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CHAPITRE IV L'ORIGINAL DES PROCÈS-VERBAUX

Dans la séance du 23 octobre, le président remarque : « le conseiller de police, Stieher, lui a fait savoir qu'il avait encore à faire d'importantes d('positions ». Il rappelle donc le témoin susnommé. Slieber s'élance et commence la mise en scène.

Jusqu'à présent Stieber avait parlé de l'activité du parti Willicb-Schapper, bref, du parti Cberval, de son activité ajji'ès et avant l'arrestation des accusés de Cologne. Des accusés, il n'avait rien pu dire ni avant ni aprh cette arrestation. Le complot Gherval se produisit après l'arrestation des accusés actuels, et Stieber déclare maintenant : « Je n'ai parlé dans mon témoignage précédent de la forme de la Ligue communiste et de l'activité de ses membres que jusqu'à f époque de l'incarcrration des accusés actuels. » Il avoue donc que le complot Cberval n'avait rien à voir avec la « forme de la Ligue communiste et l'activité de ses membres » . Il avoue le néant de sou témoignage an-

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teneur. Oui, il est même si blasé sur son interrogatoire du 18 octobre, qu'il tient pour superflu cridentilier plus longtemps Cherval avec le « parti Marx ». « Dabord. la fraction de Willicli existe encore, dont jusqu'à présent Cherval, seul à Paris, a été pris. » Ah ! le chef principal, Cherval, est donc un chef de la fraction Willich !

Mais maintenant Stieber a les déclarations les plus importantes à faire, non seulement les plus nouvelles^ mais encore les plus importantes ! Ces très importantes communications perdraient de leurs poids, si l'on n'insistait pas sur le peu d'importance de déclarations antérieures. Jusqu'à présent, dit Stieber, je n'ai, à proprement parler, rien appris, mais nous y venons. Attention! J'ai jusqu'à maintenant parlé du parti Cherval, hostile aux accusés ici présents ; ce qui n'appartenait pas à la cause. Je parlerai maintenant du « parti Marx », dont il s'agit uniquement dans ce procès. Stieber ne pouvait parler avec cette simplicité. Il dit donc : « J'ai jusqu'à présent traité de la Ligue communiste avant l'arrestation des accusés, je m'en occuperai maintenant rt;;;r.s' cette arrestation. » Sa virtuosité particulière lui permet, d'une simple phrase de rhétorique, de faire un faux serment.

Après l'arrestation des accusés de Cologne, Marx a constitué un nouveau Comité central. « Cela ressort du témoignage d'un agent de police que feu le directeur de la police Schulze sut faire entrer sans qu'il fût connu dans la Ligue de Londres et

dans l'entourage immédiat de Marx. » Ce nouveau Comité central a tenu un livre de procès-verbaux, et Stieber en possède l'original. Troubles terribles dans les provinces Rhénanes, à Cologne, même jusque dans la salle du tribunal, l'original fait foi de tout cela. Il renferme la preuve que les accusés ont constamment correspondu du fond de la prison avec Marx. En un mot, les archives Dietz étaient l'Ancien Testament ; mais les procès-verbaux originaux sont le Nouveau Testament. L'Ancien Testament était empaqueté dans de la toile forte, le Nouveau est relié d'un inquiétant maroquin rouge. Ce maroquin rouge est, à la vérité, une dcmoiutratio ad ocidos ; mais le monde est actuellement plus incrédule que du temps de Thomas ; il ne croit même plus ce qu'il voit. Qui croit encore aux testaments, ancien ou nouveau, depuis que la religion des Mormons a été inventée. Stieber, qui n'est pas très loin du Mornionisme, l'a bien prévu.

« On pourrait, à la vérité, dit le Mormon Stieber, m'objector que tout cela ne contient que des racontars d'agents de police suspects ; mais, témoigne Stieber, mais j'ai les preuves complètes de la véracité et de rauthcnticilé des communications qu'ils m'ont fûtes! »

Comprenons bien I Preuves de la véracité et preuves de l'authencité, et preuves complètes! Praivrs complètes! Et quelles sont ces preuves?

Stieber savait depuis longtemps « qu'il existait une correspondance secrète entre Marx et les accu-

ses écroués à la maison darrêt. Dimanche dernier^ lin courrier extraordinaire vemi de Londres m'apporta la nouvelle que l'on avait enfin réussi à découvrir l'adresse secrète sous laquelle on pratiquait cette correspondance. C'était l'adresse du commerçant D. Kothesau Vieux Marché, ici même. Le même courrier m'apportait l'original des procèsverbaux du comité Central de Londres, que Ton avait su se procurer à prix d'argent d'un membre delà Ligue. » Stieber se mit alors en rapport avec le directeur de la police, Geiger, et la direction des postes. « On prit les mesures nécessaires, et déjà, deux jours plus tard, le courrier du soir apportait à Kothes une lettre venant de Londres. Celle-ci, sur Xordre du procureur général, fut saisie, ouverte, et l'on y trouva une instruction de 7 pages de la main de Marx et destinée à l'avocat de Schneider II... Cette même lettre contient un avis sur la façon dont il faudrait conduire la défense. Au dos de la lettre se trouvait un grand B en caractère latin. On prit copie de la lettre, on en détacha un fragment commode à couper, ainsi que V enveloppe originale. Puis on cacheta la missive dans une enveloppe et on la conlia à un agent de la police étrangère avec l'ordre de la porter à Kothes, de se présenter comme un émissaire de Marx », etc. Stieber raconte ensuite la répugnanle comédie policière et domestique qui s'ensuivit, comment l'employé de la police étrangère joua le rôle d'émissaire de Marx, etc. Kothes est arrêté le

18 octobre ot déclare, après vingt-quatre heures, que le B éci'it sur l'adresse intérieure désignait Bermbach. Le 19 octobre, Bermbach est arrêté, et Ton perquisitionne chez lui. Le 21 oclobre, Kothes et Bermbach sont remis en liberté.

Stieber lit cette déposition le samedi 23 octobre. « Le (li manche passé », le dimanche 17 octobre, serait donc ai'rivé le courrier extraordinaire avec l'adresse de Kothes et l'original des procès-verbaux. Deux jours après, la lettre serait arrivée à l'adresse de Kothes, le 19 octobre, par conséquent. Mais, le 18 octobre, Kothes était arrêté déjà à cause de la lettre que l'agent de la police étrangère lui avait apportée le 17. La lettre à l'adresse de Kothes arriva donc deux jours avant le courrier qui apportait l'adresse de Kothes, ou bien Kothes fat arrêté, le 18 octobre, pour une lettre qu'il ne reçut que le 19. Encore un miracle chronologique I

Plus tard, pressé par les avocats, Stieber déclare que le courrier qui lui apporta l'adresse de Kothes et l'original des procès- verbaux était arrivé le 10 octobre. Pourquoi le 10? Parce que le 10 tombe •'gaiement un dimanche et que, le 23 octobre, il y avait aussi un « dimanche passé », Le témoignage primitif portant sur le dimanche passé est ainsi maintenu et, sur ce point, le faux témoignage est écarté. Mais alors la lettre est arrivée non deux jours après le courrier, mais une semaine complète après lui. Le faux témoignage retombe alors non sur le courrier, mais sur la lettre. Les témoi-

gnages de Stieber ressemblent au paysan de Luther. Quand on l'aide à remonter à cheval d'un côté, il retombe de l'autre.

