CHAPITRE IV
L’allaitement artificiel
Srcrion I. — Des différents laits qui peuvent être emplovés
Dans l'allaitement artificiel, l'enfant au lieu d’être élevé au sein de sa mère, est nourri avec le lait d’un animal : lait d’ânesse, de chèvre ou de vache.
Pour de multiples raisons énumérées longuement par le professeur Marfan dans son traité de l'allaitement [composition différente du lait de femme et du lait de vache, bêtes mal soignées, difficulté d’obtenir un lait non souillé, fraudes du producteur ou du marchand), cette méthode n’est qu'un pis-aller.
Le médecin s’opposera donc à cet allaitement dans toute la mesure du possible, sauf dans le cas où la mère ne pourra pas nourrir son enfant au sein, même partiellement.
Le lait d'ânesse est celui qui se rapproche le plus du lait de femme par sa composition ; mais en raison de sa pauvreté en beurre sa richesse n'est pas suffisante pour permettre un allaitement total, et il devra être réservé aux enfants du premier mois ou aux nourrissons malades ; il pourra également rendre service dansles hypogalacties du début.
Le lait de chèvre en raison de la possibilité de traites fréquentes reut ètre donné cru et ses avantages ont été vantés par un certain nombre d’auteurs ; mais ces faits demanderaient confirmation car il est établi qu'un certain nombre d'enfants ne le supportent pas. Le
À deux reprises différentes le professeur Marfan a été obligé de suspendre des allaitements au lait de chèvre cru, en raison des troubles qui survinrent dans la santé des nourrissons etconsistant en diarrhée et amaïigrissement.
D'autre part, on ne voit pas très bien l'intérêt qu'il y aurait à
substituer au lait de vache, le lait de chèvre stérilisé et bouïlli, ce dernier lait étant celui dont la composition s ‘éloigne le plus de celle du lait de femme.
Dans la pratique et pour de multiples raisons (plus grande facilité de se le procurer, prix moins élevé), c'est le lait de vache qui est communément employé et c’est ce dernier lait que nous allons étu lier dans les pages qui vont suivre.
Secrion IJ. — Le lait de vache
S1.— Sa composition
Si l’on établit un tableau comparatif donnant la composition des laits de femme, de vache, de chèvre et d’ânesse, on obtient les résultats suivants : 2
Lait de femme Vache Chèvre Anesse
PRE ee 8 f. pl. acide| très acide | faibl. acide
phorés organ.. ri pauvre pauvre
SENS phos-
Si nous comparons le lait de vache au laït de femme, nous constatons que le lait de vache et beaucoup trop acide, trop riche en caséine, pauvre en lactose et en composés phosphorés organiques.
D'autre part, dans le lait de vache les matières grasses existent sous forme de grosses gouttes dont la digestion sera plus difficile.
Les matières albuminoïdes sont beaucoup plus abondantes dans le lait de vache, et la quantité de caséine précipitable comparée à celle des albumines solubles est deux fois plus forte que dans le lait de femme.
Enfin avec le lait de vache le nourrisson perdra le bénéfice des substances enzymatiques spécifiques du lait de femme qui suppléent dans une certaine mesure à l'insuffisance de ses sues digestifs ou de ses sécrétions internes, sans compter que le laït de vache
Re
est souvent infecté par des microbes qui font putréfier l’albumine et peuvent provoquer de redoutables maladies.
$ 2. — Action du lait de vache sur le nourrisson
Les enfants élevés exclusivement au lait de vache présentent un aspect différent de celui des enfants élevés au sein ; leur digestion et leurs réactions nutritives ne sont pas les mêmes.
La digestion est lente et pénible ; la graisse en grosses gouttes est plus difficilement attaquée ; mais c'est surtout la caséine qui rend la digestion pénible parce que, d’une part elle est trop abondante, et que d'autre part elle se coagule en gros caillots compacts difficilement attaqués par les sucs digestifs.
Enfin le lait de vache est privé des enzymes propres au lait de femme et qui facilitent la digestion de ce dernier.
Dans l'allaitement artificiel l'absorption et l'assimilation sont difficiles. Le phosphore du lait de vache, par exemple, s'y trouve sous la forme de phosphate tricalcique de chaux tandis que ses combinaisons organiques n'y existent qu'en très petite quantité.
Les résidus ‘sont plus abondants ; la présence ordinaire de microbes protéolytiques déterminera souvent une putréfaction des résidus albuminoïdes et par voie de conséquence des seiles fétides etune toxi-infection qui pourra devenir très grave.
Enfin la nutrition générale sera profondément modifiée en raison de l'utilisation moins parfaite de l'aliment, de la présence d albumines toxiques, et des effets de l’auto-intoxication d'origine: intestinale.
De ce qui vient d’être exposé il résulte, que l’enfant nourri avec du lait de vache ne présentera jamais le même tableau clinique que l'enfant allaité au sein.
L'enfant allaité au lait de vache est habituellement «houffi, »ses chairs sont molles et päles et il présente une certaine inertie musculaire.
Les selles sont volumineuses, pâteuses, collantes, plus ou moins décolorées, parfois de couleur mastic, fétides et deréaction neutre ou alcaline.
Il présente fréquemment des troubles cutanés et son accroissement est souvent très irrégulier. L
Les signes énumérés ci-dessus existent toujours à l’état plus ou moins marqué chez tout enfant élevé au lait de vache, etle médecin
devra chercher à les réduire à leur minimum, au moyen d’un allaitement artificiel bien conduit.
$S3 — En quel état et sous quelle forme le lait de vache doit-il être présenté au nourrison
Pour réduire au minimum des inconvénients inhérents à l’allaitemeni artificiel par le lait de vache, il est nécessaire de se procurer un bon lait, d'assurer sa conservation jusqu’au moment ou il sera consommé, de le donner stérile et de le présenter sous une forme telle qu'il soit digéré facilement.
A. LA QuaLrré pu Larr. — Le lait doit être un lait de mélange, l'expérience ayant montré (Marfan) que les laits mélangés ont une composition à peu près constante.
Le lait doit provenir de vaches saines, bien nourries et non infectées par la tuberculose.
On devra s’efforcer d'obtenir un lait entier c'est-à-dire ni mouillé ni écremé. 2
Si l’on a des doutes, on pourra faire analyser le lait employé et s’il s’agit d'un lait naturellement pauvre on devra rejeter son emploi sans hésitation.
D'autre part le lait peut être dangereux pour le nourrisson, non seulement en raison de sa composition mais encore par infection microbienne.
Le lait peut être souillé ou infecté par de multiples moyens : traite malpropre, ustensiles contaminés, adjonction d'une eau microbienne, bacilles pathogènes venus de la vache (bacille de Koch en particulier) ; bacilles saprophytes susceptibles de devenir pathogènes.
Dansle lait ainsi contaminé aumomentdela traite, la pullulation des microbes est favorisée par la chaleur naturelle du lait, et par les chaleurs de l'été.
De plus,si l'intervalle qui sépare la traite du momentde la stérilisation est prolongé, les cultures microbiennes auront le temps de donner naissance aux toxines correspondantes et, dans la suite, le lait même stérilisé sera un lait toxinique.
Enfin si le procédé de stérilisation choisi ne détruit pas les spores, celles-ci pourront donner même après une stérilisation incomplète, une nouvelle explosion microbienne. |
Il ya lieu de remarquer que les altérations du laït peuvent ne pas être perçues alors qu’elles sont déjà très avancées.