‹ L'Allemagne de M. de BismarckChapitre 4 sur 32 · NAPOLÉON I-*, PROPHÈTE · texte numérisé non relu

NAPOLÉON I-*, PROPHÈTE

Tous les historiens admettent maintenant cette vérité.

J'ajouterais encore que M. de Bismarck combat TÉglise comme Napoléon Ta combattue, avec le même acharnement et par les mêmes armes.

Mais ce parallèle peut être fait par tout lecteur; il me suffit de Tavoir indiqué.

Enfin, la grande œuvre du chancelier, celle devant laquelle ses ennemis eux-mêmes baissent la tète, Tunité de TAUemagne, n'est-elle pas tout entière dans cette pensée de Napoléon :

c L'agglomération des Allemands demandait plus de lenteur, aussi n'avais-je fait que simplifier leur monstrueuse complication; non qu'ils ne fussent préparés pour la concentration : ils Tétaient trop, au contraire; ils eussent pu réagir aveuglément sur nous avant de

aUiés il a'y aurait pas à songer à de pareils projets, malgré toot le don quichottisme da monde; ni l'Angleterre ni la Russie ne pourraient rester les alliées de la France occupant le Bosphore. Peut-être l'Autriche consentirait-elle à celle alliance, si elle en avait le courage; peut-être la Russie s'y rcsondrait-elle, si elle y voyait d*abord la rupture de runion des puissances occidentales et ensuite une position aussi brillante qu'éphémère pour la France. Je ne me formaliserai pas si Votre Excellence sourit en me voyant parler sériensement de ces chimères. D'après tout ce que j*ai entendu dire dans te cours des dernières années sur le caractère de Loais-Napoléon par des gens qui le connaissent depuis longtemps, il a précisément envie de faire des choses inattendues. C'est une sorte de maladie que l'impératrice entrelient journellement. Un vieux diplomate français, qui ne s'émeut pas facilement, me disait naguère : « Cet homme va nous perdre; il finira par faire sauter la France pour un de ces caprices que l'impératrice débite à' son déjeuner; il faudrait leur faire un enfant pour les rendre raisonnables. » Môme quelques feuilles autrichiennes jugent singulièrement la conduite des Français à Gonstantinople ; le ton avec lequel elles en parlent ne cadre nullement avec les actes du 2 Dccembre.

fJSr*;

nous comprendre. Comment est-il arrivé qu'aucun prince allemand n*ait jugé les dispositions de sa nation, ou n*ait

naG nn pn npnfîfpr*? AsfinrAment SI le cicl m'eût fait

^ers des nombreuses crises \ infailliblement les trente et pour ce que je crois core que si une fois ils ils ne m'auraient jamais as ici. Quoi qu'il en soit, tôt ou tard par la force innée, et je ne pense pas •ition de mon système, il nd équilibre possible que ation des grands peuples, i milieu de la première 'r bonne foi la cause des te de toute VEurope, el idra (1). »

narck.

coup imprimé sur M. de l'avons-nous pas lus, tous )laisants ou par des probien pensants, et divisés et régulièrement coupés u : années de jeunesse et ), Bismarck député (1847-

1851), Bismarck diplomate (1851-1862), Bismarck premier ministre (1862-1861), Bismarck chancelier (1867-1811), le prince de Bismarck grand chancelier de TEmpire (1871-1881).

Quand le lecteur arrive à la dernière page de ces livres honnêtes, il en sait à peu près autant sur le prince qu*un homme qui a lu l'histoire de Bf. de Norvins en sait sur Napoléon I".

Cette appréciation blessera peut-être nombre de biographes vaniteux qui pensent avoir dit chacun le dernier mot sur rhomme qui, depuis vingt ans, mène TEurope.

Ils parlent tous de M. de Bismarck un peu comme d'un autre Wilhelm Meister, plus tapageur et plus turbulent que Tautre. «Vous ne savez pas, disent-ils ' au public, que son père était un brave homme qui possédait Kniephof, Jarchelin et Kulz en Poméranie; — que sa mère était une dame instruite, qu'on aimait fort à cause de sa beauté et de sa grâce ; que le jeune Otto fut mis en pension, à l'âge de six ans, dans la pension Plamann, à Berlin (1826); que l'hiver il jouait aux boules de neige comme les autres, et qu'on l'avait surnommé Ajax, fils deTélamon... » Et le biographe ajoute que le professeur avait remarqué les dispositions exceptionnelles de son élève (dans les biographies, les professeurs sont tous intelligents et ont tous le don de seconde vue) ; que le jeune Otto avait une rare aptitude à apprendre, une bonne mémoire, et une prédilection marquée pour l'histoire prussienne et allemande. « Son latin, ajoute le biographe, était clair et juste, mais pas très élégant. »

0 sincère, ô vérîdique biographe! le latin du prince n'était pas très élégant, et vous osez le dire à la postérité ! La postérité vous saura gré de cette franchise, et ne vous soupçonnera pas de partialité !

Viennent les années de voyage. Le biographe suit site, t II a étudié à Gœttingue, avec lour lequel on lui avait donné une ation; mais sa forte nature Temucoup ; il eut vingt-sept duçls en mena tous à bien. Il ne mit pas le salle de cours, et quand il quitta îseur Hugo déclara qu'il n'avait pas

ince lit ces biographies ; c'est peu hose à lire. Il y a donc près de lui gens chargés de satisfaire les bio- ►nner leur pâture. J'imagine que le [u'il est, reste assez indifférent aux aion, de même qu'il se soucie peu

pris le soin de l'écrirp lui-même et Bur même de l'Allemagne. L'homme le prince de Bismarck devra lire sa ord, qui montre l'homme intime,

ses discours politiques, qui ont été — et l'histoire de Prusse.

>mme physique, personne, à mon même Lehnbach, qui n'a représenté

orgueilleux, et encore en l'exagé-

rant. On sent trop que ce portrait a élé fait pour en imposer au voyageur qui traverse le Musée. Beaucoup d'Allemands n'ont jamais vu M. de Bismarck, qui ne se cache pas, mais qui n*aime guère non plus à se montrer. Il est bon que ces Allemands aient dans les yeux une image qui dise en gros ce qu'est Fhomme. Et c'est dans ce but que le portrait de Lehnbach a été fait.

Le Bismarck qu'il a peint est peut-être celui qui tient sa place dans une grande fête officielle ; et encore, j'en doute. Ce n'est pas celui qui joue si finement les diplomates, qui cause si doucement avec les membres du Reichstag, qui casse si vivement et si adroitement les reins à ses adversaires, qui envoie si lestement promener ses contradicteurs, qui sait si bien effrayer, si bien épouvanter, si bien tromper sans jamais mentir, qui tient avec tant d'autorité tous les rôles du grand emploi qui lui a été confié.

Celui-là, aucun Allemand ne l'a peint encore. Pour ce faire, il faudrait des yeux habitués aux nuances et une main sûre. Il faudrait même qu'on fît plus d'un portrait. Le Napoléon qui tire l'oreille du comte Beugnot n'est pas celui que Gros a peint.

