‹ L'Allemagne en 1848Chapitre 6 sur 52 · I. KTAT PRISSII.N · texte numérisé non relu

I. KTAT PRISSII.N

le nouveau roi était encore moins que son père disposé a la créer; et si même il avait eu cette intention, il n'ignorait pas non plus que l'opinion [)ul)lique avait suhi, depuis son avènement, des changements étonnants.

Les classes moyennes, enetTet, qui s'attendaient,

I dans une certaine mesure, à voir le nouveau roi (K-troyer entin la constitution, pioclamer la liberté de la presse, instituer le jury, etc., bref, se metire à la tète de la révolution pacifique dont elles avaient besoin pour atteindre le pouvoir politique, — ces classes moyennes sapergurenl de leur erreur et se tournèrent furieusement contre le roi. Dans les provinces Rhénanes, et plus ou moins dans tout le reste de la Prusse, elles se ti'ouvèrent si exaspérées que, ne possédant pas, dans leur propre milieu, d'hommes capables de les représenter dans la presse, elles allèrent jusqu'à conclure une alliance avec le parti philosophique extrême dont nous avons parlé plus haut. Le fruit de cette alliance fut la (hizettc Hlirnane'^ de

. Cologne, supprimée au bout de quinze mois d'exis-

\ tence, mais d'où date le journalisme moderne en Allemagne, ("élait en 1842.

Le malheureux roi, dont les all'aires embarras-

\ sées étaient la satire la plus amère de ses tendances empruntées au moyen âge, vit bientôt qu'il ne pouvait coutinuer à gouverner sans faire quelques

' Rlu'liiisrlie Zeil uiif/.

petites concessions à la clameur populaire qui revendiquait la « Représentation du peuple », reste des promesses faites en 1813 et 1815 et depuis longtemps oubliées. Cette représentation s'était trouvée mentionnée dans la loi de 1820. L(> moyen le moins incommode de satisfaire à cette fâcheuse loi parut être la convocation des Comités permanents des Diètes provinciales. Ces dernièresavaientété créées en 1823 et comprenaient pour chacune des huit provinces du royaume : 1" la haute noblesse, les familles des anciens souverains de l'Empire germanique, dont les chefs étaient membres de la Diète par droit de naissance; 2° les représentants des chevaliers ou la noblesse inférieure; 3° les représentants des villes; 4° les délégués des paysans ou des petits fermiers. L'ensemble était organisé de façon que, dans chaque province , les deux fractions de la noblesse formassent toujours une majorité dans la Diète. (Miacune de ces huit Diètes provinciales élisait un Comité, et c'étaient ces huit Comités que le roi appelait maintenant à Berlin pour constituer l'Assemblée des représentants chargée de voter l'emprunt tant désiré. On déclara que le Trésor était plein et qu'on demandait le nouvel emprunt non pas pour payer les dépenses courantes, mais pour construire un chemin de fer d'Etat. Mais les Comités réunis opposèrent au roi un refus net ; ils se déclarèrent incompétents pour agir comme représentants du peuple et exigèrent de Sa Majesté l'exécution de lu pi-o-

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messe d'une constitution représentative que son père avait faite au peuple lorsqu'il avait eu t)esoin de son aide contre Napoléon.

Les séances des Comités réunis avaient montré i[ue l'esprit d'opposition n'était plus limite à la liourgeoisie. Une partie des paysans s'était jointe à elle, et un grand nombre de nobles qui exerçaiimt l'agriculture en grand sur leurs propres lerres et faisaient le commerce des grains, de la laine, de l'alcool et du lin, exigeaient également des garanties contre l'absolutisme, la bureaucratie et la restauration féodale et se prononçaient, eux aussi, contre le Gouvernement et en faveur d'une constitution représentative. Le plan du roi avait manifestement échoué; il n'avait pas obtenu d'argent, et il avait accru la puissance de l'opposition. Les séances des Diètes provinciales elles-mêmes, qui suivirent, furent encore plus malheureuses poui' le roi ; toutes exigeaient des réformes, l'exécution des promesses de 1813 et 1815, la constitution et la liberté de la presse; les résolutions prises en ce sens par quelques-unes d'entre elles étaient formulées en termes plutôt irrespectueux, et les réponses du roi, pleines de mauvaise humeur, ne faisaient qu'accroître le mal.