Dans la séance du 3 novembre, enfin, le lieutetenant de police Goldheim, de Berlin, déclare que le lieutenant de police Greif, de Londres, a remis à Stieber l'original des procès-verbaux, le 11 octobre, c'est-à-dire un lundi, en sa présence et en celle du directeur de la police, Wermuth. Goldheim, impute donc à Stieber un double faux témoignage.

Marx mit à la poste la lettre adressée à Kothes, le jeudi 14 octobre, comme le prouve l'enveloppe originale ainsi que le timbre de la poste de Londres. La lettre devait donc arriver le vendredi soir 15 octobre. Un courrier, qui, deux jours avant l'arrivée de cette lettre, apportaitl'adresse de Kothes et l'original des procès-verbaux, devait donc être rendu à destination, le mercredi 13 octobre. Mais il ne pouvait l'être ni le 17, ni le 10, ni le 11.

Sans doute Greii', faisant office de courrier, apporta de Londres l'original des procès-verbaux à Stieber. Ce qu'il en était de ce cahier, Stieber le savait tout aussi bien que soncompère Greif. Aussi hésitait-il à le déposer sur le tribunal. Cette fois-ci il ne s'agissait plus de réponses faites derrière les barreaux de Mazas. Alors vint la lettre de Marx. Stieber était sauvé. Kothes est une simple adresse, la lettre n'est pas adressée à Kothes, mais au B latin qui se trouve à l'envers de la lettre fermée. Kothes, en fait, est donc une simple adresse. .\d-

mêlions maintenant que ce soit une adrosae secrèle. Admettons encore qne c'est l'adresse secrète sons laquelle Marx correspond avec les accnsés de Cologne. Admettons enfin qne nos agenls de Londres ont expédié par le même courrier, en mènietemps, l'original d(>s procès- verbaux à cette adresse secrète, mais que la lettre est arrivée deux jours après le courrier, l'adresse et les procès- verbaux. Nous faisons ainsi d'une pierre deux coups. D'abord nous prouvons la correspondance secrète avec Marx ; en second lieu nous prouvons l'authenticité des procès-verbaux. Cette authenticité est prouvée par l'exactitude de l'adresse, l'exactitude de l'adresse par la lettre. « Quod erat demonstrandiini. » Puis une joyeuse comédie avec l'agent de la police étrangère, puis des arrestations pleines de mystère ; public, jurés, accusés même seront comme frappés de la foudre.

Mais pourquoi Stieber, et c'élail si facile, ne fit-il pas arriver son courrier extraurdinairc, le 13 octobre? Parce qu'alors il n'était plus extraordinaire, parce que la chronologie, comme nous l'avons vu, est son côté faible, parce qu'elle est bien au-dessous de la dignité d'un conseiller de police prussien. E^'ailleurs, il conservait l'enveloppe originale. Comment alors débrouiller l'aflaire ?

Dans son témoignage, Stieber se compromet dès l'abord en passant un fait sous silence. Si ses agents connaissaient l'adresse de Kothes, ils con-

naissaient également la personne que cachait le mystérieux B, tracé au revers de la lettre. Stieber était si peu initié aux mystères du B latin qu'il fit fouiller Becker, le 17 octobre, dans sa prison, dans le but de trouver sur lui la lettre de Marx. C'est l'interrogatoire de Kothes qui lui apprit que le B désignait Bermbach.

Mais comment la lettre de Marx était-elle arrivée entre les mains du Gouvernement prussien ? Très simplement. Le Gouvernement prussien décachette régulièrement les lettres confiées à sa poste, et il le fit pendant le procès de Cologne avec une persévérance spéciale. Aix-la-Chapelle et Francfort-sur-le-Mein peuvent en témoigner. C'est un pur hasard quand une lettre passe et lui échappe.

Le courrier original s'évanouissant, les procèsverbaux originaux s'évanouissaient aussi. Stieber ne s'en doutait naturellement pas, quand, dans la séance du 23 octobre, il communiquait, triomphant, le contenu du nouveau testament, du livre rouge. Le premier résultat de ses témoignages fut la nouvelle incarcération de Bermbach, qui assistait aux débals comme témoin.

Pourquoi Bermbach fut-il de nouveau arrêté?

Pour les papiers trouvés chez lui? Non, puisqu'après la perquisition faite chez lui, il fut mis en liberté. Son arrestation eut lieu vingt-quatre heures après celle de Kothes. Si donc il avait eu en sa possession des documents compromettants, il les aurait certainement fait disparaître. Pourquoi donc

l'arrestation du témoin Bermbach, tandis que les t(^moins Hentze, Hœtzel, SLeing^ens, dont la connivence avec la Ligue, dont la participation à ses travaux était constatée, restaient-ils tranquillement assis au banc des témoins?

Bermbach avait reçu une lettre de Marx, qui ne contenait qu'une simple critique de l'arrestation et rien autre. Stieber l'accorda; la lettre était en effet a la disposition des jurés. Mais il exprima le fait dans son style hyperbolique de policier : « Marx exerce constamment de Londres son influence sur le procès actuel. » Et les jurés se demandaient à eux-mêmes, comme Guizotà ses électeurs : « Est-ce que vous vous sentez corrompus? » Pourquoi donc l'arrestation de Bermbach ? Le Gouvernement prussien, dès le début de l'instruction, cherchait à priver les accusés de leurs moyens de défense, jjar principe, systématiqui'ment . Les avocats, comme ils le déclarèrent en audience publique, furent, au mépris de la loi, empochés de communiquer avec les accusés, môme après le dépôt de l'acte d'accusation. D'après sa propre déposition, Stieber était en possession des archives Dietz depuis le 5 août. Ces archives ne furent pas jointes a l'acte d'accusation. Ce ne fut que le 8 octobre qu'elles furent produites en pleine audience publique, mais produites dans la mesure oii Stieber le jugea bon. Jurés, accusés et public devaient être surpris, les avocats attaquer la conviction de la police sans avoir d'armes a leur disposition.

Et maintenant les procès-verbaux originaux avaient fait leur apparition 1 Le Gouvernement prussien tremblait à la pensée de révélations possibles. Mais Bermbach avait reçu de Marx des moyens de défense. On pouvait prévoir qu'il recevrait des explications au sujet de ces procès-verbaux. Par son arrestation, on proclamait un nouveau crime : celui de correspondance avec Marx et on le punissait de prison. Tout cela devait retenir tout citoyen prussien de s'exposer pour le destinataire. « A bon entendeur demi-mot. » Bermbach hii arrêté pour arrêter ainsi les moyens de défense. Bermbach resta emprisonné cinq semaines. Si on l'avait mis en liberté immédiatement après la clôture de la procédure, les tribunaux prussiens auraient publiquement avoué leur lâche, leur servile soumission à la police prussienne. Bermbach resta en prison ad majorem gloriam des juges prussiens.

Stieber témoigne que « Marx, après l'arrestation des accusés de Cologne, a rassemblé les ruines de son parti, à Londres, et a formé, avec dix-huit personnes environ, un nouveau Comité central, » etc.

Ces ruines ne s'étaient jamais dispersées ; elles l'étaient si peu qu'elles formaient, depuis septembre 1850, une « private society ». Stieber les fait s'évanouir par ordre supérieur, pour les rappeler à la vie de nouveau par ordre supérieur, et cela sous la forme d\m nouveau Comité central.