Les peintres allemands peuvent donc tailler leur crayon, et les biographes choisir leur meilleure plume. Il faudrait ici un Holbein qui pût s'asseoir pendant quelques matinées en face du prince — ou tout au moins un Prud'hon, devant lequel le prince consentît à poser, comme autrefois Talleyrand. Or l'Allemagne moderne n'a ni Holbein ni Prud'hon, tout au plus l'Allemagne

officielle a-t-elle pour la peindre un peu mieux que Winterhalter.

À défaut de portrait historique, on peut donc, sans prétendre augmenter le nombre des biographes et des anecdotiers, crayonner la silhouette du prince, et tâcher de montrer au moins Fombre de cette grande figure.

Quand on n'a pas vu encore le prince de Bismarck, et qu'on n'a eu sous les yeux que des photographies plus ou moins fidèles, qui ont au moins ce grave défaut de représenter l'homme figé et alourdi, on ne sait rien sur le prince. Je me rappelle ma surprise quand, assis pour la première fois dans une des tribunes du Reichstag allemand, après avoir fouillé la salle de tous côtés avec ma lorgnette, je regardai la place où se tient M. de Bismarck quand il assiste aux séances.

On m'avait dit que ce jour- là le prince viendrait, qu'il parlerait, longuement sans doute — et que probablement il se mettrait en colère.

J'avais regardé vingt fois la place qu'on m'avait désignée. Elle restait vide. Les personnages les plus considérables de l'Allemagne moderne, les ministres, les secrétaires d'État, les grands leaders de la droite, de la gauche et du centre, passaient et repassaient devant moi. Toute la salle bourdonnait déjà et chuchotait : bourdonnement léger, chuchotements sourds. Car une Chambre allemande ressemble à une Chambre française à peu près comme un essaim d'abeilles ressemble à une troupe de moineaux. Les abeilles font plus d'ouvrage et moins de bruit.

Je commençais à m'impatienter, et j'avais beau porter les yeux, du coin où siège M. Schultze-Delitsch, non loin (te M. Lasker, à l'autre coin où M. Stumm s'agite, non loin de M. Kleist-Retzow; j'étais un peu commeiTétranger qui autrefois allait à l'Opéra pour entendre chanter Faure, et qui ne commençait à prendre du plaisir que lorsque Faure entrait en scène.

Un huissier entra dans la salle des séances par la petite porte qiii se trouve à la droite du président. 11 apportait un gros portefeuille de cuir noir fermé à clef, tout usé. Il le déposa sur le bureau du chancelier et sortit.

Je lorgnai encore dans la salle, çà et là. Quand je regardai de nouveau, le prince était là.

Il me parut énorme. Il se peut que d'abord je n'aie pas vu bien net; mais pendant les trois heures que dura ce jour-là la séance, j'eus le loisir de regarder le prince tout à mon aise. Il était debout, à sa place, avec un grand espace vide autour de lui, les places voisines de la sienne étant en ce moment-là inoccupées.

Il resta longtemps seul, fixant l'assemblée comme un marin regarde la mer sur laquelle il va pécher tous les jours et sur laquelle il mourra peut-être. Puis ii fut très entouré : des députés venaient lui serrer la main ; il en arrêtait d'autres au passage et leur tendait la main. Des ministres venaient lui parler à l'oreille.

C'était dans cet hiver de 1881, où le prince parla si souvent au Reichstag, et chaque fois si longtemps. Ce jour-là, M. de Forckenbeck monta à la tribune ; et rouge

de colère et d'émotion, absolument hors de lui, apostropha plusieurs fois le prince en se retournant de son côté. M. de Bismarck le regardait de temps en temps^ sans surprise et sans colère; il faisait par moment un signe de la tète, disait un mot. Puis la tète s'inclinait; le prince écrivait avec sa longue plume de roseau.

Quand M. de Forckenbeck eut parlé, le prince se leva et prit la parole, s'appuyant de la main droite sur ce long roseau avec lequel il écrit, et levant le bras droit, au hasard, comme machinalement, avec un geste raide et automatique de poupée articulée. Le prince ne gesticule jamais : les choses les plus osées, les plus cruelles ironies, les plus lourdes vérités et les plus violents paradoxes, il dit tout d'un ton de voix doux, égal, modéré, par moment presque doucereux, comme un caissier qui aurait fait un long calcul de tète, et qui en énoncerait tranquillement le résultat. Et quels calculs cette tète-là n'a-t-elle pas faits ? Je n'en connais qu'une plus grosse, et c'est une tète de marbre : c'est celle du Scipion l'Africain qui se trouve dans la Galerie des Antiques du Musée de Berlin.

On dirait que par instant le prince s'aperçoit qu'il est resté trop longtemps immobile. L'avant-bras gauche se lève, et retombe. — Voilà qui doit singulièrement dérouter les professeurs d'éloquence politique, et les orateurs qui demandent des leçons à Talma.

Le prince de Bismarck, quand il parle (et il peut parler longtemps, il l'a bien prouvé cette année-là), est net, clair, précis. Il a la voix légère, fugitive et caressante.

J'ai parlé de Talleyrand; je ne me figure pas les lettres écrites au roi Louis XVIII après le congres de Vienne prononcées par une autre voix que celle de M. de Bismarck.

Le prince parla longtemps, si posément et à demi voix, toujours ! Il fallait prêter l'oreille pour ne perdre aucun mot de son discours.

Tout à coup il y eut une interruption malsonnante.

Sans regarder même le groupe d'hommes d'où l'interruption partait, sans lever les yeux du côté du président, le prince dit :

< Il y a eu par là (et il désigna de la main la gauche de l'Assemblée) un mot malsonnant prononcé contre moi. Celui qui l'a prononcé aura peut-être le courage de se déclarer. ^

Un petit homme, tout pâle do colère, se leva en criant : c C'est moi qui l'ai dit, ce mot. »

— Ah! c'est M. X..., dit le prince.

Il ajouta une plaisanterie, malheureusement intraduisible en français, à l'adresse de l'interrupteur, qu'il avait à peine regardé, et il reprit son discours.

II parla ce jour-là pendant plus de deux heures ; puis il quitta la salle, et on eût dit qu'il n'y avait plus personne dès qu'il l'eût quittée. Quelques minutes après on enlendit un lourd roulement de voiture. C'était le coupé du prince qui roulait sous la voûte d'entrée.

J'ai entendu souvent depuis parler le prince de Bismarck, toujours au Reichstag ; j'ai entendu souvent parler de lui des gens qui l'avaient approché et le connaissaient

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bien. Tous, pendant un temps au moins, avaient été séduits, charmés.

Ceci soit dit pour l'enseignement des orateurs violenta, et des gens qui cherchent la phrase à effet. Et nunc erudimini.

J'appelle l'attention des biographes sur la période delà vie du prince qui va de 1841 à 1851, période pendant laquelle, suivant les expressions d'un historien allemand, de dynastique le prince devint national, et se mit à reprendre les idées patriotiques de Frédéric II.

On a souvent accusé le prince de Bismarck de brutalité. On lui a reproché la phrase : La force prime le droit. Mais ce n'est jamais un homme politique qui lui a reproché cette phrase.

Les théoriciens du monde me font tous Teffet de gens qui feraient un cours de morale dans la caverne d'Ali- Baba, un cours de morale à Tusagedes quarante voleurs.

Ce qui manque le plus à ce siècle, qui a encore des poètes, des philosophes et même des économistes, c'est un Machiavel. Méhémet-Ali, en 1826, trouvait déjà Machiavel trop doux.

