‹ L'Allemagne en 1848Chapitre 48 sur 52 · I.MANDT · texte numérisé non relu

I.MANDT

Fleury ne parut pas le dimanche matin. Dronke et Imandt se rendirent donc chez lui dans la soirée pour obtenir une déclaration de lui, sous le prétexte que leur confiance n'avait été ébranlée qu'au premier moment.

La déclaration fut faite après bien des hésitations et des indécisions. Fleury hésita particulièrement quand on lui fit observer qu'il devait signer non seulement de son nom de famille, mais encore de son prénom. La déclaration était conçue textuellement dans les termes suivants :

A la rédaction de la Kôlnische Zeitung.

Le soussigné déclare qu'il connaît M. Imandt depuis un mois environ, époque depuis laquelle il lui donne des leçons de français, et qu'il a vu M. Dronke pour la première fois, le samedi 30 octobre de cette année ;

Ou'aucun d'eux ne lui a fait de révélations ayant rapport au cahier de procès-verbaux figurant an procès de Cologne ;

tlKNÉKATIONS SlIV LK PHOC.KS DES COMMUNISTES 369

Qu'il ne connaît aucune personne poi'tant le nom (le Liebknechl, et n'a jamais eu de relation avec quelqu'un de ce nom.

F^ondres, 8 novembre 1832, Kensington.

Charles Fleury.

Dronke et Imandl étaient naturellement convaincus que Fleury enverrait l'ordre, à la Kolnischf Zrifuiig, de n'accepter aucune déclaration portant sa signature. Aussi n'envoyèrent-ils pas la déclaration à ce journal; ils l'adressèrent à l'avocat Schneider II. qui ne la reçut qu'à un stade trop avancé du procès pour pouvoir en faire usage.

Fleury nest certes pas la « Fleur de Marie » dés prostituées de la police, mais c'est une fleur, et il portera des fleurs, ne seraient-ce que des fJciirs de lijs..

L'histoire des procès-verl)au.\; n'était pas terminée.

Le dimanche soir, W. liirsch, de Hambourg, reconnut solennellement, devant le magistrat à Bowstreet, à Londres, que lui-même, sous la conduite de Greif et de Fleury, avait fabriqué l'original du cahier de procès-verbaux figurant au procès (It's communistes de Cologne.

Ainsi c'était d'abord l'original du cahier de procès-verbaux du « i)arli Marx », — puis le livre de Ilotes du policier Fleury, — enfin un produit fabriqué par la police prussienne, un produit fabri- (|uépar la police, fahriqut' « sans phrase >'.

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Le mémo jour où Hirsch dévoilait le mystère du cahier de procès-verbaux au magisli-al anglais à Bow street, uq autre représentant de la Prusse était occupé à Kensington, dans la maison de Fleury, à empaqueter dans du linge quelque chose qui n'était ni des documents volés, ni fabriqués, ni des documents quelconques, mais bien ses propres hardes. Ce n'était rien autre que Greif, le courrier extraordinaire de Cologne, le chef des agents de police prussiens de Londres, le directeur officiel de la mystification, le lieutenant de police attaché à l'ambassade de Prusse à Londres. Greif avait reçu du Gouvernement prussien Tordre de quitter Londres immédiatement. Il n'y avait pas de temps à perdre.

De même que dans les fins d'opéra, la mise eu scène logée dans le troisième dessous, cachée par les coulisses, aj)paraissant en amphithéâtre, brille tout à coup aux flammes des feux de Bengale, et aveugle tous les yeux de contours éblouissants, de mèuie, à la fin de cette tragi-comédie policière et prussienne, paraissent les ateliers cachés où fut forgé l'original des procès-verbaux. A l'étage inférieur, on voyait le malheureux mouchard Hirsch travaillant aux pièces. Au second étage, le policier bourgeois el agent provocateur, commerçant dans la cité, Fleury. Au Iroisième, le lieuenantde police diplomate Greif, et à l'étage supérieur, l'ambassade de F^russe elle-même à laquelle il était atlach)' Dei)ui . 0 à 8 mois, Hirsch fabri-

HÉVÉLATIONS SLR l.E PROCÈS DES COMMUNISTES .ni

qiiait réj^ulirri'iiiriil, seinaiiic par semaine, ses procès-vtM'baiix ori^imiiix dans le cabinet de travail et sous les yeux de Flenry. Mais à TiHage, (lu- (//•sst/s de Flenry, habitait le lieutenant de ])olice Greif, qui le surveillait et l'inspirait. L'hôtel de Tanibassade prussienne fut donc la sei're où se développa Toriginal du cahier des procès-verbaux, (ireif devait donc disparaître et dispai'ul en effet, le 6 novembre 1852.

On ne pouvait plus retenir loi'ij^inal du cahier des procès-verl)aux, môme comme cahier de notes. Le procureur Saedt en convint dans sa réplique aux plaidoiries des avocats.

On en était donc revenu au point d où la Chambre de inise en accusation de la cour d'appe] était partie, quand elle avait ordonné une nouvelle instruction, parce qu'il n' ij arall aucun état de cause réel.

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