‹ L'allaitement artificiel et le biberonChapitre 2 sur 20 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Gomment j'ai été amenée à entreprendre ce travail, quel en est l'intérêt et d'où vient qu'il revêt aujourd'hui" un caractère particulier d'actualité , voilà ce que je m'efforcerai de faire comprendre tout d'abord.

Le problème de l'alimentation des enfants, — j'ai eii l'occasion de le dire ailleurs, ■ — s'est imposé à mon esprit lorsque tout au début de mes études médicales, je me suis attachée de préférence aux services d'accouchements et de nouveau-nés. C'est surtout pendant mon séjour à l'Hôpital de la Pitié, dans le service de l'éminent et regretté professeur Lorain, que j'ai recueilli des observations ; leurs résultats se traduisent par des chiffres dont l'importance ne saurait passer inaperçue.

Sur 130 enfants nés à terme et jouissant d'une bonne

vi!i INTRODUCTION

santé dix jours après la naissance, 38 étaient vivants à la fin de la première année, 92 étaient morts.

Sur les 38 vivants, 21 avaient été nourris par la mère, 17 avaient été confiés à des nourrices.

Sur les 92 morts, 8 seulement avaient été nourris par la mère, 84 par des nourrices.

G'est-à-dire que, chez les enfants nourris par la mère, la mortalité a été de 27.5 environ pour cent dans la première année, et chez les enfants élevés par une nourrice, de 84 pour cent environ, dans le même temps.

En présence de résultats aussi tristes, condamnerons-nous l'allaitement non maternel et le condamnerons-nous sans appel, à l'exemple de M. Bouchaud qui, cédant à un mouvement de généreuse indignation, n'a pas craint de dire : «Tolérer le biberon, c'est absoudre l'infanticide (1) ».

Proscrire le biberon et réclamer pour chaque enfant le sein de sa mère, voilà une pensée qui bien des fois m'est venue à l'esprit. Ne s'impose-t-elle pas en ce moment au vôtre, lecteur, homme ou femme, qui que vous soyez ?

S'il est vrai que la faiblesse seule suffise à faire naître la sympathie, peut-on rester insensible au sort de ces milliers de petits êtres qui attendent tout de ceux auxquels la nature les a confiés et qui ne trouvent chez

(1) Dans la statistique ci-dessus, nous ne parlons que des enfants confiés à des nourrices, et tout le monde sait que ces enfants, emportés loin de leur mère, sont presque tous élevés au biberon.

INTRODUCTION ix

des parents mercenaires, bien indignes du rôle qu'ils remplissent, aucun des soins les plus indispensables ?

Non, sans doute, et puisque la nature a donné à la femme des mamelles afin qu'elle pût allaiter ses enfants, vous avez déjà dit : Empêchez cette mère de se séparer de son enfant, de violer la loi qui lui impose la mission de le nourrir et de l'élever elle-même.

Prenez garde, pourtant, nous nous heurtons ici à une

difficulté, plus que cela, à une impossibilité !

Combien déjeunes mères, hélas! voudraient nourrir, mais en sont empêchées : les unes par une cause d'ordre anatomique, l'absence ou la brièveté du mamelon; les autres par une cause physiologique, telle qu'un mauvais état général, une sécrétion de lait insuffisante ou de mauvaise qualité; les autres enfin, par les exigences de leur condition sociale ! . . .

Une femme qui travaille du matin au soir dans un ateher est-elle en état d'allaiter son enfant?

Et, si nous songeons au nombre considérable de mères qui sont éloignées ainsi, par la force des choses, de leur nouveau-né, nous serons bien obligés de reconnaître que l'allaitement artificiel est devenu une nécescité sociale, la plus impérieuse des nécessités.

Voilà donc des miUiers, des miUions d'enfants voués à une mort certaine? En proscrivant l'allaitement artificiel, nous avions cru résoudre la question et nous n'avions pas vu que nous aUions être enfermés dans un cercle.

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