Que dirait-il s'il venait en 1884 ?

Le prince de Bismarck a Timagination un peu brutale, c'est possible, mais il a la main légère.

Et c'est ce que les politiques à main lourde ne peuvent pas lui pardonner.

Qu'on se rappelle seulement (c'est un des biographes qui m'a révélé ce détail) qu'en 1841, à Kniephof, le prince de Bismarck lut Spinoza, et que, lui qui n'aimait

guère les professeurs de droit, il prit goût à cette lecture. Ce petit fait me parait bon à méditer. Qu'on se rappelle ce qu'un de nos poètes, Sully-Prudhomme, a dit de Spinoza, qu'il avait lu, lui aussi :

C'était un homme doux, de chétive santé, Qui tout en polissant des verres de lunettes Sut mettre l'univers en formules très nettes Si nettes que le monde en fut épouvanté.

Si Spinoza a épouvanté le monde, il n'est pas surprenant que M. de Bismarck, qui n'est pas, lui, de chétive santéy l'ait un peu terrifié.

En France tout le monde juge M. de Bismarck et croit le connaître. Demandez à un homme de trente ans ce qu'est M. de Bismarck. Cet homme fera un portrait du chancelier, à peu près aussi ressemblant que peut Tètre une caricature du Kladderadatsch ou le portrait fait par un peintre officiel allemand.

On a lu maintenant en France la correspondance du chancelier traduite par M. Ântonin Proust ; on a lu les livres du docteur Busch ; on connaît même les discours du prince, qui ont été traduits et bien traduits.

Quant à la figure mÀme de M. de Bismarck, elle est dans toutes les vitrines de l'Europe ; et elle est plus encore dans la tète de tous les hommes politiques de l'Europe. J'en sais même que cette figure empêche de dormir, et à qui elle donne de mauvais rêves.

Ce n'est donc pas le Bismarck connu, et devenu banal que je voudrais essayer de portraiturer. Il me paraît plus

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intéressant d'essayer d'ouvrir un peu cet homme compliqué, de déboutonner cet uniforme si bien fermé, et de lire quelques chapitres d'une âme où beaucoup de choses secrètes sont écrites.

J'abandonne aux politiciens le grand ministre, aux hommes de guerre l'homme de guerre, aux lecteurs de Rabelais Tami des choses de haute graisse qui se trouve en M. de Bismarck, et aux phrénologues myopes ou presbytes cette tète énorme.

Quant à moi, je voudrais voir un peu quel homme fin il y a dans ce colosse, quel renard dans ce Jion, quel jugeur et quel casuiste dans ce doctrinaire et cet emporte-pièces.

L'entreprise est au moins intéressante, et un autre Tachèvera si je la manque.

M. de Bismarck a dû prendre conscience de lui-même vers l'âge de trente ans. C'est vraiment l'âge où l'homme commence à se connaître; c'est à cet âge-là que Napoléon faisait ses soldats maréchaux de France, et que Balzac commençait à concevoir la Comédie humaine. C'est à cet ége-là qu'il a dû se dire pour la première fois ce que dit le Jules César de Shakespeare : t Dans le nombre des hommes j'en connais un, mais un seul, contre lequel nul assaut ne peut prévaloir, et qui garde sa position sans être ébranlé par aucun mouvement ; et que cet homme, c'est moi, laissez-moi un peu vous le prouver. > M. de Bismarck a été de tout temps avec lui-même d'une extrême franchise ; et il ne serait pas un grand homme s'il n'était pas le plus logique des hommes. Le Bismarck

de trente ans avait dû se comparer à pas mal d'étudiants et de jeunes nobles, à beaucoup de Fiische et à quantité de Bursche. Sa naissance lui donnait entrée dans le monde politique, et il traversa très jeune, et d'un pas très ferme, avec une vision très nette de lui-même et des autres, les inania régna de la diplomatie.

On raconte qu'entré par hasard dans un parlement allemand pendant une discussion, il fut étonné, lui intelligent, d'entendre pérorer des hommes médiocres. A partir de ce jour, il se dit: c Je serai roi. » Il ne restait plus qu'à faire naître des occasions de devenir roi, et quand Macbeth n'est pas un poltron et un superstitieux, il est à la fois Macbeth et Lady Macbeth.

M. de Bismarck, dès qu'il avait pu voir les étoiles politiques de l'Allemagne, avait très vite jugé qu'il était luimême une étoile de première grandeur. Il ne lui restait plus qu'à se faire lui-même sa place dans le firman^ent diplomatique.

Il fut nommé secrétaire d'ambassade à Francfort et il étonna le monde par Tinsolence de ses propos et la capacité de son gosier. Presque tous les Syllas commencent ainsi. Gela s'appelle attacher le grelot. Il faut bien attirer les yeux du monde, se mettre soi-même en pleine lumière : Alcibiade coupait la queue de son chien ; Talleyrand prenait toutes les femmes; Disraeli avait une canne extraordinaire et des gilets surprenants. En Allemagne, les duels de bière sont ce qui étonnent le plus un peuple de buveurs ; et les insolences de langue ont du succès chez un peuple naturellement vaniteux. Les

Syllas 'allemands se jettent des chopes à la tète, et parlent haut: c'est bon genre, voilà longtemps déjà qu'il n'y a plus en Europe qu'un très petit nombre d'Athéniens.

Mais derrière sa vie publique de tapageur, M. de Bismarck avait déjà sa vie cachée : il voyait les hommes, tous les hommes, poètes socialistes, diplomates gourmés, gens à gilet ouvert et à âme débordante, gens à redingote boutonnée et à cœur sec ; tous, les gens à utopies et les gens à systèmes, les pratiques et les fous, les hommes à lèvres minces et les hommes au cœur généreux, il les vit défiler, les jaugea et les jugea. Us vinrent se classer dans cette tète froide, précise et nette, de grand ambitieux. Et quelle folle quel'AIlemagne de 1840 ! Il y avait de quoi amuser, dégoûter, et en somme instruire un grand psychologue.

Quand M. de Bismarck eut étonné Francfort, et jugé les Allemands, on l'envoya juger les Russes, comme en 1836 on avait envoyé M. de Moltke juger l'Orient. C'est la grande force de l'Allemagne que chez elle un homme de talent n'est jamais sans emploi, dès qu'il consent à endosser un uniforme. C'est la grande faiblesse de la France que depuis plus de soixante ans on ne se sert que des vieillards. Ce n'est pas moi qui l'ai dit; c'est Balzac. Et avant lui. Napoléon I" l'avait bien compris.

M. de Bismarck fit savamment et complètement son stage russe comme il avait fait bruyamment et complètement son stage francfortois . Son champ d'observations devenait, plus vaste, et son œil allait s'élargir comme

celui d'un homme qui, la nuit, lève les yeux et regarde les étoiles.

Comme il a vu, et bien vu, cette Russie qu*on dit mystérieuse ! J*ai relu les lettres qu'il envoya de là-bas. Il ne voit pas seulement 1* empereur, les princes, les prêtres, les généraux, et tous les rouages de la grande machine. Il regarde le mur de sa chambre, la couleur du papier, le domestique qui lui apporte à boire. Et cela, par ancienne habitude, M. de Bismarck a toujours vu la couleur du papier des chambres où il a logé; et il a logé à peu près dans toute TEurope. Aussi quel curieux petit livre à écrire pour un de Maistre sublime qu'un voyage autour de ces chambres.