Le lundi 25 octobre, la Gazette de Cologne ar-

rive à Londres, contenant un article sur Ja déposition de Stiebor. du 23 octobre.

Le « parti Marx » n'avait ni constitué un nouveau Comité central, ni rédigé de procès-verbaux des prétendues séances de ce Comité. Ondevina immédiatement quel était lefabricateur principal de ce nouveau testament — c'était Wilhelm Hirsch, de Hambourg.

Au commencement de décembre 1851, Hirsch se présenta à la « Société Marx » en qualité de communiste réfugié. Des lettres de Hambourg le dénoncèrent en même temps comme espion. On décida de le tolérer quelque temps dans la Société, de le surveiller et de rassembler ainsi les preuves de son innocence ou de sa culpabilité. A la réunion du 15 janvier 1852, on lut une lettre venant de Cologne et dans laquelle un ami de Marx faisait part du nouveau retard apporté au procès et de la difficulté que rencontraient même les parents pour avoir accès auprès des prisonniers. A cette occasion, on mentionna M"" Daniels. On remarqua avec surprise que Hirsch, à partir de ce moment, ne fut plus aperçu dans notre « voisinage immédiat )>; on le perdit de vue. Le 2 février 1852, on fit savoir de Cologne à Marx que l'on avait perquisitionné chez M""" Daniels, à la suite d'une dénonciation de police, suivant laquelle une lettre de cette personne, adressée à Marx, aurait été lue dans la Société communiste de Londres et Marx aurait été chargé de répondre à M"" Daniels qu'il s'occupait de réorganiser la Ligue en Allemagne, etc. Cette

dénonciation forme, mot pour mot, la première page des procès-verbaux originaux. — Marx n-pondit, courrier tournant, que, comme M""" Daniels ne lui avait jamais écrit, il ne pouvait avoir lu une lettre d'elle, que toute la dénonciation, d'ailleurs, était de l'invention d'un certain IJirsch, petit jeune homme crapuleux, qui ne regardait pas à raconter à la police prussienne, contre argent, tous les mensonges qu'elle désirait.

Depuis le 15 janvier, Hirsch avait disparu des réunions. 11 fut alors définitivement exclu de la Société. On décida même de changer de local, ainsi que le jour de réunion. Jusqu'alors on s'était rencontré dans Farringdon-Street, dans la cité, chez J.-B. Masters, Markethouse, et \q jeudi. On choisit le mercredi pour se réunir et on prit pour local la '< Rose and Crown Tavern, » Crown Street, Soho. Hirsch que « le directeur de la police Schulz avait su faire pénétrer, sans qu'on n'en sut rien, dans l'entourage immédiat de Marx, » ne sut, malgré cette proximité, découvrir encore huit mois après ni le lieu ni le jour de réunion. Après février, comme avant, il continue à fabriquer ses procès-verbaux oi'iginmix le jeudi, et à les dater du jeudi. Que l'on parcoure la Gazette de Cologne, et l'on trouvera : Procès-verbal du 15 janvier (jeudi), item 29 janvier (jeudi), et 4 mars (jeudi), et 13 mai (jeudi), et 20 mai (jeudi), et 22 juillet (jeudi), et 29 juillet (jeudi), et 23 septembre (jeudi), et 30 septembre (jeudi).

RÉVÉLATIONS SUR LE PROCÈS DKS COMMUMSTES 341

L'aiiborgistc de la « Rose and Crown Tavorn » déclara devant le juge de MarII)or()iigh Sli-oct que la « Société du D' Marx » se réunissait chez lui tous les mercredis, depuis février 1852. Lieijknecht et Rings, nommés, par Hirsch, secrétaires de ses procès-verbaux originaux, firent légaliser leurs signatures par les mêmes magistrats. Enlin on se procura les procès-verbaux que Hirsch avait rédigés dans le groupe ouvrier de Stechan, de façon à pouvoir comparer son manuscrit avec celui des procès-verbaux originaux.

La fausseté de ces derniers était ainsi démontrée sans qu'il fût besoin d'entrer dans la critique de leurcoQtenu, qui se résout dans ses propres contradictions.

La difficulté était de faire parvenir ces documents aux avocats. La poste prussienne était un poste avancé qui, des frontières de Prusse jusqu'à Cologne, veillait à ce que les défenseurs ne pussent recevoir aucune arme.

On dut avoir recours à des voies détournées, et les premiers documents, envoyés le 25 octobre, ne purent arriver à Cologne que le 30.

Les avocats en étaient réduits aux maigres moyens de défense que Cologne leur offrait. Stieber eut à supporter un premier choc venant d'un côté auquel il ne s'attendait pas. Le conseiller de justice, Mûiler, le père de M"' Daniels, juriste estimé et citoyen connu pour ses opinions conservatrices, péclara, dans/« Gazette de Cologne

du 26 octobre, que sa fille n'avait jamais correspondu avec Marx et que les originaux de Stieber étaient une « mystification ». La lettre envoyée le 3 février 1852, où Marx traitait Hirsch de mouchard et de fabricateur de fausses notes de police, fut découverte par hasard et communiquée à la défense. Dans la déclaration de démission du « parti Marx » du groupe de Great-^Yindmill et contenue dans les « archives Dietz » se trouva de l'écriture authentique de W. Liebknecht. Enfin l'avocat de Schneider II obtint du secrétaire du bureau de bienfaisance de Cologne, Birnbaum,des lettres authentiques de Liebknecht, et du secrétaire particulier Schmitz des lettres authentiques, de Rings. Enfin, au grefïe du tribunal, les avocats purent comparer les procès- verbaux originaux avec l'écriture de Liebknecht dans la déclaration de démission et avec des lettres de Liebknecht et de Rings.

Stieber, rendu déjà inquiet par la déclaration du conseiller de justice Millier, est averti de cette malheureuse expertise d'écriture. Pour prévenir le coup qui le menace, il se lève à l'audience du 27 octobre et déclare : « Il lui a semblé très suspect que la signature de Liebknecht, qui se trouve dans les procès-verbaux, diffère tant d'une autre signature contenue déjà dans les actes. Il s'est livré à des recherches complémentaires et a appris que le signataire des procès-verbaux en question s'appelle H. Liebknecht, tandis que ce nom, dans

les actes où il se rencontre, est précédé d'un W. » Stieber rcluse de répondre à la demande de l'avocat de Schneider 11 : « Qui lui avait appris qu'il existait également un H. Licdjknecht? » Schneider II lui demande des renseianements sur les personnes de Rings et de lllmer, qui figurent comme secrétaires avec Liebknecht sur les procèsverbaux. Stieber soupçonne un nouveau piège. Trois fois il élude la question, cherche à cacher son embarras, à se reprendre en racontant par trois fois, sans la moindre utilité, comment il est entré en possession des procès-verbaux. Puis il déclare en balbutiant que Rings et Ulmer peuvent bien ne pas être des noms véritables, mais de simples noms de guerre. Il explique l'aflirmation répétée des procès-verbaux, suivant laquelle M"'' Daniels aurait été en correspondance avec Marx de la façon suivante : Il faudrait peutêtre lire M""* Daniels et comprendre le clerc de notaire Bermbach. L'avocat de Hontlieim l'interpelle au sujet de Hirsch. «CeHirsch, témoigne Stieber, je ne le connais pas non plus. Mais, du fait que la police prussienne l'a surveillé, il résulte bien qu'il n'est pas un agent de la Prusse, comme le bruit en a couru. »

Il fait un signe, et Goldheim vient chanter: «qu'il est parti en octobre 1851 pour Hambourg afin d'arrêter Hirsch ». Nous verrons que le môme Goldheim partira au premier jour pour Londres pour arrêter le même Hirsch. Ainsi donc, ce

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Stieber, qui prétend avoir aciieté contre argent, à des réfugiés, les archives Dietz et les procèsverbaux originaux, ce Stieber affirme maintenant que Hirsch ne peut être un agent prussien parce qu'il est réfugié. Suivant que cela lui convient, la qualité de réfugié suffit pour garantir la vénalité ou l'intégrité absolue. Et Fleury, que Stieber lui-même, dans l'audience du 3 novembre, dénonce comme agent de police, Fleury n'est-il pas un réfugié politique?

x\près que, de tous côtés, on a ainsi battu en brèche ses procès-verbaux, Stieber, le 27 octobre, se résume ainsi avec une impudence classique: Sa conviction de ranthenticité des procès-verbaux est plus fermement établie que jamais.

