‹ L'Allemagne de M. de BismarckChapitre 3 sur 32 · NAPOLÉON !•% PROPHÈTE · texte numérisé non relu

NAPOLÉON !•% PROPHÈTE

Le caractère même du chancelier ressemble à celui du grand homme qu*il imite, sciemment ou non. Napoléon avait le mépris des chambellans, et même des diplomates qui n'étaient pas des Talleyrand : M. de Bismarck a traité Gortchakoff, Thiers, Arnim et bien d'autres comme Napoléon traitait les gens qui lui désobéissaient. L'empereur des Français inventait ses hommes; il faisait sortir de Tombre des maréchaux de trente ans; H. de Bismarck travaille avec ses deux fils et quatre ou cinq collaborateurs; les ministres, les ambassadeurs obéissent et ne font qu'obéir. Autour de Napoléon grondaient les colères de la vieille aristocratie, dédaignée et jalouse des parvenus ; autour de M. de Bismarck gronde la colère d'une cour qu'il méprise, où il daigne à peine paraître, dont il se sert comme d'un instrument. Près de Napoléon, deux ou trois hommes de confiance et des soldats. Près de M. de Bismarck, ses fils, M. Busch et quelques intimes.

Napoléon était orgueilleux, si on peut appeler orgueil la conscience que le génie prend de lui-même. M. de Bismarck, excepté lorsqu*il parle à la tribune du Reichstag, porte haut la tète. Lehnbach l'a peint dans l'attitude que les lions ont quelquefois, lorsqu'ils tiennent la tête droite et révent.

Mais l'œuvre de Napoléon n'a pas duré. L'œuvre de M. de Bismarck durera peut-être; elle durera au moins tant qu'une volonté impériale soutiendra cette œuvre; et les deux fils du chancelier seront peut-être plus heureux que ceux des Napoléon.

Aussi le ministre de Tinstruction publique allemand permet-il aux professeurs d'Université de dire beaucoup de mal de Napoléon 1*% de le traiter de coquin {Schelm), etc. Peut-être M. de Bismarck a-t-il besoin que ce grand nom et cette admirable légende disparaissent pour que son nom s'impose plus encore, et que sa légende commence.

La chute du second Empire n'est pas un accident, ni un hasard dans Thistoire de l'Allemagne. -Elle a été rêvée le jour même où Napoléon III est monté sur le trône. Et, depuis la mort de Napoléon P% l'Allemagne préparait Sedan (1).

(1) Extraits de la Correspondance diplomatique de M. de Bismarck (1851-1859), publiée par Poschinger. (Traduction française. — Pion, 1883.)

1851. — M. do Moustier avait discuté avec M. de Bismarck, qui lui avait fait une yisite & Berlin, l'attitude do la Prusse dans la question d*0rient, et lui avait dit : a Cette politique va tous conduire à Icna. » — A quoi H. de Bismarck répliqua : « Pourquoi pas à Leipzig ou k Waterloo ? b

20 mars 1855. — M. Rothan, qui a passé ici il y a quelques jours et qui personnellement ne m'aime pas

1855. — L'objet principal de Tattcntion publique, ce sont les agissements des Français, qui. s'établissent solidement à Gonstanlinople et près de cette yille. J'ai déjà parlé do la possibilité qno Louis-Napoléon aille en Crimée; que là, se voyant hors d'état de prendre Sébastopol, il ramène ses troupes à Conslanlinople, où il trouverait les réserves envo>oes dans l'intervalle, et qu'il se rende ainsi maître do la capitale et du Bosphore. Quand même il n'en résulterait pas immédiatement la résurrection d'un empire latin, la position prise par la France pourrait offrir à cette puissance bien des compensations qui lui feraient oublier son échec en Grimée, et qui répondraient à ce goût des aventures, & ces tendances romanesques qui caractérisent Timpératrice Eugénie plus encore que «on époux. Ce serait une entreprise baroque, une poliliquo de casse-cou; mais c'est précisément ce qui la rend vraisemblable au\ yeux de certaines personnes de l'entourage du couple impérial. Sans

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