L'Allemagne était encore bien petite en 1859 en face de la Russie; et M. de Bismarck n'était alors que le grand ambassadeur d'un très petit peuple. La Russie rétonna, j'en suis sûr; j'affirmerais presque qu'il Tadmira ; j*ai senti dans certaines lettres l'admiration d'un esprit autoritaire pour une hiérarchie grande et vieille, celle d'un ingénieur devant une de ces grandes machines de construction difficile, compliquée, et qui marchent depuis longtemps.

On dit pourtant (c'est M. Klaczko, je croiS; qui a dit cela) que lorsqu'il revint de Russie, il fit écrire sur le cachet de sa montre :

De loin c'est qaelque chose, et de près ce n*est rien. Était-ce bien sa pensée? Ici, je douté. Quand les Syllas

ont besoin d*étonner, ils étonnent n'importe comment; et il est assez curieux de voir La Fontaine donner sa parole claire à cet étrange jugement. Mais M. de Bismarck qui est un grand sceptique, a dû aimer, dès qu'il Ta connu, ce La Fontaine que Lamartine n'aimait pas.

Je crois plutôt que, même pour M. de Bismarck, la Russie était quelque chose. Elle était bien quelque chose, à la même époque, ou à peu près, pour M. de Moltke. Lui aussi, il a fait on Russie sa rhétorique diplomatique; mais selon son habitude, il n'a rien dit de ce qu'il y avait appris ; il a gardé pour lui, son jugement ; pour lui, ou pour le ministère de la guerre prussien. Ce qu'il est permis de supposer, c'est que M. de Moltke a vu, lui aussi, la Russie en homme politique, bien qu'il Tait peinte en poète. Son livre, qu'on a lu {Lettres sur la Russie), pourrait être signé par Théophile Gautier, par Lamartine ou par Fromentin ; il s'en dégage une poésie qui monte à la tète, qui enivre. Un pays qui laisse cette impression dans une tète comme celle de M. de Moltke, n'est pas n>n, de près. M. de Bismarck voulait évidemment réserver son jugement ou le cacher, ou bien c^étaît une boutade d'ancien Sylla, d'homme qui n'a plus besoin d'étonner, mais qui étonne encore, par habitude prise et par secret plaisir.

On dit que M. de Bismarck est nerveux, changeant, journalier et lunatique. Mais je crois plutôt qu'il veut être nerveux, changeant, lunatique, journalier. Nature essentiellement froide ou tout au moins parfaitement refroidie et apaisée, œil perspicace, caractère étonnam-

ment doué et équilibré, M. de Bismarck doit aimer à ce qu'on le prenne pour un moine de baromètre, mettant son capuchon sur sa tète ou Tôtant, selon que. le temps est sec ou humide. Et quand on croit cela, comme il doit rire, le grand rieur qui rit de tout, même de Teffrayante tragédie qui se joue sous ses yeux et dont il a été le plus grand acteur, pour ce que rire est le propre de Thomme.

J*ai vu souvent M. de Bismarck ; non que j*aie eu l'honneur de l'approcher. Il est invisible aux profanes, c'est le mikado de TAllemagne. Mais je Tai beaucoup regardé, beaucoup écouté et beaucoup lu, et je ne dirai rien de lui que je ne croie vrai.

J'ai entendu rouler sa voiture sur Tallée macadamisée du Reichstag, et j'ai vu les grands orateurs de ce Reichstag blêmir comme l'herbe des champs quand le chancelier paraissait à la tribune. J'ai entendu, aussi au Reichstag, le bruit de la lourde voiture qui partait, et j'ai vu le rose revenir aux pommettes des députés, comme il revient aux joues d'un homme qui reprend connaissance. Et c'est là la grande force de M. de Bismarck. Il charme un peu et quand il veut ; il terrifie toujours. Il y a eu en Europe depuis un siècle des gens qui faisaient sourire, comme M. Thiers, des gens qui faisaient bâiller comme M. Guizot, des gens qui séduisaient et inquiétaient comme lord Beaconsfield. Mais toute la terreur, M. de Bismarck l'a prise pour lui, et il se sert habilement de sa réputation d'ogre, qui après tout vaut bien une réputation de renard.

Les Petits Poucets de la politique n'approchent de lui

qu'en tremblant. Aussi, comme il est avant tout homme de mesure et de tempérament, a-t-il toujours cherché à contrefaire sa voix et à Tadoucir. On s'en rend compte quand on l'écoute : les boutades les plus dures sont dites d'une voix douce, modérée, aux inflexions savantes, nresaue iolieà force de douceur.

omme tous les grands acteurs, M. de Bismarck aire maintenant applaudir dans tous les rôles )ire. Il a joué brillamment les Tamerlan et les ir ; on croirait par moments, tant il prend soin e petit et tendre, qu'il a envie de jouer les les Némorin. Il ménage si habilement tous ses 1 a été jusqu'à prendre à M. Thiers sa phrase igue du pouvoir, la phrase répétée tous les six e suis fatigué, je n'en peux plus, j'en ai assez >, l'il corrigeait, un mois après, par celle-ci : « J'y reste. » M. de Bismarck a donc tout au plus it dans la voix les caresses du loup qui veut mère-grand. Tant pis pour les dupes ; ils sont D'ailleurs, même à Berlin, même en Allers dupes du chancelier sont rares. Elles sont breuses dans le reste de l'Europe, et c'est pour- 3 Bismarck a toujours préféré l'Europe à Ber- ^ sent plus à l'aise, plus au large, pour rugir, er, bondir et dormir, au gré de son humeur de

2, quand il revenait de Russie, il se cachait

à présent. Il croyait encore que la force est

que l'adresse. Pie IX d'abord, et Léon XIII

M. DE BISMARCK fl

après lui, lui ont prouvé, je crois, et lui prouveront demain, Tun du fond de la tombe, l'autre du fond de Rome

que :

Patience et longueur de tenaps Font plus que force ni que rage.

J'insiste moins sur la période de 1866 à 1811. Et pourtant l'Autriche et la France, écrasées toutes deux à cinq ans d'intervalle^ deux telles ruades en cinq ans, cela prouve qu'un cheval est solidement ferré.

Mais il faudrait toute une étude, étude des vainqueurs et étude des vaincus, pour montrer comment un si prodigieux coup fourré a pu réussir.

Je ne fais ici qu'un crayon de prince.

En 1811, il est rentré dans son Allemagne à grands bonds, et prêt à se jeter sur une autre proie^ la proie du dedans ; carM.de Bismarck a des ennemis en Allemagne, plus dangereux peut-être que ses ennemis du dehors, mouches, c'est possible, mais mouches à la cruelle et cuisante piqûre, qui s'envolent dès qu'il veut les frapper à coup de queue.

Les grands politiques, ceux que le métier amuse, comme une belle partie de whist amuse un vieux joueur, se sont vite demandé comment, après 1811, le prince allait jouer sa partie.

Il l'a joué fiévreusement, un peu en désespéré, en homme qui va mourir, ou qui sent du moins qu'il est mortel.