Dans l'audience du 29 octobre, l'expert, après avoir comparé les lettres de Liebknecht et de Rings, fournies par Birnbaum et Schmitz, déclare que les signatures des procès-verbaux soni fausses.

Dans son acte d'accusation, le procureur général Seckendorf déclare : « Les renseignements fournis par le cahier des procès-verbaux s'accordent avec des faits provenant d'autre source. Mais le ministère public est absolument hors d'état de prouver l'authenticité de ce document. » Le cahier est authentique; mais les preuves de l'authenticité manquent. C'est un Nouveau Testament ! Seckendorf continue : « La défense a prouvé elle-même que ce cahier contenait beaucoup de vrai, puisque c'est lui qui nous a renseigné sur l'activité de

Rings, qui s'y trouve nommé, et sur laquelle personne ne savait rien jusqu'à i)résenL. » Si jusqu'à présent personne ne savait rien de l'activité de Rings, le cahier des procès-verbaux ne renseigne pas à ce sujet. Les dépositions conlirmantractivi té de Rings ne pouvaient donc corroborer le contenu du cahier des procès-verbaux. Pour ce qui est de la forme, ces dépositions prouvent que la signature d'un membre du « parti Marx » est en réalité fausse, contrefaite. Ces dépositions prouvent donc, d'après Seckendorf : « que dans ce cahier se trouve beaucoup de vrai », de fait, un vrai faux. Le parquet général et la direction des postes ont, de concert avecStieber, décacheté la lettre adressée à Kothes. Ils connaissaient donc la date de son arrivée. Ils savaient, par suite, que Stieber commettait un faux témoignage en faisant arriver le courrier le 17, puis le 10 octobre, et la lettre d'abord le 19, puis le 12. Us étaient complices.

A l'audience du 27 octobre, Stieber chercha en vain à défendre son opinion. Il craignait chaque jour que des documents le chargeant n'arrivassent de Londres. Il était mal à son aise, et la Prusse, incarnée en lui, était également mal à son aise. Une exposition publique devenait périlleuse. Le lieutenant de police Goldheim fut donc envoyé à Londres pour sauver la patrie. Ouc venait faire (ioldheim à Londres? Il tentait, avec l'aide de Greif et de Heury, de pousser Hirsch à venir à Cologne et, sous le nom de//. Lieb/inecht, iiïWrmerVaiuihen-

ticité des procès-verbaux. Une pension était formellement promise à Hirsch. Mais ce dernier possédait, tout autant que Goldheim, l'instinct policier. Hirsch savait qu'il n'était ni procureur, ni lieutenant de police, ni conseiller de police. Il savait qu'il n'avait pas le privilège de commettre de faux témoignages et soupçonnait qu'on l'abandonnerait dès que les affaires lourneraient mal. Hirsch ne voulait, en aucune façon, se changer en bouc émissaire. Hirsch refusa complètement, l.e royaume chrétien germanique n'e.n a pas moins recueilli la gloire d'avoir cherché à acheter des témoins dans un procès criminel où il s'agissait de la tête de ses enfants accusés.

(joldheim s'en revint donc à Cologne sans avoir pu conclure l'affaire.

A l'audience du 3 novembre, après l'audition de l'acte d'accusation, avant que la défense ne commençât, entre le marteau et l'enclume, Stieber intervient encore.

<' Nous avons, témoigne Stieber, ordonné de nouvelles recherches au sujet du cahier des procès-verbaux. Le lieutenant de police Goldheim a été envoyé de Cologne à Londres avec l'ordre de les entreprendre. Goldheim est parti le 28 octobre, le 2 novembre il en est revenu. Goldheim est présent : Sur un signe de Stieber, Goldheim vient sous serment déclarer ce qui suit : « Une fois arrivé à Londres, il s'est tout d'abord adressé au lieutenant de police Greif ; ce dernier l'a conduit

chez Tagent de police Fleury, dans le quartier de Kensington; c'est cet agent qui a donné à Greif l'original des procès-verbaux. Fleury le lui a affirmé à lui, Goldheim, qui en témoigne et prétend avoir reçu le cahier d'un membre du « parti Marx» du nom de H. Liebknecht. Fleury a expressément reconnu avoir reçu quittance de H. Liebknecht pour l'argent qu'il lui a donné en échange du cahier de procès-verbaux. Le témoin n'a pu mettre la main sur Liebknecht, à Londres, parce que celui-ci, d'après ce qu'en a dit Fleury, craignait de paraître en personne. Lui, Greif s'est convaincu, à Londres, que le contenu du cahier, sauf quelques erreurs, est parfaitement authentique. Il en a reçu confirmation par des agents éprouvés ayant assisté aux réunions de Marx. Seulement le cahier ne serait pas le cahier contenant les procès-verbaux originaux, mais un cahier <le notes relatant ce qui se passait à ces réunions. Il n'y a que deux façons d'expliquer l'existence de ce cahier qui n'est certes pas encore très claire. Ou bien il émane réellement de Liebknecht, qui, comme l'agent l'assure fermement, pour ne pas dévoiler sa trahison, a évité de donner son propre manuscrit ou bien encore l'agent Fleury a reçu les notes qui composent le livre de deux amis de Marx, des réfugiés Dronke et Imandt, et, pour donner une valeur plus grande à sa marchandise, leur adonné la forme d'un cahier de procès-verbaux originaux. Il a été, en effet, établi officiellement par le lieutenant de police Greif

que Dronke et Imandt s'étaient souvent rencontr('s avec Fleury... Le témoin Goldheim assure qu'à Londres il s'est convaincu qne tout ce que l'on rapportait sur les réunions secrètes chez Marx, sur les intelligences existant entre Londres et Cologne, sur la correspondance secrète, etc., exprimait entièrement la vérité. Pour prouver combien les agents prussiens sont encore actuellement parfaitement renseignés, le témoin Goldheim donne comme exemple qu'aune réuuion rigoureusement secrète, Ion a décidé ce que l'on tenterait contre les procèsverbaux originaux et contre le conseiller de police Stieber, dont la conduite n'a pas eu le don de plaire au parti de Londres. Les décisions et les documents ont été envoyés très secrètement à Schneider IL Parmi les papiers ainsi expédiés se trouve, en particulier, une lettre privée que Stieber lui-même a adressée à Marx, à Cologne en 1848, et que ce dernier a tenu très secrète, parce qu'il pense, grâce à elle, compromettre le témoin Stieber. »

