L'INDUSTRIE ALLEMANDE ET LE SOCIALISME
contre ce mouvement national. En 1815, la réunion des divers groupes de partis socialistes s'opère au Congrès de Gotha : le communisme est déclaré être le principe fondamental de la démocratie sociale. Depuis cette époque, notamment aux élections pour le Heichstag en 1877, on aperçoit tout à coup quels progrès étonnants le mouvement a faits, et quels dangers il cache.
« Par la parole, par récriture, l'agitation socialiste montre son organisation, sa méthode, et comment elle travaille avec une énergie passionnée. Elle cherche à propager dans les classes pauvres et peu instruites le mécontentement; elle groupe les ouvriers mécontents de leur sort ; elle développe en eux cette idée qu'il n*y a rien à attendre du présent ordre de choses; elle les excite à Tenvie, à la haine de toutes les autres classes de la société.
€ Les convictions morales et religieuses, qui font que les membres d'une société se tiennent, sont ébranlées ; on rit du respect, de la piété; les notions du droit dans les masses sont changées, le respect de la loi est détruit. Les attaques, les ironies contre le royaume allemand, contre les institutions, contre l'armée, contre la royauté, montrent les caractères internationaux de l'agitation. En même temps on raconte les révolutions précédentes; on vénère les grands hommes de la Révolution, on exalte les actions de la Commune de Paris ; tout cela excite les passions révolutionnaires en Allemagne, et pousse les masses à l'action. Tous ces faits se retrouvent dans l'exposé des motifs de la loi contre la démocratie sociale de 1878. Enfin une loi est votée le 21 octobre 1878 : elle
tend à réprimer les manœuvres de la démocratie sociale. »
Que d'événements en quelques années! La guerre de 1870 éveille tout à coup des espérances déraisonnables dans Tesprit des Allemands. L'industrie grandit tout à coup après la guerre; puis, quelques années après, une crise économique.
c La situation sociale des classes laborieuses doit être considérée sérieusement. On ne peut jeter la pierre à ceux qui, vivant dans une misère et une humilité presque désespérées, combattant sans cesse pour vivre, n'estiment pas beaucoup le bien idéal, et préfèrent lutter pour obtenir des biens matériels. La grande masse des travailleurs se trouvait dans cette situation en 1810; après la victoire, elle vivait dans l'attente d'une paix durable ; lés salaires augmentèrent, l'ouvrier s'habitua à mieux vivre ; puis tout à coup, malgré la paix qui durait, il y eut une rechute dans le malheur, dans la pauvreté, dans la misère, dans la vie dure. Il faut bien se rendre compte de ce qui se passa dans l'esprit de l'ouvrier : les salaires furent augmentés. L'ouvrier ne se dit pas : c C'est une cerise passagère; les salaires baisseront bientôt.» Cette augmentation lui parut être une reconnaissance de ses droits, des prétentions qu'il avait formulées déjà et qui étaient restées vaines. Aussi l'ouvrier ne comprit rien à la crise économique qui suivit.
c Quand les salaires baissèrent, on se dit : c A qui la € faute ? »
Aux riches, aux Griindery dirent les agitateurs ; à ceux pour qui des milliers d'hommes travaillent à la sueur de
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