Depuis 1811, le prince de Bismarck a malmené des ministres, brisé des ambassadeurs, rompu d'anciennes

alliances, exaspéré de vieilles amitiés, harassé ses admirateurs, épuisé ses amis, mené une chambre comme on mène un cheval, à coup de bottes. Le nombre de ses ennemis est formidable, croit chaque jour.

Lui, il est vieux; il est debout; il doit avoir l'âme bien fatiguée s il est vrai qu'en 1863 il sentait déjà la fatigue. Mais les vieux grands prix courent toute leur vie; les vieux peintres peignent jusqu'à ce qu'ils meurent. Ronsard faisait des sonnets, tout trempé qu'il était de la sueur de la mort; et je sais des ministres modernes qui, moribonds, ont accepté des ministères.

A7nbitiofi. C'est un beau mot ; Durer aurait pu l'écrire du même crayon qui écrivit dans le coin d'un dessin célèbre ce grand mot d'une* sonorité si triste : Melancholia.

Et puis, si le prince de Bismarck se retirait de l'Allemagne, l'Allemagne ne consentirait pas à se retirer de lui ; s'il s'avisait un jour de la bouder, elle irait peut-être le rechercher, comme la France a été rechercher Napoléon auprès de Vieille, quand ce ne serait que pour cent jours. Le prince de Bismarck partir, démissionner comme un simple ministre républicain ! Gomme s'il n'était pas à lui seul le factotum de TAllemagne, son maître Jacques, à la fois le cocher et le cuisinier, toute TAUemagne moderne !

L'Europe rit quand il sje dit fatigué, et Berlin rit lorsqu'il dit qu'il a le dégoût dans l'âme. Et Berlin a peutêtre tort de rire, car il est possible qu'il ait l'âme pleine de dégoût.

M. de Bismarck restera donc ministre, roi, empereur jusqu'à sa dernière heure ; il mourra devant une carte d*Europe, comme Ronsard est mort devant un sonnet, Hais et Rembrandt devant un tableau.

J'ai souvent pensé, quand je voyais le prince se battre en vieux sanglier contre toute la meute du Reichstag, au vieux Hais, qui peignit encore à quatre-vingt-un ans deux tableaux qu'on peut voir à Harlem, tableaux où le peintre a concentré tout son génie.

Le prince, lui aussi, en est à sa troisième manière, à la manière des vieux ministres qui savent que leurs jours sont comptés. 18T1 est loin déjà ; la France a repris des couleurs, comme ces malades frêles qui guérissent vite et surprennent le médecin ; tandis que la lente, lourde, ténébreuse et mystérieuse Allemagne commence à s'agiter comme une simple république. La vieille Allemagne n'a pas encore trouvé l'oreiller où elle reposera sa tête ; le trouvera-t-elle? En tout cas, elle ne veut pas de celui lue Je^hancelier lui a fait de ses propieranaSi '

L'Allemagne ne dort pas,- elle est plus vigilante, plus inquiète que jamais ; et comme elle a de grands maux intérieurs et cachés, elle essaye de duper le monde avec des porte:i arines retentissants.

Mais la vieille Allemagne, l'Allemagne impériale, l'Allemagne victorieuse, l'Allemagne maîtresse de l'Alsace et de la Lorraine, est tout aussi malade que la plus vieille et la plus vermoulue des monarchies.

Je sais que les frontières sont bien gardées, et qu'il ne sort pas de Berlin un livre qui n'ait l'estampille. Mais un

JUh

jour viendra où un jeune secrétaire ou attaché d'ambassade, qui sera en 1884 ce que M. de Bismarck était en 1848, se glissera en Allemagne et dira peut-être en revenant le mot hardi et téméraire que disait le prince en parlant de la Russie :

De loin c'est quelque chose, et de près ce n*est rien.

Voici, du moins, ce qu'il pourrait dire :

De loin, rAllemagne c'est la monarchie de Louis XIV, ou si vous aimez mieux^ d'un Jagellon ; de loin rAllemagne est une papauté du moyen âge; de loin, l'Allemagne parait redoutable parce qu'elle a deux millions d'hommes armés, de solides frontières , beaucoup de télégraphes et de chemins de fer, et encore plus de discipline.

Mais de près, l'Allemagne c'est un gros bâtiment rongé par des rats; et les rats sont toujours les plus forts; l'Allemagne, c'est la France avant 1189, c'est presque le pays des dîmes et de la corvée ; le roi y est servi à genoux, l'ouvrier est pauvre et malheureux, le bourgeois et l'étudiant haïssent le noble éperonné qui les méprise ; ce n'est un mystère pour personne qu'une crise est proche ; l'Allemagne, c'est une Angleterre sans débouchés, sans les Indes, sans le Cap ; une Angleterre plus triste, plus hypocritement protestante, plus mortellement ennuyeuse, une Angleterre inconfortable, sans season, sans Patti, sans Nilsson qui viennent y chanter.

De près, l'Allemagne c'est la bête noire de l'Europe, bête qu'on craint et qu'on déteste; l'Allemagne c'est

I bèt<

Berlin, une ville de pierre, sans eau, sans verdure, presque sans soleil ; une ville d'où les diplomates fuient, où les artistes meurent, une ville sans peintres, sans statuaires.

De près, l'Allemagne ce sont des gloires surfaites, des réputations exagérées, une agglomération de gens sans ^/ société, une noblesse ennuyée et ennuyeuse, une banque qui a peur, des artistes qui se cachent ou qui s'expatrient.

De près, l'Allemagne, c'est quelque chose, mais c'est une chose que la France peut regarder en face sans baisser les yeux.

H. de Bismarek ehes lui. — E«e8 deux résidences du prince : Friedrichsmhe el Waraln.

Friedrichsnihe.

Une revue allemande : Unsere Zeit, paraissant chez Brockhaus, à Leipzig, et dirigée par M. Rudolf von Gottschal, a publié dans son numéro d'octobre 1884 de curieuses notes sur une des maisons de campagne de M. de Bismarck. L'article est signé seulement d'une initiale : W, mais il est écrit certainement par un des intimes de la maison. L'auteur a vu toutes les chambres, même la chambre à coucher de la princesse. Ce n'est pas à un simple visiteur qu'on ouvrirait ainsi chaque porte.

Il y a dans cet article plus que des renseignements de curiosité; le visiteur de Friedrichsruhe, qui connaît la

maison et nous la montre^ fait, en passant, des réflexions sur la place assignée aux meubles, aux portraits. — Ce sont bien les habitudes intimes du chancelier, sa vie de travail qui nous sont révélées. L*auteur est Allemand, je lui laisse donc la responsabilité de ses assertions au sujet de la petite table sur laquelle furent signés les préliminaires de paix. Seuls le chancelier et M»« Jessé, propriétaire de la maison de la rue de Provence à Versailles, savent la vérité sur cette histoire.

