INTRODUCTION
Dans son livre intitulé Alimentation des Enfants- Malades, M. le professeur Jacobi, de New-York, a dit : « La nourriture naturelle de l'enfant et du nouveauné à l’état de santé comme dans celui de maladie, c'est le lait de la mère si la sécrétion existe, ou le lait de quelque autre femme s’il n'y à ni mère, ni sein maternel. »
Bien convaincus que le meilleur aliment de l’enfant est en eflet le lait sortant des mamelles de la femme saine, nous ne chercherons à en substituer un autre à ce dernier que, si, nous avons reconnu pour la femme l’impossibilité complète de nourrir; que cette impossibilité soit liée à des condilions physiques ou due à des exigences sociales ou à un manque total de sécrétion lactée. Alors seulement nous conseillerons le lait cru, parce qu'il est un aliment vivant possédant ses ferments solubles et aussi parce que les règles de l’allai-
RG vers
tement sont d'autant plus compliquées que le mode choisi s'écarte plus du mode naturel. (Marran.)
Il semble d'ailleurs, qu'aujoud’hui le monde médical revienne plus volontiers vers cette idée, et le lait, en tant qu'agent thérapeutique, semble avoir parcouru un cycle complet. Jadis les médecins ordonnèrent d'abord le lait cru. Avaient-ils reconnu son efficacité réelle ? Était-ce simplement l'ignorance des procédés perfectionnés, et il faut bien le dire compliqués, em- ployés aujourd'hui pour stériliser le lait et lui faire perdre ses germes dangereux ? Les deux facteurs, certes, entraient en jeu.
Quoi qu'il en soit, les découvertes de Pasteur changèrent complètement la question de l’allaitement artificiel, qui perdait une grande partie de ses dangers par l'usage du lait stérilisé. Après avoir eu son heure de vogue et même d’enthousiasme, il semble avoir atteint son apogée. Ses partisans deviennent de jour en Jour moins nombreux et le remplacent par le lait pasteurisé ou simplement bouilli. Les plus osés vont beaucoup plus loin : ils font prendre à l'enfant le lait cru. Une semblable témérité leur a déjà valu bien des critiques et mérité bien des reproches; ils ont eu le courage de persévérer, et leur exemple semble devoir être imité chaque jour davantage.
Est-ce, en effet, besoin de changement? Est-ce mobi-
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lité de l'esprit humain toujours en quête de nouvelles
découvertes? Est-ce ici, en particulier, instabilité de
l'esprit médical qui ne veut plus des formules suran-
nées, mais cherche toujours à marcher de l'avant?
Est-ce engouement? Est-ce même le snobisme dont la
docte et sévère Faculté n'aurait su se préserver ? Est-ce ' tout cela réuni peut-être? Mais nous croyons qu'il v a 4 plus et qu'un besoin réel se fait sentir, besoin qui e- explique l’essor donné à un mode d'alimentation nou- veau par le lait cru aseptique.
Nous nous sommes proposés de traiter ici ce chapitre intéressant de l'alimentation de l'enfant, qu'il soit à l’état de santé ou à l’état de maladie, et nous
î redirons volontiers avec Jules Simon dans ses magistrales cliniques : « Le véritable aliment du nouveau-né, celui dont jusqu’à dix-huit ou vingt mois vous devez faire la chose de son alimentation, c’est le lait. La nature le veut, l'expérience le démontre. Le lait c'est la raison du développement de l'enfant quand il est sain, c’est le remède quand il est malade. »
Quel mode d'alimentation en effet est plus logique et plus rationnel? Au lait vivant de la mère qui vient à manquer en substituer un autre vivant aussi. Nous montrerons tout d’abord, nous inspirant des travaux d'Escherich, Concetti, Spolverini, Béchamp, Marfan. Ch. Gillet, Nobécourt et P. Merklen, que le lait cru est
roues
un lait « vivant », contenant les zymases sans aucune altération; que c’est, en un mot, un lait auto-digestible et que là est sa grande supériorité. Et ce ne sont pas seulement des théories que nous apportons pour prouver notre thèse, mais bien des résultats et des faits. Les uns ont été recueillis à la Pouponnière de Porchefontaine dont les observations sont traduites par des courbes saisissantes, mettant ainsi mieux en lumière l'accroissement régulier et bien gradué des nourrissons. Les autres sont dus à notre observation personnelle, et ont été réunis dans la crèche de M. le D' Guinon, à Trousseau. Le temps nous a empêché, à notre grand regret, d'en recueillir un plus grand nombre.
Ce sont ces ferments actifs et ces éléments vivants qui manquent au laitstérilisé ce « mal nécessaire », suivant l’heureuse expression de Combe. Nous ne nierons pas que des résultats heureux, inespérés, peut-être, sont dus à son emploi. Mais nous ne croyons pas qu’ils puissent soutenir la comparaison avec ceux qui ont dù au lait cru, des cures merveilleuses et en quelque sorte de véritables résurrections.
. 1 Lelaitcru que nous avons employé provient de la ferme la Belle- Etoile; il est apporté deux fois par jour. Produit dans les conditions les plus rationnelles, il est trait aseptiquement suivant une méthode que je décrirai plus loin.
Passant ensuite en revue les différents laits vivants destinés à remplacer, le cas échéant, le sein maternel et à permettre à un organisme sain de ne pas déchoir, à celui qui sera débilité de trouver les matériaux nécessaires à sa reconstruction, nous commencerons par le lait d’ânesse.
Agent thérapeutique de premier ordre dans bien des cas et d’une valeur incontestable, il nous retiendra peu cependant, car son emploi est très limité en raison de son prix très élevé.
Nous envisagerons plus en détail les deux laits les plus facilement utilisables, parce qu'ils sont davantage à la portée de toutes les bourses : je veux dire le lait de vache et celui de la chèvre. Nous dirons à propos de chacun d’eux quelles sont les idées directrices, d’une logique rigoureuse, bien qu'un peu audacieuses quelquefois, qui régissent le régime général, et l'alimentation de nos deux laitières de choix.