LA FIN DE L IJNSURRECTION
commencement, pouvait être facilement fait, lorsque les Gouvernements des différents Etats étaient encore peu préparés et hésitaient^ l'Assemblée pouvait se transporter immédiatement au centre môme de la région insurgée. Si tout cela avait été fait résolument et au plus lard au milieu du mois de mai, cet acte aurait donné des chances de succès aussi bien à l'insurrection qu'à l'Assemblée nationale.
Mais on ne pouvait s'attendre à une action aussi résolue de la part des représentants des boutiquiers allemands. Ces aspirants hommes d'Etat n'avaient pas encore complètement perdu leurs illusions. Ceux des membres qui n'avaient plus leur foi fatale dans la force et dans rinviolal)ilité du Parlement étaient déjà partis, et les démocrates qui étaient restés ne pouvaient se détacher aussi facilement de ces rêves de pouvoir et de grandeur qu'ils avaient nourris pendant douze mois. Fidèles à la ligne de conduite qu'ils avaient toujours eue, ils reculaient devant une action décisive jusqu'au moment où toute ciuince do succès — et même toute chance de succomber avec les honneurs de la guerre — était perdue. Voulant faire preuve d'une activité factice et présomptueuse, dont l'impuissance totale, unie à de hautes prétentions, ne pouvait éveiller que la pitié et le rire, ils continuaient à envoyer des résolutions, des adresses et des requêtes insinuantes au Lieutenant de l'Empire, qui n'y faisait
la
même pas attention, et aux ministres qui étaient ouvoi'temont passés du coté de l'ennemi. Lorsqu'entin Wilhelm Woltf, représentant de Slriegau, l'un des éditeurs de la Neiie rheinuchp. Zeitting^ le seul véritable révolutionnaire de toute l'Assemblée, leur dit que, si vraiment, ils pensaient ce qu'ils disaient, ils feraient mieux de mettre finaux bavardages et de déclarer aussitôt hors la loi le Lieutenant de l'Empire, traître suprême du pays. Alors toute la vertueuse indignation, comprimée chez mesrieurs les parlementaires, éclata avec une énergie qu'ils n'avaient jamais su trouver lorsque le Gouvernement les accablait d'insultes.
La proposition de ^Yolt^était la première parole sensée qui eût été prononcée dans les murs do l'église Saint-Paul, et naturellement, comme c'était la seule chose quil y avait à faire, comme un langage aussi clair allait droit au but, il ne pouvait être que blessant pour ces sentimentaux, qui n'étaient décidés à rien, sauf à l'indécision, qui, trop peureux pour agir, étaient arrivés une fois pour toutes- à cette conclusion, qu'en ne faisant rien, ils faisaient justement ce qu'il fallait faire. Toute j)arole qui perçait comme un éclair le brouillard prétentieux, mais voulu, de leurs esprits, chaque allusion qui tendait à les faire sortir du labyrinthe dans lequel ils s'obstinaient à rester le plus longtemps possible, chaque conception claire de l'état réel des choses était naturellement un crime contre la majorité de cette souveraine Assemblée.
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Pou (le temps après que la situation des honorables messieurs de Francfort fut devenue intenable malgré leurs resolutions, leurs appels, leurs interpellations, leurs proclamations, ils se retirèrent, mais non dans les régions insurgées. C'aurait été pour eux un pas trop décisif. Ils se rendirent à Stuttgart où le Gouvernement wurtembergeois observait une sorte de neutralité expectante. Là enfin ils déclarèrent que le Lieutenant de l'Empire avait forfait à son pouvoir et élurent dans leur propre sein une régence composée de cinq personnes. Cette régence se mit aussitôt à adopter une loi sur la milice, qui, en elfet, fut communiquée dans la forme convenable à tous les Gouvernements de l'Allemagne.
Ces derniers, ennemis déclarés de l'Assemblée, étaient invités à réunir des forces pour sa défense ! Ensuite fut créée, sur le papier naturellement, une armée pour la défense de l'Assemblée nationale. Divisions, brigades, régiments, batteries, tout était réglé, ordonné. Il n'y manquait que la réalité. Cette armée ne fut, en efTet, jamais appelée à l'existence.