Si Ton parcourt Tintérieur des appartements, il faut d*abord s'habituer à l'impression, toute particulière, qu'ils font sur le visiteur. Ils ont une spécialité que de nos jours on chercherait en vain dans des maisons de bourgeois assez convenables : les murs et les plafonds, d'une couleur extrêmement pâle, revêtus d'une couche de peinture à l'encaustique d'un blanc grisâtre, n'ont pas d'autre couleur, pas d'autre ornement. Les meubles se sentent tout à fait déplacés dans de pareilles chambres, sous ces murs plébéiens qui les dominent; ils ont l'air chagrin, et semblent se presser l'un contre l'autre, comme s'ils voulaient dire : « Qu'avons-nous donc fait pour qu'on nous mette ainsi refroidir entre ces murs de prison? »

Quant aux meubles de bois, qu'une partie d'entre eux ait conservé sa couleur naturelle, cela convient tout à fait au caractère d'un homme qui n aime aucun fard ; mais que les murailles et les plafonds restent sans aucun ornement, cela fait une impression par trop pénible ; on se

dit que l'horame qui habite là n'y est précisément que pour travailler, et que son prétendu repos {Ruhe) n'est pour lui qu'une autre espèce de travail. La simplicité Spartiate de son maitre Tempereur lui plaît visiblement bien plus que Téclat d'une représentation forcée.

Pourquoi ne dirions-nous pas que quelques-uns des cadres sont plus que simples, et que la petite table de nuit de même que la chaise placée près du lit de madame la princesse sont simples jusqu'à la plus extrême simplicité. L'impression d'ensemble est celle-ci : les membres de la famille Bismarck ne veulent un certain confort et un certain luxe que dans les pièces où ils doivent être en société avec d'autres personnes ; mais, là où ils sont entre eux, ils se mettent le plus possible à Taise. Seule la chambre de la princesse a l'air un peu plus intime, mais attention! Voilà un sigîie de distinction qu'il est bon de remarquer en passant : on marche non pas sur la terre nue, non pas sur un parquet glissant, mais sur un simple tapis qui éteint le bruit des pas.

Cherchons maintenant à montrer la physionomie de chacune des chambres. En passant par ce qu'on appelle l'entrée principale, on arrive à une petite antichambre : à droite se trouve un vestiaire, à gauche le logement de l'intendant. Par une seconde porte, on arrive en droite ligne dans l'antichambre proprement dite, d'où l'on pénètre directement dans la salle d'audience du prince. C'est une des plus petites chambres de la maison qui sert de salle d'audience. On y trouve une espèce de décoration : du moins on y voit deux cheminées qui se font face

et quelques objets d'art. D'abord, à droite de Tentrée, on remarque un immense porte-cannes, dont la partie inférieure est foite d*un tronc de chêne, la partie supérieure de grands bois de cerf.

Les amateurs de cannes et les grands chasseurs devant le Seigneur seraient heureux de voir la collection de cannes de toute espèce rassemblées dans ce portecannes. Si nous ne nous trompons pas, une d'elles est aussi inséparable du prince que le fameux chien Tiras; Tune d'elles est remarquable par une inscription gravée sur une petite lame d'argent : c'est celle dont Bismarck se servait le jour de la bataille de Kœniggraetz.

Quand, le prince habite à Friedrichsrùhe, il a l'habitude d'accrocher ses chapeaux (on sait qu'il ne porte jamais des chapeaux haute forme qu'on appelle Cylinder) aux bois de cerf de ce porte-cannes. Il les pose aussi quelque fois sur une petite table posée sur des bois de cerf qui se trouve près de là ; le plateau de cette table est travaillé artistiquement. Sur le mur un portrait de Beaconsfield (d'après un dessin au crayon fait en 1878), sous lequel Bismarck lui-même a écrit avec un crayon rouge le nom de Tancien premier ministre anglais. En face de l'Anglais, H. Thiers, d'après le tableau de M. Bonnat. L'original de cette gravure sur bois a été exposé au salon de 1871.

Autant que nous pouvons en juger, les traits des deux grands hommes d'État étrangers sont reproduits très fidèlement ; si le fait que ces portraits sont pendus précisément dans cette chambre résulte d'une remarque parti-

culière de Bismarck ou s'ils sont là seulement parce qu'ils sont des étrangers, c'est ce que nous ne pouvons pas juger. Hais sans aucun doute notre plus grand homme d'État rend hommage à notre plus grand homme de guerre : à droite de l'entrée, il a placé un buste en bronze de Moltke de grandeur naturelle sur une armoire basse; le buste disparait presque sous une grande couronne.

Une moitié de cette couronne est faite de feuilles de chêne, l'autre moitié de feuilles de laurier; elle est nouée avec un grand ruban noir, blanc, rouge. Pourquoi audessas de ce buste de Holike se trouve-t*il un portrait à l'huile du fin cardinal prince Hohenlohe, nous n'en savons rien ; ce voisinage avec Moltke a quelque chose d'étrange ; les couleurs variées ne vont pas bien avec ces murs si nus. Sur la cheminée principale, une reproduction parfaite du grand monument de Schlûter élevé au Grand-Électeur, et un petit plâtre de cette statuette équestre de Charles le Grand (Gharlemagne), dans laquelle on a cru trouver le véritable empereur de l'histoire.

La décoration de la chambre consiste dans un petit meuble pour mettre les armes, une carte de l'état-major de Friedrichsruhe et des environs, une bibliothèque, des cartes, enfin du côté de la fenêtre deux fauteuils, et devant Tun d'eux une table ronde.

L'effet général de cette chambre est le même que celui des autres appartements spéciaux du maître de la maison : il y a comme un manque d'harmonie, un manque de gQÛt,'dans la façon dont les objets sont placés, tandis qu'on trouve dans les chambres de la princesse et dans

les chambres où Ton reçoit, la trace d'une main plus soigneuse et un plus grand souci de Tarrangement. Nous laissons au lecteur le soin de décider si le manque d'harmonie que nous signalons provient de la grandeur de rhomme qui ne se soucie pas de ces misères, ou s'il provient de Tesprit pratique, mais peu artistique du génial homme d'État.

De la salle d'audience^ on entre à gauche dans le cabinet de travail du comte Rantzau. Ce cabinet a Tair du cabinet d'un gentilhomme de campagne studieux, qui aurait conservé ses goûts d'Université. Il est meublé simplement : on y voit un portrait (dessin au crayon) da prince de Bismarck, un petit portrait à l'huile de Holtke, par Anton von Werner, datant de 1819, mais surtout une grande, une excellente photographie anglaise du célèbre tableau commémoratif : le Congrès de Berlin^ peint par le même artiste.

Plus importantes sont les chambres où l'on entre quand on sort par. la droite de la salle d'audience. Tout d'abord se trouve une pièce qui porte le nom de bibliothèque du prince, et où ses livres, dans de belles reliures, sont sous verre, rangés en bon ordre sur leurs planches. Tout de suite on voit qu'on n'est pas ici dans la bibliothèque d'un savant, mais dans la bibliothèque d'un homme qui a à peine le temps de lire et qui se contente de feuilleter les livf es traitant des sujets qui Tintéressent.

Aussi faut-il se garder, d'après les noms des livres et les titres qu'on peut lire sur le dos des volumes, de tirer en hâte des conclusions sur le goût et les préférences de

leur propriétaire. Il y a là des lexiques grecs, latins, anglais, les œuvres de Schiller, de Gœthe, de Shakspeare, des biographies de Luther, les sermons de Pank, les histoires universelles de Ranke et de Weber, les coryphées du droit administratif, etc.

