‹ L'Allemagne en 1848Chapitre 33 sur 52 · A-: TRIOMPHE DE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

A-: TRIOMPHE DE LA PRUSSE

"'■l;', plus qu'aucune autre fraction de T Assemblée, gagnés par cette maladie incurable, le crélinisme parlementaire , qui fait pénétrer dans ses malbeureuses victimes la conviction solennelle que le monde entier, son histoire et son avenir, sont gouvernés, déterminés par la majorité des voix de l'organe représentatif particulier qui a l'honneur de les comi)tei- pai-mi ses membres ; que tout ce qui ce passe en dehors des murs de leur Assemblée — guerres, révolutions, construction de ciiemins de fer, colonisation de nouveaux continents tout f'niiers, les df'couvertes de l'or en Californie, les canaux de l'Amérique centrale, les armé'S russes et tout ce qui peut prétendre intluer sur les destinées du genre humain — n'est en rien comparable aux événements immenses, qui dépendent de la question qui occupe en ce mo- ]n(>nt l'attention de leur honorable institution. C'est ainsi que le parti démoci-alique de celle Assemblée, en faisant passer par contrebande quelques-unes de ses païuicées dans la « Constitution impériale ». se trouva obligé de la soutenir, quoique sur tous les points essentiels elle contredit ainsi nettement les principes qu'il avait si souvent proclamés lui-même ; et lorsqu'enlin les princi|)aux au leurs de celte œuvre bâtarde la lui eiirenl abandonn('e et laissf'e en héritage, il acce|)la cet h('rilage et défendit celle (-onslitulion monarchique, môme contre tous ceux qui, alors, professaient ses propres principes républicaine.

IbO l'aLLEMAGNE en 1848

Mais il faut le reconnaître : cette contradiction était seulement- apparente. Le caractère indéterminé, contradictoire et prématuré de la Constitution impériale était l'image même des idées politiques peu mûres, confuses et contradictoires de messieurs les démocrates. Et si leurs propres paroles et leurs propres écrits — dans la mesure où ils pouvaient écrire — n'en offraient pas une preuve suffisante, leurs actes la fourniraient, car il est d'usage, parmi les hommes sensés, de juger quelqu'un non sur ses déclarations, mais sur ses actes, non sur ce qu'il prétend être, mais sur ce qu'il fait et ce qu'il est réellement, et les actes de ces héros de la démocratie allemande parlent, comme nous le verrons tout à Theure. Néanmoins la Constitution impériale fut définitivement adoptée, avec toutes ses annexes et compléments, et, le 28 mars, le roi de Prusse fut élu, par 290 voix contre 248 abstentions et 200 absents, empereur d'Allemagne, moins l'Autriche. L'ironie historique fut complète; la farce impériale qui avait été exécutée dans les rues de Berlin étonné, trois jours après la Révolution du 18 mars 18 i8 par Frédéric-Guillaume IV alors dans un état qui, ailleurs, eût tombé sous le coup de la loi sur l'abus des boissons, cette farce répugnante fut sanctionnée, juste un an après, par la prétondue Assemblée représentative de toute l'Allemagne. Tel fut le résultat de la Révolution allemande !

Londres, juillet 1852.

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