‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 125 sur 477 · ASSOCIATIONS DES MARCHANDS ALLEMANDS A L'ÉTRANGER · texte numérisé non relu

ASSOCIATIONS DES MARCHANDS ALLEMANDS A L'ÉTRANGER

« alderman « nommé par élecfion. Dans les bâtiments qui s'étendaient autour de l'enclos se trouvaient, à l'étage inférieur, les boutiques d'élalage et les hangars de marchandises. Au-dessus étaient les parloirs, les chambres à coucher des facteurs et autres habitants de la maison, la cuisine et le < petit schutting " qui servait aux " familles '> de salle à manger et de parloir. Au fond de l'enclos, un solide bâtiment de pierre renfermait, dans ses sous-sols, des caves silres, des celliers pour les marchandises précieuses. En haut était le ' grand schulting =>, salle commune où les « familles » se tenaient pendant l'hiver et prenaient leurs repas. Contre les murailles de cette salle, de nombreux foyers étaient éîablis, servant de fourneaux de cuisine et chauffant tout l'emplacement. Le soir, chaque " famille " rentrait dans sa chambre à coucher. Des veilleurs armés et des chiens féroces, déchaînés la nuit, défendaient contre les voleurs. Tout, dans l'enclos, était soumis à une discipline exacte et sévère. Les heures de travail, les récréations, les repas, les assemblées réglementaires et les plaisirs pris en commun étaient fixés par une loi stricte, et toute tentative pour se soustraire à la discipline était rigoureusement punie. Le nombre des associés des établissements réunis variait, à partir de la seconde moitié du quinzième siècle, entre deux et trois mille ; les femmes en étaient exclues et ne pouvaient pénétrer dans l'enclos. Un des associés s'étant marié, perdit pour toujours le droit de faire partie de la compagnie. Les autorités élues se chargeaient de toutes les parties de l'administration et rendaient la justice de leur autorité privée. Celui qui voulait entrer dans l'association devait s'engager à y rester dix ans. Les jeunes gens parcouraient successivement tous les degrés de la science commerciale depuis l'apprentissage; et c'est ainsi qu'au milieu d'une lutte continuelle avec une mer redoutable, dans un pays rude et montagneux, entravée par un climat sévère, sous des lois rigoureuses, soumise à un âpre labeur, se forma l'une des plus excellentes écoles de commerce de l'Allemagne du Nord.

Les jeux proposés aux apprentis de Bergen suffiraient seuls à nous faire comprendre comment était formée la génération d'acier, endurcie à toute souffrance, qui y était élevée. Les principaux étaient ceux du ;< fouet ^ et de 1' « eau »; ils avaient lieu pendant les fêtes de la Pentecôte. Pour le jeu de l'eau, les apprentis, après un repas plantureux, étaient plongés sans vêtements dans la mer; on les jetait çà et là parmi les vagues encore glacées par l'hiver, puis on les en retirait à moitié transis, et ils étaient fouettés de verges par quiconque pouvait les atteindre jusqu'à ce qu'ils aient pu reprendre leurs vêtements. Le « jeu du fouet « était encore plus terrible. Eu grande pompe, après toutes sortes de cérémonies, les apprentis

recevaient de dix " husbondes » et de compagnons désignés d'avance, de rudes coups de fouet; puis venait un repas de fête où ils étaient obligés de servir toute la compagnie et par conséquent leurs bourreaux. Avant la flagellation, le doyen des " maîtres de maison ) les exhortait, dans un discours solennel, à la bonne tenue, à la probité, au travail, à l'obéissance; il les mettait en garde contre l'ivrognerie, l'esprit querelleur, etc. Le jeu qui allait avoir lieu, leur disait-il, était destiné à servir d'épreuve, et celui qui ne croyait pas pouvoir s'y soumettre jusqu'au bout avait encore toute liberté de se retirer. Chacun alors acceptait 1' < épreuve ». Pendant sa durée, si quelque apprenti, vaincu par la souffrance ou la fatigue, s'asseyait, il était le lendemain matin plongé dans la mer ' pour être fortifié ' ".

La réunion de toutes les compagnies des villes d'un même pays en unseul et même corps nous offrira dansunplus vasterayon un exemple du système d'association commerciale à cette époque. En Angleterre, les hanses de Lynn, Boston, York, Bristol, Ipswich, Norwich, Yarmouth, Hull et autres s'unirent à la grande hanse de Londres, et se firent représenter par elle en dehors du pays. L'aldérman placé à la tête de cette union générale avait par conséquent sous sa direction le commerce allemand de toute l'Angleterre. La puissante compagnie commerciale de Novogorod s'organisa de la même manière. Elle réunit tous les marchands allemands en un seul corps, et fit concurrence au commerce russe. Dans les pays Scandinaves, la grande compagnie de Wisby, dans l'ile de Gottland, joua le même rôle, ainsi qu'à Bruges le célèbre « Komtoor ", centre de toutes les compagnies marchandes des Pays-Bas. Dans l'intérêt de la bonne administration, pour le maintien et la défense des droits commerciaux, le Komtoor était divisé en trois branches : les villes du pays de Lübeck, les cités weudes et saxonnes formaient la première; la seconde reliait les villes de \Vestphalie et de Prusse; enfin la troisième comprenait les villes de Gottland, de Livonie et de Suède. Chaque division constituait un corps séparé et exerçait, par l'entremise de chefs élus, l'autorité judiciaire et la justice de paix. Dans les délibérations générales, la majorité faisait loi*.

Cette sorte de confédération partagée en trois cercles et s'inlitulant : « Compagnie des marchands réunis du Saint-Empire d'Allemagne ", devint le point de départ de la " Hanse générale allemande ' .

Tandis que le système d'association se développait à l'étranger

' Voy. Falke, Gesch. des deutschen Handels, t. I, p. 221-230. Dans le SudiUwf de Londres, on ne trouve aucune trace de ces jeux dans lesquels la force de résistance physique et la fermeté d'âme du pauvre novice étaient éprouvées d'une manière presque inhumaine. — Barthold, t. II, p. 134.

* GiERKE, t. I, p. 352-357. — Falke, Gesch. des Handels, t. I, p. 230-23i.

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