Le témoiîi Stieber sursaute, et d('clare qu'il a, à cette époque, écrit à Marx à propos d'une infâme calomnie que celui-ci avait répandue sur son compte, qu'il avait menacé Marx d'un procès, etc. « Personne, en dehors de Marx et de lui, ne pouvait le savoir, et c'est la meilleure preuve de l'exactitude des renseignements venus de Londres. »

Ainsi donc, d'après Goldheim, le cahier de

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procès-verbaux est, les parties fausses non comprises, parfailenieiit authentique. Ce qui l'a convaincu do son authenticilé, c'est, en etlet, que ce cahier de procès-verbaux originaux n'est p;is un cahier de procès-verbaux, mais un Cahier de notes. Et Stieber? Stieber ne toml)e pas des nues, c'est plutôt un poids dont sa poitrine vient de se trouver débarrassée. Avant qu'il soit trop tard, quand le dernier mot de l'accusation vient à peine de retentir, et que le premier mot de la défense n'a pas encore été prononcé, Stiel)er se hâte de faire transformer par son Goldheim le cahier de procès-verbaux originaux en un cahier de notes. Quand deux policiers s'accusent réciproquement de mensonge, est-ce que cela ne prouve pas qu'ils sacrifient à la vérité? Stieber a fait couvrir sa retraite par Goldheim.

Goldheim dépose que « dès son arrivée à Londres, '\\ s'est tout d'abord adressé au lieutenant de police Greif et que ce dernier l'a conduit chez l'agent Fleury, dans le quartier de Kensington. » Qui ne jurerait maintenant que ce pauvre Goldheim s'est exténué avec le lieutenant de police Greif pour arriver chez Fleury dans ce quartier éloigné de Kensington? Mais le lieutenant de police Greif habite dans la maison de l'agent de police Fleury, et môme au dernier étage de cette maison. Ce n'est donc pas Greif qui, en réalité, a conduit Goldheim chez Fleury, mais Fleury qui a amené Goldheim à Greif.

« L'agent de police Fleiiry, dans le quartier de Kensington ! )) Quelle précision! comment pourriez-vous encore douter de la véracité du Gouvernement prussien, qui vous dénonce ses propres mouchards, leur nom, leur habitation, et jusqu'à la couleur de leurs cheveux? Si le cahier de procès-verbaux est faux, ne vous en prenez qu'à «l'agent de police Fleury à Kensington ». Oui, vraiment. Ou prenez-vous-en à Monsieur le secrétaire particulier, Pierre, du XIIP arrondissement.

Quand on veut spécifier un individu, on ne se contente pas de donner son nom de famille, on indique aussi son prénom. Ne dites pas Fleuri/^ mais Charles Fleury.

On désigne un individu par la profession qu'il exerce publiquement et non par un métier qu'il fait en secret. Dites donc le commerçant Charles Fleuri/^ ne dites pas l'agent de police Fleury. Quand on veut indiquer une habitation, on ne désigne pas seulement un quartier qui est luimême une ville à son tour, mais bien le quartier, la rue et le numéro de la maison. Ne dites pas l'agent de police Fleury à Kensington, mais Charles Fleury., commerçant , 17, Victoria Roadj Kensington.

Mais, dire le « lieutenant de police Greif», voilà qui est sans doute parler à cœur ouvert. Mais, si le lieutenant de police Greif s'était attaché à Londres, à l'ambassade, et de lieutenant deve-

nait un a/taché, il y aurait là un « attachement » où les tribunaux n'auraient rien à voir.

Ainsi donc le lieutenant de police Goldheim aflirme que Tagent de police, Fleury, a re(^u le cahier d'un homme qui affirme véritablement être H. Liebknecht et il lui a même donné quittance. Seulement Goldheim n'a pu, à Londres, c mettre la main » sur H. Liebknecht. Goldheim pouvait alors rester tranquillement à Cologne, car Taffirmation du conseiller de police Stieber ne se trouve pas mieux de n'être qu'une afhrmation du lieutenant de police Goldheim qu'affirme le lieutenant de police Greif auquel, à son tour, l'agent de police Fleui y lait le plaisir dafiirmer une affirmation.

Sans être troublé par le peu de succès de ses expériences londonniennes, Goldheim, avec la grande capacité de persuasion qui le caractérise et doit remplacer chez lui la capacité de jugement, Goldheim s'est absolument convaincu que loul ce dont Stieber a déposé sur le «parti Marx», ses intelligences avec Cologne etc., que « tout exprimait absolument la vérité ». Et maintenant que son agent subalterne, Goldheim, lui a donné un testimoniitm paupertatis^ le conseiller de police Stieber ne serait pas couvert? Stieber, par sa façon de déposer, a au moins obtenu un résultat : il a renversé la hiérarchie prussienne. Vous ne croyez pas le conseiller de police? Dieu. Il s'est compromis. Mais vous croirez du moins le lieutenant de police. Vous ne croyez pas le lieutenant de police?

3bi L ALLEMAGNE EN 1848

Encore mieux. Il ne vous reste plus à croire que l'agent de police, alias mouchardu^ vulgaris. Telle est la confusion d'idées hétérodoxes que nous sert Stieber quand il témoigne.

Après que Goldheim eut ainsi fourni la preuve qu'il avait, à Londres, constaté la non-existence de l'original des procès-verbaux et constaté, au sujet de l'existence de H. Liebknecht, qu'il était impossible de mettre la main sur lui à Londres, après s'être ainsi convaincu que toutes les dépositions de Stieber au sujet du « parti Marx » exprimaient absolument la vérité, il fut bien obligé à la fin de produire, outre les arguments négatifs qui, d'après Seckendorf, contiennent «beaucoup de vrai », l'argument positif que « les agents prussiens sont encore aujourd'hui bien renseignés à Londres». Gomme preuve, il déclare que, le 27 octobre, une « réunion absolument secrète s'est tenue chez Marx». Dans cette réunion, absolument secrète, on a déterminé les attaques que l'on ferait supporter au cahier de procès- verbaux et au « très peu agréable » conseiller de police Stieber. Les décrets et décisions pris à ce sujet ont été « envoyés à l'avocat de Schneider II dans le secret le plus absolu ».

Bien que les agents de la Prusse assistassent à ces réunions, le chemin que prirent ces lettres resta pour eux si absolument secret que la poste, malgré tous ses efforts, ne put s'en saisir. Ecoutons comme notre grillon chante mélancolique-

rk:vélations slk le procès des COMMUMSTES 353

menl dans son vieux mur. « Les lettres et documents en question ont elé envoyés dans le secret le plus absoluàlavocat Schneider II. » Dans le secret le plus absolu, pour les agents secrets de Goldheim.

Des décisions imaginaires, au sujet du cahier de procès-verbaux, ne peuvent avoir été prises, le 27 octobre, dans une réunion absolument secrète chez Marx, puisque, dès le 25 octobre, Marx avait envoyé les renseig^nements principaux établissant la non-authenticité du cahier de procès-verbaux non à Schneider II toutefois, mais à M. von Ilontheim.

