L INSURRECTION DE VIENNE
de Vienne. Tout cela ne pouvait Atre que très désagréable aux industriels viennois. Les industries de la ville, calculées pour la consommation des grandes maisons des riches et des aristocrates d'im grand pays, se trouvaient naturellement rouiplètement arrêtées par la Révolution, j)ar la lui te de Taristocratie et delà Cour; le commerce était suspendu, et l'agitation et rexcitation continuelles que maintenaient les étudiants et les ouvriers n'étaient certainement pas un bon moyen de « rétablir la confiance », comme on disait. Aussi une certaine froideur sétablit-elle bientôt entre les classes moyennes d'un coté et les étudiants turbulents et les ouvriers de l'autre; et si, pendant longtemps, elle n'alla pas jusqu'à une hostilité ouverte, cela vint de ce que le ministère, et en particulier la cour dans leur impatience de rétablir Tancien ordre des choses justifiaient constamment les suspicions et l'activité turbulente des partis plus révolutionnaires et évoquaient constamment même devant les yeux de la bourgeoisie, le spectre de l'ancien despotisme de Metternich. Ainsi, le 1."), puis le 26 mai, il se produisit de nouveaux soulèvements de toutes les classes de la population viennoise : le Gouvernement avait fait une tentative de restreindre ou de supprimer quelques-unes des libertés récemment acquises, et chaque fois l'alliance entre la garde nationale, c'est-à-dire la bourgeoisie armée, les étudiants et
les ouvriers se trouvait de nouveau cimentée pour quelque temps.
Quant aux autres classes de la population, l'aristocratie et les grands manieurs d'argent, elles avaient disparu; les paysans étaient partout occupés <î supprimer jusqu'aux derniers vestiges du féodal isme. Grâce à la guerre italienne et à la préoccupation que Vienne et la Hongrie causaient à la cour, pleine liberté leur a été donnée et ils ont mieux réussi dans leur œuvre de libération en Autriche qu'en toute autre partie de l'Allemagne. Bientôt après, la Diète autrichienne n'eut plus qu'à sanctionner les progrès faits pratiquement par les paysans, et quoique le Gouvernement du prince Schwarzenberg veuille rétablir, il n'aura jamais la puissance de faire renaître la servitude féodale des paysans. Et, si en ce moment, l'Autriche est de nouveau relativement tranquille et môme forte, c'est surtout parce que la Révolution a réellement profité à la grande majorité du peuple, aux paysans, et que, quels qu'aient été les objets des attaques du Gouvernement restauré, ces avantages palpables et substantiels conquis par les paysans sont cependant restés intacts.
Londres, octobre 1831.