous pensons qu'il y a lieu de revenir sur ce jugement quin'a pu être porté par un auteur de bonne foi et un observateur de la valeur de Tarnier qu'en raison des conditions défectueuses de l’expérimentation ; d’où provenait le lait de chèvre employé ? Quelles espèces caprines fournissaient le lait? Quelles étaient les conditions dans lesquelles se faisait la traite deschèvres? Quel était enfin le mode d'alimentation des chèvres? On connaît actuellement l'importance capitale de ces questions dont la solution peut expliquer les succès qu'on est en droit d'attendre aujourd'hui de l'usage du lait de chèvre pour l'alimenlalion des nouveau-nés.
« Une partie des préventions (existant contre le lait de chèvre) était justifiée par les conditions défavorables où se trouvaient les chèvres laitières ; leur alimentation élait défectueuse ou insuffisante; la traite se faisait sans précaulion et sans propreté,-enfin le lait était renfermé dans des flacons mal lavés ou mal bouchés; on connait toutes les heureuses modifications qui ont été apportées de ce côté-là et chacun sait les beaux résultats qui sont obtenus aujourd'hui pour le lait de vache.
« Il y a cependant une critique qui à été justement adressée au lait de chèvre; nous voulons parler de son
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odeur particulière et de la variabilité extrème de sa composition, quant à sa teneur en beurre eten caséine.
« L'odeur du lait de chèvre est en rapport avecle mode d'alimentation des chèvres, avec la sélechon des espèces et le croisement des races: le lait que nous avons expérimenté provenait des chèvres alpines ou murciennes ; frais, il n’a pas d’odeur; c’est même là un moyen précieux pour reconnaître avec certitude la qualité du lait et sa provenance; au contraire, le lait provenant des chèvres non sélectionnées présente une odeur sw generis.
« Quantà la variabilité de la composition du lait de chèvre elle est incontestable, mais il est facile de conslater que cette variabilité est en rapport avec la race de la chèvreet avec l’époque du part; en s'adressant à Lelle ou telle race on pourra donc avoir un lait plus ou moins riche en beurre et en caséine ; enfin le lait de chèvre est extrêmement riche en phosphates, ce qui a son importance au point de vue de l’évolution dentaire et de la formalion du système osseux.
« Le lait de chèvres que nous avons expérimenté, c'est-à-dire après sélection des races, traite aseptique et usage de carafes propres et bien bouchées, nous paraitoffrir trois avantages d’une valeur incontestable ; la possibilité d'avoir un lait absolument frais et vivant, n'ayant subi aucune modification par des chauffes successives ou par la stérilisation, aucune altération par un
voyage prolongé ; on sait qu'une grande partie du lait de vache consommé à Paris provient de vacheries distantes deS0 et 100 kilomètres ; au contraire par le lait de chèvre il sera facile de faire latraite à domicile en transportant dans des voitures spéciales les chèvres laïhères; de toute fucon la traite ayant lieu dans les chevreries parisiennes, le lait pourra toujours être consommé frais.
« En second lieu, la chèvre étant absolument réfractaire au bacille de Koch, il n'y aura aucune crainte de la transmmssion de la tuberculose en donnant le lait cru, c'est-à-dire à peine réchäauffé, et ce point nous paraît d'une importance capitale en ce temps de lutte contre la tuberculose; enfin, ces résultats fournis par l’expérimentation (digestions artificielles par la gastérine) démontrent l'extréme digestibilité de ce lait comparable à celle présentée par le lait de femme; ces expériences feront du reste l’objet d’une communication ultérieure.
« Nous ajoutons que. pour que les résultats soient salisfaisants, il est de nécessité absolue que la récolte, la traite et la distribution du lait soient faites dans des conditions irréprochables.
« Le lait de chèvre que nous avons employé, était donné soit dans le service sauf à des tout nouveau-nés, soit à notre consultation externe de nourrissons, c'eslà-dire à des enfants âgés de quelques mois; chez les
premiers comme chez les seconds le lait donné non coupéétait bien supporté; outre l'augmentation du poids les garde-robes ne présentèrent pas d’odeur ; leur coloration seule nous à paru un peu particulière,s'éloignant du type bouton d'or ou œufs brouillés, pour se rapprocher de l'aspect d’un potage à la farine de maïs; deux fois nous avons donné du lait de chèvre à des enfants syphilitiques, que ne pouvait alimenter leur mère et nous pensons qu’en pareil cas l'usage du lait de chèvre pourra rendre des services.
« Actuellement nos recherches cliniques sont encore trop récentes et trop limitées pour nous permettre de porter un jugement ferme et définitif sur ce mode d'alimentation; mais nous croyons pouvoir déjà affirmer que l'emploi du lait de chèvre sera un adjuvant précieux dans l'alimentation des nouveau-nés sous la réserve que ce lait, provenant de races caprines sélectionnées, sera donné avec les précautions de la plus minutieuse propreté et fourni dans les conditions de célérité et de fraîcheur qu'il sera facile d'obtenir. »
Nous avons lenu à rapporter ict cette longue citation du D' Boissard, car elle nous à semblé bien montrer avec le résultat d'expériences rigoureuses, les indicatons du lait de chèvre, quelques-unes de ses conditions de succès et ses avantages.
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On peut encore ajouter, en sa faveur, la modicité de son prix de revient. La taille de la chèvreest petite, ses trayons faciles à prendre. Sobriété, douceur et propreté sont des qualités qui lui attirent vite la sympathie et justifient les prevenances dont on l'entoure.
D'autre part et contrairement aux idées admises, la chèvre a une lactation abondante et de longue durée ; elle donne du lait en toute saison.
Parmi les nombreuses races la meilleure semble être, quand on peut se la procurer,la chèvre cachemirienne. Sa tête est dépourvue de cornes, et sa robe distinguée est formée de longs poils blancs et serrés. Enfin elle n'exhale pas la mauvaise odeur qui attire un juste reproche à la plupart des laitières de l'espèce caprine.
Il semble enfin, bien qu'on ait signalé quelques cas de tuberculose chez la chèvre, qu'elle offre à ce point de vue une très grande sécurité. Est-ce sa vie au grand air passée à cueillir au flanc des monts les brindilles des arbustes sauvages, qui lui a donné sa résistance toute spéciale au bacille de Koch? Peut-être! Quoiqu'il en soit, on ne peut nier que c'est là un apanage de sa race, et la chèvre domestiquée s'accommode parfailement du séjour de Paris. A la chèvrerie du D' Barbellion, au Val-Girard, où les étables réunissent plus de cent chèvres de toutes les espèces il n’y a paseuun cas de tuberculose.