Une dernière issue se présentait à l'Assemblée nationale. De tous côtés la population démocrati({ue envoyait des délégations, se mettait à la disposition du Parlement, voulait le pousser à une action décisive. Le [)euple, connaissant les intentions du Gouvernement wurtembergeois, implorait l'Assemblée nationale de forcer ce Gouvernement
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à prendre une part ouverte et active dans les insurrections voisines. Mais non ! l'Assemblée nationale en allant à Stuttgart s'était mise à la merci du Gouvernement wui'tembergeois. Ses membres le savaient et firent tomber Tagitation populaire. Ils perdirent ainsi le dernier soupçon d'influence qu'ils pouvaient encore conserver. Ils récoltèrent le mépris qu'ils méritaient, et le Gouvernement wurtembergeois, poussé par la Prusse et le Lieu tenant de l'Empire, mit fin à la farce démocratique en fermant, le 18 juin 1849,1a salle oiî se réunissait le Parlement et en ordonnant aux membres de la régence de quitter le pays.
Ils vinrent alors à Bade, dans le camp même de l'insurrection. Mais leur présence était maintenant inutile. Cependant la Régence continuait, au nom du peuple allemand souverain, à sauver le pays par i; ses mesures. Elle tenta de se faire reconnaître par '! les puissances étrangères en délivrant des passeports à tous ceux qui en voulaient. Elle fit paraître des proclamations et envoya des commissaires pour soulever ces mêmes régions du Wurtemberg dont elle avait refusé le concours actif quand il en était encore temps. Cela n'eut naturellement pas le moindre effet. Nous avons sous les yeux le rapport original envoyé par un de ces commis saires, M. Rosier, représentant de Oels. Son contenu est très caractéristique. Il est daté de Stuttgart, 30 juin 1849. Après avoir décrit les aventures arrivées à une demi-douzaine de com
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missaires dans leurs recherches infructueuses pour trouver de l'argent, il donne une série d'excuses pour expliquer pourquoi il ne s'est pas encore rendu à son poste, et se livre ensuite à de graves considérations sur les différences possibles entre l'Autriche, la Prusse, la Bavière et le Wurtemberg, et en déduit les conséquences. Après avoir complètement épuisé cette question, il arrive à conclure qu'il ne reste plus aucun espoir. Il propose ensuite d'établir des relais d'hommes de confiance pour entretenir des relations, et un système d'espionnage pour se rendre compte des intentions du ministère du Wurtemberg et des mouvements de troupes. Cette lettre n'était jamais arrivée à destination ; car, au moment où on l'écrivait, la « Régence » était déjà entièrement passée aux « Affaires étrangères >;, c'est-à-dire en Suisse, et pendant que ce pauvre M. Rosier se cassait la tête au sujet des intentions du terrible ministère d'un royaume de sixième ordre, cent mille hommes. Prussiens, Bavarois et Hessois, avaient déjà résolu toute l'affaire dans la dernière bataille livrée sous les murs de Rastadt.
Ainsi disparut le Parlement allemand, et avec lui la première et la dernière création de la Révolution. Sa convocation était le premier téaioignage de ce que véritablement une révolution s'était effectuée Qn ']dC[i\'\Qr. Il avait existé aussi longtemps que cette première révolution allemande des temps modernes n'avait pas pris iiii. Elu sous l'iulluence
de la classe capitaliste, par une population rurale dispersée et morceh^e, se réveillant seulement en grande partie du sommeil dormi sous le féodalisme,ce Parlement servit à amener en même temps sur la scène politique tous les grands noms populaires de 1820 à 1848 et à les ruiner ensuite complètement. Toutes les célébrités du libéralisme bourgeois s'y trouvaient réunies. La bourgeoisie s'attendait à des merveilles. Elle ne recueillit que de la honte pour elle et pour ses représentants. Les capitalistes industriels et commerçants étaient plus complètement écrasés en Allemagne qu'en tout autre pays. Ils furent d'abord vaincus, brisés, expulsés de tous les (miplois dans chaque Etat isolé de l'Allemagne.
Ensuite ils furent mis en déroute, déshonorés, couverts d'opprobres dans le Parlement central de l'Allemagne. Le libéralisme politiqiie, le règne de la l)Oui'geoisie sous forme de Gouvernement monarchique ou républicain est à jamais impossible en Allemagne.
Dans la dernière période de son existence, le Parlement allemand servit à déshonorer à jamais le parti qui, depuis mars 1848, se trouvait à la tête de l'opposition officiel le, les di'mocrates qui représentaient les intérêts des bourgeois et en partie de ceux des fermiers. Cette classe avait eu, en mai et juin 18 iO, la possibilité de montrer qu'il était capable de fonder en Allemagne un Gouvernement stable. Nous avons vu comment elle échoua, moins