Nous avouons confidentiellement au lecteur que la bi« bliothèque contient aussi le Système des droits acquis^ de Lassalle, et le livre de Busch : Unser Reichs-Kanzler (Notre chancelier). Il faut mentionner encore une excellente photographie : Frédéric le Grand à la tète de ses généraux. L'original est de Gamphausen ; il a été peint en 1870 et appartient àTempereur. Comme pendant, une photographie de Frédéric-Guillaume lY debout.

Le cabinet de travail du prince, qui est sans aucun doute la pièce la plus importante de toute la maison, est attenant à la bibliothèque. Les meubles de cette chaipbre qui servent spécialement au travail témoignent, au premier coup d'œil, que leur propriétaire n'a pas peu de chose à faire : il a besoin de tables offrant une grande surface pour y déposer et y entasser ses papiers. Il est visible que le prince ne travaille pas seulement quand il est assis devant sa table et qu'il écrit, mais qu'il se repose et pense sur le grand sofa qui se trouve derrière la table.

Il ne se sent à l'aise que dans une grande chambre, et en travaillant il a vue du côté du sud; c'est de là que vient la lumière dans la chambre d'ailleurs un peu sombre. Le prince est assis sur un fauteuil qui n'est pas précisément commode, puisqu'il n'a pas de dossiert de*

vant une table d'acajou très grande, à angles droits, recouverte naturellement du drap vert bien connu. Juste en face de lui, le prince a un cahier de papier, derrière lequel se trouve, posé sur un grand encrier de bronze, un lion. Une grande plume d*oie, de Fencre et de la poudre bleue, voilà tout ce que contient Tencrier. Le chancelier de fer n*aime pas les plumes d'acier.

A gauche de la table à écrire se trouve une petite tablette pour les lettres . à droite une plus longue table pour conserver les papiers plus volumineux. A droite encore dans le coin de la fenêtre, un petit bureau audessus duquel est accroché un portrait de l'empereur.

L'empereur est en habits civils ; le portrait a été fait dans Tautomne de 1861, par Numa Blanc, à Paris, à l'époque où le roi Guillaume visita l'exposition universelle. Un peu plus loin dans l'intérieur de la chambre, accrochée sur la même muraille, une photographie extrêmement belle du prince royal ; il est représenté en costume de cuirassier et de feld-raaréchal ; la photographie a été faite à Berlin avant le départ du prince royal pour l'Espagne,

Enfin, tout près de cette photographie, un portrait à l'aquarelle du prince Guillaume, en officier de hussards, à cheval, avec la signature de la main même du prince. ' Les portraits du grand-père, du père et du petit-fils sont des cadeaux faits au prince : celui de l'empereur en particulier a été rapporté de France en 1871. Deux corbeilles à papier, qui se trouvent à droite de la table du chancelier sont de dimensions beaucoup plus petites que celles

de la plupart des rédacteurs : cela tient h ce que le prince de Bismarck reçoit plus volontiers des dames qui aiment à broder que des dames qui aiment à écrire lés preuves de leur activité.

Dans le fond du cabinet^ immédiatement derrière les tables de travail sont placés des canapés, des fauteuils, sur lesquels le prince aime à se reposer en fumant une pipe et en donnant audience à sa propre pensée. A gauche de la table de travail du chancelier, trois remarquables portraits de famille sont accrochés à la muraille : au milieu un portrait à l'aquarelle de la fille du chancelier, la comtesse Marie Rantzan , et deux photographies de ses deux Qls, Herbert et Guillaume.

Enfin, sur la muraille, du côté nord de la chambre, uc grand portrait à mi -corps de la princesse de Bismarck. Cet arrangement donne à penser! En travaillant, le prince tourne Je dos à sa femme, et regarde son empereur, le fils de cet empereur et son petit-fils. Il donne ainsi aux nombreux employés de TAllemagne un exemple d'une valeur inappréciable.

Quand on sait comment les filles d*Ëve, invisibles derrière le rideau, dirigent les fils qu*en apparence les hommes seuls semblent tisser ; quand on se rappelle que même la science compte avec les préjugés avant de rendre ses arrêts, et que même le Cercle des Professeurs reçoit des jugements téléphonés par une jolie bouche, on admire alors la sagesse et le courage du prince, qui rend publiquement hommage au précepte : m l.cs femmes doivent se taire non seulement à Téglise,

mais aussi dans la haute politique, i D'ailleurs^ ce n'est pas le hasard seulement qui fait que le prince de Bismarck n'a admis dans son sanctuaire que son empereur et sa propre famille. A côté du patriote^ Thomme a aussi sa part ; Tamour de la patrie et Tamour de la famille sont chez lui inséparables. Que Ton compare maintenant au cabinet de travail du plus grand homme d'État de l'Allemagne les endroits où la pensée d*un Richard Wagner, d'un Hans Makart a pris corps! Il nous semble que le parallèle est instructif.

Enfin la chambre contient une rareté historique d'une grande valeur» une petite table à jeu de bois d'acajou, pouvant se plier. Quand les deux moitiés sont réunies, on peut voir sur la surface une petite plaque de cuivre, sur laquelle est gravée l'inscription suivante : c Sur cette table les préliminaires de paix entre l'Allemagne et la France ont été signés le 26 février 1871 à Versailles, rue de Provence, n" 14,

Si on sépare les deux parties l'une de l'autre, on voit au milieu un rond de drap vert sur lequel les taches de bougie qui y étaient alors sont encore visibles.

La façon dont le prince devint propriétaire de cette table est particulièrement curieuse. Il voulait acheter ce meuble précieux, mais en apparence sans valeur à sa propriétaire; mais celle-ci ne voulait en aucune feçon consentir à cet achat.

Le prince fit faire alors par un menuisier une table absolument semblable à la table en question, et la dame donna avec joie la vieille table pour la neuve.

Quelles différences il y a parfois entre la France et FAngleterre !

Le fils de M""* Jessé, m'écrivit au mois de décembre 1884 :

c Monsieur,

c Dans un article du supplément du Figaro du 18 octobre dernier, intitulé : Bismarck chez lui, je trouverais comme Fauteur allemand, la façon dont le prince devint propriétaire de la table, particulièrement curieuse ; seule* ment son récit n*a qu'un défaut, c*est d'être absolument faux.

€ Seuls, probablement, le chancelier et M"* Jessé, € propriétaire de la maison de la rue de Provence à € Versailles, savent la vérité sur cette histoire >, ditesvous, en tète de votre traduction; c'est pourquoi je m'adresse à vous pour rectifier ce léger fait historique.

€ H. de Bismarck n'a jamais demandé à acheter la table à M*"* Jessé» qui» du reste, n'aurait jamais voulu ni la lui donner, ni la lui Vendre. Moyen plus pratique, le chancelier l'a emportée sans mot dire ; j'avoue» qu'entre nous, je ne lui en fais aucun reproche; la guerre permet bien des choses. Mais seulement pourquoi cette manie des auteurs allemands de vouloir toujours dénaturer des petits faits parfaitement simples ! Ainsi presque toutes les petites histoires écrites par eux sur la rue de Pro* vence, sur des faits du reste sans aucune importance et

sans aucun intérêt pour le public ont été de purs mensonges ; si je ne les ai pas démentis, c'est qu'ils ne nous touchaient que personnellement mais je trouve qu'il serait assez désobligeant pour H*"" Jessé, ma mère, que l'on pût croire qu'elle ait voulu faire un trafic avec le prince.

c Quant à cette fable de l'échange de la fameuse table avec une table neuve, elle est digne d'un poète allemand.