Ce n'est pas uniquement sa mauvaise conscience qui apprit à la police que des documents avaient été envoyés à Cologne. Le 27 octobre, Goldheim arriva à Londres. Le 30 octobre, Goldheim trouva, dans le Morninrj Avotiser, leSpecUi/o/', Y Examiner, le Leader Peuples Paper, une déclaration signée Engels, Freiligrath, Marx et \Yolfî, oià ceux-ci renvoient le public anglais aux révélations que la défense ferait sur les forr/ery, perjurij, falsification of documents, bref sur les infamies de la police pi'ussienne. L'envoi des documents fut tenu si " absolument secret» que le << parti Marx» en donnait ouvertement connaissance au public anglais, le 80 octobre toutefois, (juand Goldheim était déjà arrivé à Londres, et les documents — à Cologne.

D'ailleurs, le 27 octobre également, des documents furent envoyés dans cette dernière ville. Comment l'omnisciente police prussienne appritelle donc la chose?

La police prussienne n'agissait pas « dans le secret le plus absolu, » comme le <( parti Marx ». Elle avait en effet tout à fait ouvertement planté, depuis des semaines, deux de ses mouchards devant la maison de Marx, qui le surveillaient de la rue « du soir jusqu'au matin » et « du matin jusqu'au soir », et le suivaient pas à pas. Or Marx, le 27 octobre, avait fail léçraliser ces documents absolument secrets au tribunal de police parfaitement public de Marlborough street, en présence des reporters de la presse quotidienne anglaise, document qui contenait les manuscrits authentiques de Liebknecht et de Rings, ainsi que la déposition du propriétaire de la « Crown Tavern », au sujet du jour de réunion. Les anges gardiens prussiens suivirent Marx de sa maison jusqu'à Marlborough street et de Marlborough street à sa maison, puis encore de sa maison à la poste. Ils ne disi)arurent que quand Marx fit une démarche tout à fait secrète auprès du magistrat de police du quartier, pour lui demander de prendre un mandat d'arrêt contre ses deux <( suivants ».

D'ailleurs le Gouvernement prussien avait encore un autre moyen d'apprendre la chose. Marx envoya, en effet, à Cologne, directement par la poste, les documents légalisés le 27 octobre et datés du môme jour, pour soustraire aux griffes de l'aigle prussienne leurs dxp/icata expédiés c/ans le secret le plus absolu. La poste et la police savaient

donc, h Cologne, que des documents datés du 27 octobre avaient été envoyés par Marx, et (îoldheim n'avait pas besoin de faire le voyage de Londres pour découvrir le secret.

(ioldlieim st'iit « précisément » qu'il doit déclarer précisément ce que l'on a décidé d'envoyer à Sciineider II « dans la réunion absolument secrète du 27 octobre », et \Y nomme la letlre adressée par Stieber à Marx. Malheureusement Marx n'a pas envoyé cette lettre, le 27, mais le 25 octobre, et ne l'a pas adressée à Schneider II, mais à M. von Hontheim. Mais d'oîi la police savait-elle que Marx possédait en(;ore la lettre de Stieber et l'enverrait à la défense? laissons reparaître Stieber.

Stieber espère empêcher Schneider II de lire cette « lettre très peu agréable » en le prévenant. Si Goldheim dit que Schneider II possède ma lettre, et cela « grâce aux intelligences criminelles qu'il a avec Marx », calcule Stieber, Schneider II supprimera la lettre pour montrer que les agents de (Ioldheim sont mal renseignés et que lui, Schneider, n'est pas en intelligences criminelles avec Marx. Stieber s'élance donc, communique en le falsifiant le contenu de la lettre et termine par ce cri stupéfiant : « Personne autre que Marx et moi ne peuvent le savoir, et c'est certainement la meilleure preuve de la véracité des renseignements parvenus de Londres. »

Stieber possède une méthode particulière pour cacher des secrets qui lui sont désagréables. Quand

il ne parle pas, il faut que tout l'univers se taise. Saut' lui et certaine personne d'un certain âge, « personne ne peut savoir », qu'il a vécu près de Weimar comme « homme entretenu ». Mais si Stieber avait tous les motifs de ne permettre de connaître la lettre à personne, sauf à Marx, iMarx avait toutes les raisons de permettre de connaître la lettre à chacun, sauf à Stieber. On connaît maintenant la meilleure preuve des renseignements parvenus de Londres. Quel aspect aurait alors la pire des preuves?

Mais Stieber commet sciemment un nouveau faux témoignage quand il dit: « Personne autre que Marx et moi ne peuvent savoir cela.» 11 savait que ce n'était pas Marx, mais un autre rédacteur de la Gazette du Rhin qui avait répondu à sa lettre. C'était là certainement un homme c autre que Marx et lui ». Mais, pour que plus de gens encore le sachent, publions ici la lettre :

« Dans le n" 177 de la Gazette du Rhin, se trouve une correspondance de Francfort-sur-Mein, qui contient l'abominable mensonge que je me serais rendu à Francfort, comme espion de la police, pour, sous le couvert d'idées démocratiques, découvrir les meurtriers du prince Lichnowski et du général Auerswaid. J'ai bien été, en etfet, le 21, à Francfort, mais je n'y suis resté qu'un jour, et cela, comme vous le verrez par l'attestation ci-jointe, pour régulariser la situation particulière de M"'* von Scliwezler. Je suis de retour à Berlin depuis

longtemps, ol j'ai depuis long^lemps recommencé à y remplir mon office d'avocat. Je vous renvoie d'ailleurs à la reclilication relative à cette alïaire, l)ariie dans le n° 338 de la Frankfurter Oberpostaiiiis Zeilung du 31 df'ccmhre et dans le n" 248 de la National Zeitioif/ d'ici; je crois devoir attendra de votre amour pour la vérité l'insertion dans votre journal de la reclilication ci-jointe. Vous me nommerez également l'auteur de la fausse nouvelle, conformément à l'obligation que la loi vous impose. Je ne puis, cneiï'et, laisser passer une calomnie de cette espèce et me verrai, à mon grand regret, obligé de prendre des mesures contre votre très honorable rédaction.

« Je crois que, dans ces temps derniers, la démocratie ne peut témoigner à personne plus de reconnaissance qu'à moi. J'ai tiré des centaines de démocrates accusés des filets de la justice criminelle. Au cours de l'état de siège actuel, alors que les lâches et les misérables <( soi-disant démocrates » avaient depuis longtemps h\ché pied, je me suis dressé sans peur, avec zèle, en face des autorités et je le fais encore tous les jours. Les organes démocratiques, en se conduisant ainsi avec moi, me donnent peu d'encouragement à |)ersévérer dans mes ellorls. Le plus beau de laiïaire est, dans le cas actuel, la stupidité des organes démocratiques. Le bruit que j'étais allé à Francfort, en qualité d'agent de police, a été répandu en premier lieu par la Neuc Preusaische

Zeitung, cet organe suspect de la réaction, dans le but de couper court à mon œuvre de défenseur qui la gênait. Les autres journaux berlinois ont depuis longtemps rectifié l'assertion. Les organes démocratiques sont cependant assez sots pour recueillir un mensonge aussi stupide. Si j'avais voulu aller à Francfort en qualité de policier, on n'aurait certainement pas publié auparavant, dans les journaux, qu'il était étrange qu'un agent de police prussien se rendît à Francfort où se trouvaient suffisamment déjà de fonctionnaires expérimentt's. La sottise a toujours été un défaut de la démocratie, et ses ennemis ont vaincu grâce à leur habileté. C'est de môme un infâme mensonge de dire que j'ai été, il y a des années, espion au service de la police en Silésie. Certes j'ai rempli dans ce pays l'office de fonctionnaire de police, mais publiquement, et j'ai rempli les devoirs de ma charge. Des mensonges infâmes ont été répandus sur mon compte. Que quelqu'un se présente et prouve que je l'ai espionné. Mentir, prétendre, chacun peut le faire. J'attends donc de vous, que je considère comme un homme honorable, une réponse complète et satisfaisante. Les journaux démocratiques se sont décriés par leurs nombreux mensonges ; puisse ce sort ne pas être le vôtre !

