‹ L'allaitement artificiel et le biberonChapitre 13 sur 20 · ET DE SA QUALITÉ · texte numérisé non relu

ET DE SA QUALITÉ

Le lait présente, comme tous les liquides de l'organisme, des variations de qualité et de quantité qu'il importe de connaître et de pouvoir rattacher aux causes qui leur donnent naissance chez la mère et aux effets qu'elles produisent chez son enfant.

M. Nat. Guillot, le premier, a cherché à déterminer, au moyen de la balance, la quantité de lait fournie en vingt-quatre heures par une nourrice.

M. Bouchaud, qui a repris l'étilde de cette importante question, a employé une méthode beaucoup plus difficile à pratiquer, mais en même temps beaucoup plus sûre, et donnant des résultats plus exacts. (Bouchaud. Thèse de Paris, 1864.)

Je n'entreprendrai pas ici de décrire la manière de procéder de chacun de ces auteurs, je ferai seulement remarquer que les observations, dont je donne plus loin le modèle, prouvent jusqu'à l'évidence combien M. Bouchaud a eu raison de croire qu'il était impossible de considérer toutes les tetées de vingt-quatre heures consécutives comme égales à l'une d'elles prise arbitrairement pour unité.

Les variations des divers éléments du lait ont fixé d'autre part l'attention d'un grand nombre de médecins et de physiologistes.

Bien des travaux ont été déjà publiés, tant en France qu'à l'étranger, dans lesquels on indique la composition du lait aux divers âges de la lactation et sous les influences les plus variées.

Malheureusement , on peut dire que toutes les analyses dont je parle ont été faites par des chimistes et non par des médecins.

Ces analyses, en effet , donnent la composition centésimale du lait, sans tenir compte de sa quantité.

Elles ne sauraient donc satisfaire un physiologiste.

Dans les analyses faites jusqu'ici, on a procédé à la détermination des éléments du lait absolument de la même manière qu'on eût procédé à celles des éléments d'un liquide de composition constante, une eau minérale par exemple.

Cette analyse centésimale, dans le cas de l'eau minérale, donne tous les renseignements que l'on peut désirer, car, si elle a indiqué que 1 litre d'eau renferme 1 centigramme de telle substance, on aura que chaque titre d'eau de la même source, quel que soit l'instant auquel cette eau aura été recueiUie, renfermera 1 centigramme de cette substance.

Mais, en est-il de même pour l'analyse d'un hquide organique, le lait par exemple? Évidemment non, car rien n'est plus variable que la composition de ce liquide et rien n'est plus difficile que la connaissance exacte et complète des causes de ces variations.

Une femme peut avoir un lait classé par les chimistes, qui en ont fait l'analyse centésimale, dans la catégorie des laits pauvres ; cette femme devra-t-elle être réputée pour cela incapable d'allaiter son enfant?....

Non , car si la pauvreté de son lait en caséine, en beurre, en sucre et en principes fixes est compensée par son abondance, il arrivera ceci : c'est que son enfant sera aussi bien nourri, et profitera autant que celui de sa voisine dont le lait était réputé riche, mais qui en avait peu ; la seule différence, c'est que celui-là sera obligé de teter plus longtemps et de filtrer une plus grande quantité de liquide.

Qne faudra-t-il donc ajouter à l'analyse centésimale pour être

NOTES

en possession des éléments dont la connaissance permettra au physiologiste d'asseoir son jugement?

Il faudra connaître la quantité de lait sécrétée en vingt-quatre heures par la nourrice et faire porter l'analyse, non sur un échantillon quelconque , mais sur un mélange de différents échantillons recueilUs aux heures des diverses telées, lequel mélange aura alors une composition qui représentera aussi exactement que possible, la composition moyenne du lait de la journée.

Il ne restera plus qu'à multiplier les résultats de l'analyse centésimale de ce mélange par un même coefficient (égal au volume du lait des vingt-quatre heures), pour avoir la quantité totale de chacun des principes constitutifs du lait, c'est-à-dire la seule donnée qui soit intéressante pour le physiologiste.

Dans les observations que j'ai recueillies, la valeur de chaque tetée et la quantité totale de lait fourni en vingt-quatre heures par les nourrices, a été déterminée en pesant les enfants avant et après chaque tetée, et en regardant la quantité de lait absorbée comme égale à l'accroissement de leur poids, correction faite des pertes produites par la transpiration cutanée et l'évaporation pulmonaire.

C'est en formant ensuite la moyenne des résultats de mes analyses que j'ai obtenu les nombres que je donne comme représentant la composition moyenne normale du lait de femme.

J'ai eu soin, à chaque tetée, de prélever quelques centimètres cubes de lait avant et api^ès la tetée. Le mélange de ces liquides m'a paru devoir présenter plus exactement la composition moyenne du lait absorbé par l'enfant.

Pour l'analyse de chacun des mélanges généraux de vingtquatre heures consécutives, voici le procédé auquel je me suis arrêtée : Je vais décrire en détail les diverses opérations qu'il comporte.

DÉTERMINATION DE l'eAU.