€ La table en question n'avait aucune valeur, et comme ma mère, absente de Versailles pendant la guerre, n'est venue chez elle que quelques heures, la veille du départ de M. de Bismarck, je ne pense pas que le génie seul du prince ait pu faire sortir de terre une table semblable à celle qu'il devait emporter.

< Je ne vous demande pas de faire insérer ma lettre qui est un véritable griffonnage ; mais je vous prie de faire une petite rectification à l'article paru.

€ Recevez, Monsieur, etc.

« René Jessé. »

U mai 1884.

Une scène qui montre bien l'état des esprits dans le monde des ouvriers allemands s'est passée le lundi de Pentecôte à Friedrichsruhe. Un assez grand nombre d'ouvriers travaillant dans une fabrique de clous à ferrer, située dans le voisinage de Friedrichsruhe, s'assemblerent devant le château où habite le prince de Bismarck et commencèrent à crier d'une façon menaçante, à chan-

ter, à siffler^ à braire, à hululer. Tapage indescriptible et commencement d'inquiétude au château. On alla chercher les gendarmes, qui ordonnèrent aux manifestants de s'en aller. Hais les ouvriers n'étaient pas encore satisfaits : les sifflets recommencèrent de plus belle, et les cris et les hululements. Seconde sommation de la gendarmerie, qui n'eut pas un résultat meilleur que la première : les gendarmes se décidèrent alors à dégainer; le prince de Bismarck envoya quelques-uns de ses domestiques pour prêter main-forte aux gendarmes. -Gendarmes et domestiques attaquèrent vigoureusement les ouvriers, qui durent enfin céder et s'enfuir. Hais la lutte avait été vive, le sang avait coulé. Sept des manifestants furent arrêtés.

Cette manifestation, au moment où le chancelier proclame le Droit au Travail et essaye de convertir le Parlement allemand au socialisme d'État, montre bien comment ces tentatives sont appréciées dans le monde ouvrier. H. de Bismarck a souvent parlé au Reichstag de son impopularité; mais, jusqu'alors, c'était seulement Berlin et la population frondeuse de Berlin qui faisaient passer de mauvaises heures au chancelier. Friedrichsruhe était le lieu de repos, l'endroit paisible où les voix de Berlin n'arrivaient plus qu'affaiblies. Si les ouvriers qui fabriquent des clous à ferrer s'avisent de recommencer leur tapage, ou de revenir quelque jour en armes, Friedrichsruhe va devenir impossible, et il faudra mettre le château en élat de siège. Où le chancelier se réfu- ^ giera-t-îl ?

Le prince de Bismarck a permis à MM. Strumper et Compagnie, photographes de Hambourg, de photographier Friedrichsruhe, sa résidence favorite : on sait que la maison est des plus simples, mais qu'elle est entourée d'une magnifique forêt. Nous aurons bientôt des photographies de la forêt et de la maison, à l'intérieur et à l'extérieur. Il y aura en tout seize vues, dont les épreuves seront envoyées au prince. C'est sous les hêtres qui entourent Friedrichsruhe que le prince de Bismarck fait seul de longues promenades à pied ; l'endroit est d'aspect mélancolique, les promeneurs sont rares; quelquefois une famille de Hambourg vient jusque-là pour jouir de la solitude, et parfois aussi le prince de Bismarck cause avec les promeneurs, comme Henri IV avec la famille du meunier. Le plus souvent il n'y a dans la forêt que des bûcherons, des gardes-chasse et le prince. Ces photographies seront certainement très recherchées, et la maison Strumper peut être sûre de faire une belle vente.

Varzin.

Juin 18S3.

A Varzin, M. de Bismarck vit très retiré, il ne reçoit même pas ses amis; depuis longtemps, il n'a pas fait de visites à ses voisins de campagne. Le chancelier ne peut mener exactement la vie de gentilhomme de campagne, la lecture des dépêches et des lettres, les conversations avec les ambassadeurs nuisent un peu aux relations avec les voi-

sins, et quand le chancelier a besoin de repos, le bruit dq vent dans les chênes et les hêtres de son parc lui est sans doute plus agréable que toute espèce de conversation. Le parc de Yarzin est grand et très beau ; on a dit que c'était une oasis au milieu d'un désert. La maison est simple ; celui qui Ta fait bâtir, le comte Podevils, était un homme modeste, n*aimant pas le faste ni les dépenses inutiles. Sur le côté droit de la maison, une serre communiquant avec le cabinet de travail du chancelier ; derrière la maison, une pièce d'eau entourée de fleurs, que domine une terrasse sur laquelle on voyait tout récemment le matin le chancelier et le comte Kalnoky causant. Le parc de Yarzin est une partie de la forêt qui s'étend entre Besswitz et Wussow. Dans le voisinage, à Chomitz, une verrerie qui emploie des ouvriers autrichiens et italiens. Les Italiens qu^on rencontre là sont, parait-il, des descendants de soldats de Napoléon P^ Lors de la retraite de Russie, alors que l'aile droite de l'armée passait parDantzig et parle Lauenbourg, de nombreux déserteurs, surtout des Italiens, abandonnèrent l'armée et se cachèrent où ils pouvaient, dans des granges, dans la forêt, dans les fours. Quand ils purent sortie de leurs cachettes, ils entrèrent au service des propriétaires du pays. C'est ainsi qu'on trouve près de Yarzin des Angellini, des Pirazzi et des Brunelli. Depuis que M. de Bismarck est propriétaire de Yarzin, il a fait beaucoup de travaux aux environs; c'est lui qui a créé les fabriques qu'on voit sur la Wipper ; la rivière est très poissonneuse; on y trouve des truites excellentes; on y

fait flotter du bois qui va jusqu'à Riigenwalde et de là jusqu'à la mer.

M. dé Blsmarek, TAatrlelie et U Russie.

27 décembre 188i.

Berlin n'avait pas eu depuis longtemps une quinzaine aussi agitée que celle qui vient de s'écouler. On a oublié même les socialistes, et même H. de VoUmar. Les alarmistes ont cru voir déjà les Cosaques sur la frontière allemande. Il y a eu une véritable panique; je veux seulement en signaler la cause. Ce n*est pas la Gazette de Voss comme on Ta cru, mais bien un journal de Cracovie qui a commencé les prédictions sinistres et montré la Russie en armes et menaçante.

L'article de la Nowa Reforma, de Cracovie, était ainsi conçu :

€ Dans les spbàres gouvernementales russes, la guerre contre l'Autriche est une affaire résolue et sera bientôt une réalité. Dans le voisinage de Varsovie, près de Wola et Powaski, on a établi un camp retranché pour 80,000 hommes; un autre camp retranché a été organisé près de Grodno. Tous les soldats en congé de l'artillerie et de la cavalerie ont été rappelés ; tous les corps de troupe de la réserve sont mis sur le pied de guerre. D'après les plans de campagne, qui sont déjà dressés, toute la cavalerie de la frontière doit, au premier signal télégraphique, pénétrer sur le territoire de la Galicie, et

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