«Bien avons, SÏIEBER

<- d'. j. u. etc. Berlin « Rilterstivasse, 65. »

Berlin, 26 décembre 1848.

UÉVKLATIONS SLK LE PROCÈS DKS COMMUNISTES 35Ô

D'où Stieber savait-il donc que, le 27 octobre, sa lettre avait été envoyée à Schneider II? A la vérité, elle n'avait pas été expédiée le 27, mais le 25 octobre, et adressée non à Schneider 11, mais à M. von Hontheim. Stieber savait donc seulement que sa lettre existait encore, et il supposait que Marx l'enverrait à l'un des défenseurs. D'oi!i lui venait cette supposition? Ouand la Kulnische Zfiitung apporta à Londres la déposition de Stieber sur Cherval, etc., Marx écrivit à la Kùlnischf Zeiluiifj et au Frankfurter Journal une déclaration datée du 21 octobre, à la fin de laquelle il menaçait Stieber de la lettre qui existait encore. Pour tenir la lettre u absolument secrète », Marx l'annonce dans les journaux. 11 échoue grâce à la lâcheté de la presse quotidienne allemande ; mais la poste prussienne était instruite et, avec la poste prussienne, son Stieber.

Que vient donc nous chanter Goldheim à son retour de Londres ?

Que Hirsch ne fait pas de faux témoignage, que H. Liebknecht n'a pas d'existence « tangible », que l'original des procès-verbaux n'est pas un original, que les agents prussiens à Londres savent tout ce que le « parti Marx » a publié dans la presse de Londres. Pour sauver leur honneur, Goldheim met dans la bouche de ses policiers toutes les nouvelles que lui ont apprises des lettres décachetées et confisquées.

Dans l'audience du i novembre, quand Schnei-

360 L ALLEMAONK EN 1S48

der II eut anéanti Stieber et son cahier de procès-verbaux, l'eut convaincu de faux et de taux serment, Stieber reparût une dernière fois et donna cours à sa vertueuse indignation. On ose môme, s'écrie-t-il dans l'irritation de son âme, accuser encore de faux serment M. Wermuth, jNI. le directeur de la police Wermuth. Stieber en est donc revenu à la hiérarchie orthodoxe, à la ligne ascendante. Jadis il suivait une ligne hétérodoxe, descendante. Si l'on ne voulait pas le croire, lui, conseiller de police, il fallait croire, du moins, son lieutenant de police; si Tonne voulait pas de celui-ci, que l'on croie, du moins, son agent de police, et, à défaut de l'agent Fleury, — au moins le sous-agent Hirsch. Maintenant c'est le contraire. Lui, conseiller de police, pourrait peut-être commettre un faux serment, mais \Yermuth, un directeur de i^oVice? Incroyable. Dans sa mauvaise humeur, il célèbre le Wermuth avec une amertume croissante, il sert au public du Wermuth pur, Wermuth comme homme, Wermuth comme avocat, W^ermuth comme père de famille, Wermuth comme directeur de police. Wermuth for ever.

Même maintenant, en audience publique, Stieber cherche encore à tenir les « accusés » au secret, à élever une barrière entre la défense et les moyens de défense. Il accuse Shneider II d' « intelligences criminelles » avec Marx. Schneider perpètre en sa personne un attentat sur les autorités

RÉVÉLATIONS SLU LE PROCÈS Di:S COMMUNISTES 361

suprêmes de la Prusse. Même le président des assises, Gcrhel, un Gœbel même se sent écrasé par le fardeau de Stieber. II n'y peut rien et bien, qu'avec une servilité craintive, il laisse tomber quelques coups de fouet sur le dos de Stieber. Mais Stieber, de son côté, a raison. Ce n'est pas son propre individu, mais le parquet, le tribunal, la posie, le Gouvernement, la présidence de la police à Berlin, ce sont les ministères, l'ambassade de Prusse à Londres, qui sont cloués avec lui au pilori, le cahier de procès-verbal oi'iginal à la main.

M. Stieber a maintenant la permission de publier la réponse de la Neiic lieinisr/ir Ztûtunç/ à sa lettre.

Revenons encore une fois à Londres, avec Goldheim.

De même que Stieber ne sait toujours pas où se tient Cherval et qui Cherval est au juste, de même, d'après la déposition de (ioldheim (séance du 3 novembre), la (fenhf de l'original des procès-verbaux n'est pas parfaitement éclaircie. Pour l'éclaircir, Goldheim fait deux hypothèses.

« Pour ce qui concerne la (jeiièse du cahier de procès-verbal, (jenhe qui n'est pas encore complètement éclaircie, il n'y a que deux choses possibles : ou bien ce cahier provient, comme raji:ent l'aflirme fermement, réellement de Liebknecht qui, pour ne pas dévoiler sa trahison, a évité de donner son manuscrit.»

W. Liebknecht appartient notoirement au « parti Marx ». Mais la signature de Liebknecht, qui se trouve dans le cahier de procès-verbaux n'appartient pas aussi notoirement à W. Liebknecht. Aussi Stieber a-t-il déposé, dans la séance du 27 octobre, que le propriétaire de cette signature n'était pas ce W. Liebknecht, mais un autre Liebknecht, un H. Liebknecht. 11 a appris Texistence de ce sosie sans pouvoir donner la source de son information. Goldheim dépose : u Fleury a prétendu qu'il a réellement reçu le cahier d'un membre du << parti Marx » du nom de « H. Liebknecht». Goldheim continuesa déposition: «il n'a pu, à Londres, mettre la main sur cet H. Liebknecht ». Quel signe cP existence a donc donné cet H. Liebknecht, découvert par Stieber au monde en général et au lieutenant de police Goldheim en particulier? Aucun autre signe que sa signature dans l'original des procès-verbaux. Mais voilà que Goldheim, déclare que « Liebknecht a évité de donner son manuscrit ».

Jusqu'à présent H. Liebknecht n'existait que comme manuscrit. Maintenant il ne reste plus rien de H. Liebknecht, pas même un manuscrit, pas même un iota. Mais d'où Goldheim sait-il que cet H. Liebknecht, dont il connaît l'existence par lemanuscritde l'original des procès-verbaux, aécrit un manuscrit dilîérent de celui de cet original : c'est le secret de Goldheim. Si Stieber a ses miracles, pourquoi Goldheim n'aurait-il pas les siens?