Après avoir expérimenté chacune des méthodes proposées par les auteurs et avoir reconnu qu||^la dessiccation complète du lait à la température de 100 degrés exige un temps considérable quand on opère sur 10 centimètres cubes de ce liquide, j'ai ima-

giné d'opérer sur de très-faibles quantités étalées sur une large surface. Mais ici se présentait une difficulté : Gomment mesurer exactement une très-faible quantité de lait, 1 gramme par exemple?... La mesure du volume de 1 centimètre cube expose à une incertitude, 1/50 au moins, d'où une incertitude de 1/50 dans le résultat, ou de 100 fois 1/50 sur 100 parties de lait, soit 2 grammes pour 100,

Il m'a paru facile de remédier à cet inconvénient en pesant le lait au lieu de le mesurer.

Avec un peu d'habitude, on arrive sans peine à déterminer le poids du lait à 0,001 près, car son évaporation pouvant être considérée comme régulière, il est facile de mesurer la durée de la pesée et de faire une correction.

Supposons, par exemple, que l'équilibre de la balance soit atteint deux minutes après l'introduction du lait dans le vase qui le renferme. Au bout de trois nouvelles minutes, supposons qu'il faille ajouter 0,0045 pour rétablir l'équilibre et compenser la perte de l'eau produite par l'évaporation :

On tirera de là cette conclusion, que le lait perd 0,0015 par minute, et l'on ajoutera 0,0030 au poids déterminé avant toute correction. De cette manière, on pourra compter à coup sûr sur la troisième décimale.

Dans ces conditions, 1 gramme de lait étalé sur le couvercle d'une capsule de platine se dessèche complètement par un séjour de deux à trois heures dans l'étuve à 100 degrés.

La limite de l'erreur commise n'est plus dans ce cas que de 0,001 au plus, c'est-à-dire 0,1 au plus pour 100 parties de lait. En sorte qu'il sera permis de donner le poids du résidu solide avec sa première décimale, laquelle, dans tous les autres procédés, n'a aucun sens.

Je vais rapporter une expérience bien propre à montrer que je ne me fais pas illusion en disant que je peux compter sur la première décimale.

J'avais souvent remarqué que lorsqu'on évapore du lait, le résidu prend une teinte jaune foncé qui ne rappelle en rien la couleur du lait. Cette coloration jau^e n'était-elle pas due à un produit d'altération (oxydation) de l'un des éléments du lait?... S'il en

NOTES

était ainsi, le lait répandu sur une large surface devait s'altérer bien plus que le lait accumulé au fond d'une capsule, la rigueur de mon procédé devenait par là dérisoire , et il devenait indispensable de constater que cette altération ne se produit point.

Pour y parvenir j'ai pris le^022 de lait que j'ai séché à l'air libre; en même temps, j'ai pris Os',976 du même lait que j'ai séché dans un courant de gaz hydrogène.

Au bout de deux heures, j'ai pris le poids de chacun des deux résidus fixes; il s'est trouvé égal à 0s'-,1445 pour le premier, et O'^Ul pour le second. Au bout de quatre heures, une deuxième pesée m'a donné les nombres : 0,1442 et 0,139, qui, réduits en centièmes, correspondent à 14,1 pour le premier et à 14,2 pour le second, ce qui est précisément la limite de l'erreur indiquée.

On voit donc que la perte est la même dans l'air que dans l'hydrogène, et par suite que le lait ne s'oxyde pas en se desséchant. Notons ici d'ailleurs, que dans l'hydrogène aussi bien que dans l'air la coloration jaunâtre n'a pas tardé à apparaître.

Dans une autre expérience j'ai constaté sa production dans un courant d'acide carbonique. J'ai noté, en outre, que le lait desséché, comme je viens de le dire, peut être laissé pendant une journée entière à l'étuve à 100°, sans qu'il soit possible de constater une variation appréciable dans son poids. Cette invariabihté est la même dans l'air que dans l'hydrogène. Je suis donc en mesure d'affirmer non-seulement que le lait séché à 100° ne s'oxyde pas, mais que la matière grasse qu'il renferme n'a à cette température aucune tensioû de vapeur appréciable. J'ai opéré sur : 0sr,141 et OS', 1442 de résidu sec.

Chauffés à 100" pendant neuf heures, le premier dans l'air libre, le second dans l'hydrogène, la perte de poids ne s'est trouvée que de Os',0005 pour l'un et de O-^OOO? pour l'autre, ce qui rentre dans les limites des erreurs d'observation.

DÉTERMINATION DU SUCR15.

Mes déterminations ont été fa?tes par la liqueur cupro-potassique.

Le lait coagulé par quelques gouttes d'acide acétique et chauffé jusqu'à l'ébullition est jeté sur un filtre. On mesure 10 cent. cub. du liquide clair qui s'écoule, on l'étend de 40 cent. cub. d'eau, et, le mélange étant introduit dans une burette de Mohr, on le fait tomber dans 10 cent. cub. de liqueur cupro-potassique étendue et bouillante jusqu'à décoloration complète.

Page 1