Cependant les difficultés financières du Gouvernement augmentaient. Pendant quelque temps la rédaction des sommes destinées aux ditïérents services publics, les affaires frauduleuses pratiquées avec la u Seehandluns' » — institution commer-

ciaU', spéculant et faisant le commerce pour le compte et au risque de lEtat, et restée, longtemps après, son courtier d'argent — suffirent pour sauvegarder les apparences; l'augmentation des émissions du papier-monnaie d'Elat fournirent également quelques ressources, et, en somme, le secret où l'on tenait la situation financière fut très bien gardé. Mais bientôt tous ces expédients furent épuisés. On essaya alors d'un autre système : l'établissement d'une banque dont le capital serait fourni en partie par l'Etat et en partie par les actionnaires particuliers; la direction principale devait revenir à l'Etat, de façon à permettre au Gouvernement d'emprunter, dans une large mesure, des fonds à cette banque; c'était répéter ainsi les mêmes opérations frauduleuses qui n'étaient plus possibles avec la « Seehandlung ». Mais naturellement il ne se trouva pas de capitalistes pour consentir à donner leur argent dans de telles conditions; il fallut modifier les statuts de la banque et garantir la propriété des actionnaires contre les incursions du Trésor avant même que les actions n'eussent été souscrites. Ce plan ayant ainsi échoué, il ne restait plus qu'une chose à tenter : essayer de conclure un emprunt, s'il se trouvait des capitalistes qui consentissent à prêter leur argent sans demander l'autorisation et la garantie de cette mystérii'use « Représentation future du peuple». On s'adressa à Rothschild, qui déclara que si cette « représentation du peuple » garantissait l'emprunt.

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il eiitre|)i'(?ntlrait l'atlaire aussitôt, sinon il ne pouvait aucunoment s'engager dans cette opération.

Tout espoir de trouver de l'argent se trouvait ainsi perdu ; et il n'y avait plus aucune possibilité d'éviter la fatale «Représentation du peuple ». Le refus de Rothschild fut connu en automne 1846, et, en février de Tannée suivante, le roi convoquait toutes les huit Diètes à Berlin, pour en former une « Diète réunie ». dette Diète devait accomplir, en cas de besoin, la tâche prévue par la loi de i82<) : voter les emprunts et les augmentations d'impôts; mais elle ne devait être investie d'aucun autre droit. Au sujet de la législation généi'ale, sa voix devait être purement consultative; elle devait se réunir non à des époques fixes, mais quand le roi le trouverait bon, et discuter seulement ce qu'il plairait au Gouvernement de lui présenter. Naturellement, ses membres n'étaient que peu satisfaits de la tâche qu'on s'attendait à leur voir accomplir. Us renouvelèrent les vœux, déjà exprimés par eux lors des réunions des Diètes provinciales ; les i"eIations existant entre eux et le Gouvernement devinrent bientôt acrimonieuses, et lorsqu'on leur demanda de nouveau l'emprunt qu'on affirmait toujours être destiné à la construction de chemins de fer, ils refusèrent de nouveau de le garantir.

Ce vote mit bientôt fin à leurs séances. Le roi, de plus en plus exaspéré, les renvoya avec une

réprimande, mais n'eu resta pas moins sans argent. |1 avait, en effet, de bonnes raisons pour s'alarmer de sa situation; la Ligue libérale, conduite par les classes moyennes et comprenant une grande partie de la basse noblesse, ainsi que de nombreux mécontents accumulés dans les différentes couches des ordres inférieurs, cette Ligue était décidée à obtenir ce qu'elle voulait. En vain le roi déclarait-il, dans son discours d'ouverture, que jamais, jamais il n'oclroyerait une constitution au sens moderne de ce mot : la Ligue libérale insistait pour obtenir une constitution représentative, moderne, antiféodale, comportant toutes ses conséquences : liberté de la presse, jurys, etc. ; elle ne voulait pas accorder un sou avant de l'avoir obtenue. Il était évident que les choses ne pouvaient durer ainsi plus longtemps : une des deux parties devait céder, ou bien il fallait en arriver à une rupture, à une lutte sanglante. Les classes moyennes se savaient à la veille d'une révolution et s'y préparaient. Elles cherchaient par tous les moyens possibles à obtenir l'appui de la classe ouvrière des villes, et l'aide des paysans des districts agricoles; on sait parfaitement qu'à la fin de l'année 1847 il n'y avait peut-être pas un seul, parmi les hommes politiques marquants delà bourgeoisie qui ne se fût proclamé « socialiste » dans le but de s'assurer les sympathies de la classe prolétarienne. Nous allons voir ces « socialistes » à l'œuvre.

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