Goldheiiii oublie que son supérieur Stieber a témoigné de Texistence de cet H. Liebknecht, que lui Goldheinien a témoigné également. Au môme moment où il atteste II. Liebknecht, il se souvient que cet H. Liebknecht est un expédient ; un mensonge nécessaire et nécessité n'a pas de loi. Il se rappelle qu'il existe un Liebknecht authentique, W. Liebknecht, mais que si W. Liebknecht est authentique, la signature des procès-verbaux est l'ausse. Il ne doit pas oublier que le sous-agent tle Fleury, Hirsch, a également fabriqué, avec le faux cahier de procès-verbaux, la fausse signature. Aussi fait-il Ihypothèsc que " Liebknecht a évité de donner sa signature ». Faisons également ime hypothèse. Goldheim a autrefois fait un faux billet. Il est traduit en justice, et l'on démontre que la signature qui se trouve sur la Banknotc n'est pas celle du directeur de la Banque. N'y voyez aucun mal. Messieurs, dira Goldheim, n'y voyez aucun mal. La Banknote est authentique. Elle vient du directeur de la banque lui-même. Si le nom qui s'y trouve n'est pas le sien, mais est une fausse signature, qu'est-ce que cela fait? «Il a évité précisément de donner son manuscrit.»

Ou bien, continue Goldheim, si l'hypothèse au sujet de Liebknecht est fausse:

« Ou bien l'agent Fleury a reçu des notes pour ce cahier de deux autres amis de Marx, les réfugiés Dronke et Imandt, et a mis ces notes, pour leur donner une valeur d'autant plus grande, sous

la forme d'un cahier de procès-verbaux originaux. Il a été, en effet, officiellement établi par le lieutenant de police (îreif que Imandt et Dronke ont vu souvent Fleury.»

Ou bien? comment ou bien? Si un cahier, comme le cahier de procès-verbal est signé do Liebknecht, Rings et Ulmer, personne n'en conclura: «. Il vient de Liebknecht » — ou de Dronke et Imandt, mais bien: il est de Liebknecht ou de Rings et d' Ulmer. Est-ce que le malheureux Goldheim qui, pour une fois, s'est élevé à la hauteur d'un jugement disjonctif — ou... ou bien — nous répétera encore une fois: « Rings et Ulmer ont évité de donner leur manuscrit? » Goldheim lui même tient un changement de position pour inévitable.

Si l'original ne vient pas de Liebknecht, comme le prétend l'agent Fleury, c'est donc que Fleury Fa fait lui-même. Mais les notes nécessaires, il les a obtenues de Imandt et de Dronke, au sujet desquels le lieutenant de police Greif a officiellement établi qu'ils voyaient souvent Fleury.

<( Pour donnera sa marchandise une plus haute valeur », dit Goldheim, Fleury a mis les notes sous forme de procès-verbaux. Non seulement il faitunetromperie, mais il contrefait des signatures, tout cela « pour donner à sa marchandise plus de valeur ». Un homme consciencieux comme cet agent prussien qui. par cupidité, fabrique de faux procès- verbaux, de fausses signatures, est inca-

pable do fabriquer do fausses /lo/rs. Toile est la conclusion de (loldheini.

Dronko et Imandt n'arrivèrent à Londres qu'en avril 1852, après avoir été chasses par les autorités suisses. Un tiers des procès-verbaux contient ceux des mois de janvier, février et mars 1852. Donc Fleury a fait un tiers de l'original sans Dronke ni Imandt, bien que Goldbeim dépose que c'est, soit Liebknecht qui l'a fait, soit Fleury, mais d'après les noies de Dronke et de Imandt. Goldheim l'atteste et, si Goldheim n'est pas Brutus, il est du moins Goldbeim.

Mais, reste encore une possibilité : Dronko et Imandt auraient fourni les notes à Fleury depuis avril; car, atteste Goldheim, «le lieutenant de police Greif a ofhciellement établi que Dronke et Imandt voyaient souvent Fleury ».

Venons-en à cette fréquentation.

Fleury, comme nous l'avons déjii remarqué plus haut, était connu à Londres, non en qualité d'agent de police, mais comme commerçant de la cité et même comme commerçant nourrissant des idées démocratiques. Né à Altenbourg, il était venu comme réfugié politique à Londres, puis s'y était marié avec une Anglaise de famille considérée et riche, et vivait d'une existence retirée en apparence avec sa femme et son beau-père, un riche industriel quaker. Le 8 ou le 9 octobre, Imandt entra en « relations suivies » avec Fleury, savoir en qualité de professeur. D'après la réponse recti-

36fi L ALLEMAGNE EN 1848

fiée de Stieber, loriginal des procès-verbaux arriva à Cologne le 10; le 11. d'après la dernière disposition de Goldheim. Donc, quand Imandt, qui lui était jusqu'alors totalement inconnu, lui donna sa première leçon de français, Fleury non seulement avait déjà fait relier en maroquin rouge le cahier original, mais encore il lavait déjà remis au courrier extraordinaire qui le portait à Cologne. C'est ainsi que Fleury composa ses procès-verbaux d'après les notes de luiandt Pour ce qui est de Dronke, Fleury ne le vit qu'une fois par hasard chez Imandt, le 30 octobre seulement, quand le cahier de procès-verbaux était déjà retombé dans son néant originel.

Ainsi le Gouvernement chrétien germanique ne se contente pas de forcer des bureaux, de voler des papiers étrangers, de surprendre des dépositions, de créer de faux complots, de forger de faux documents, de faire de faux serments, de chercher à suborner de faux témoins, — tout cela pour obtenir la condamnation des accusés de Cologne — il cherche encore à faire planer un soupçon infamant sur les amis des accusés pour cacher son Hirsch que Stieber a attesté ne pas connaître et dont Goldheim a témoigné qu'il n'était j)as un espion.

Le vendredi, 5 novembre, la KOlnische Zeituncj apporta à Londres le compte rendu de l'audience des assises du o novembre, ainsi que la déposition de Goldheim. On ht aussitôt des recherches au sujet de Greif, et l'on apprit, le même jour, qu'il habi-

tait chez Fleiiry. En même temps Dronke et Imandt se rendent chez Fleury avec la Kôinisc/ip Zcitiotg. Ils lui l'ont lire la déposition de Goldheim. 11 pâlit, cherche à faire bonne contenance, joue Tétonné et déclare qu'il est tout prêt à témoigner contre Goldheim devant un magistrat anglais, mais, auparavant, il lui faut consulter son avocat. On prend rendez- vous pour l'après-midi du lendemain samedi, 6 novembre. Fleury promet d'y apporter son témoignage légalisé. Il ne parut naturellement pas. Imandt et Dronke se rendirent donc le samedi soir chez lui et trouvèrent le billet suivant adressé à Imandt :

« Grâce à l'avocat, tout est fait, le reste réservé jusqu'au moment où la personne se sera présentée. L'avocat a fait manquer l'affaire aujourd'hui. Mon négoce rendait ma présence indispensable dans la cité aujourd'hui. Voulez-vous passer chez moi demain, j'y serai toute l'après-midi jusqu'à cinq heures chez moi. — FI.

A l'autre côté du billet, se trouve ce post-scriptum : (( Je rentre à l'instant chez moi, mais j'ai dû sortir avec M. Werner et ma femme, ce dont vous pourrez vous commincre demain. Faites-moi savoir le moment où vous viendrez. »

Imandt laissa la réponse suivante : « Je suis extraordinairement surpris de ne pas vous trouver maintenant chez vous, d'autant plus que vous ne vous êtes pas rendu cette après-midi au rendezvous convenu. Je dois vous avouer que, d'après

les circonstances, je me suis déjà formé une opinion sur votre compte. Si vous trouvez inlérêt à m'en faire chantier, vous viendrez chez moi et dès demain matin, car je ne puis vous garantir que les journaux anglais ne parleront pas de votre qualité de policier au service de la Prusse.

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