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LE COMMERCE ET LE CAPITAL

En même temps que les corporations ouvrières, les villes avaient vu se fonder de toutes parts des compagnies commerciales, embrassant, elles aussi, tous les intérêts sociaux de leurs membres, et formant des sociétés solidement établies. Leurs vues morales et religieuses, les devoirs de mutuel appui obligeant tous leurs associés étaient les mêmes que dans les corporations; comme les corporations, elles avaient des privilèges particuliers; un appareil spécial de justice, un tribunal exerçant le droit de punir; des revenus mobiles et un capital inamovible consistant principalement en maisons de réunion, entrepôts et magasins; la famille des compagnons marchands était de droit sous la protection de la compagoie, ainsi que les apprentis et les aides. Mais tandis que les corporations se rapportaient àTéconomie industrielle en généralet se proposaient principalement la protection des métiers et l'extension générale de l'industrie, les compagnies marchandes avaient pour premier but de procurer à leurs membres le plus d'avantages commerciaux possible, et d'obtenir, soit le droit exclusif d'exercer le commerce dans tel ou tel pays, soit le monopole de la vente d'un produit.

Non-seulement dans les villes allemandes, mais aussi dans les pays étrangers oii florissait notre commerce, ces compagnies (appelées aussi hanses ') s'étaient depuis longtemps établies et avaient obtenu des souverains et des gouvernements de nombreux privilèges commerciaux, ainsi que la liberté d'association.

' Le mot Hansa,h\en que synonyme Aegüda, fut surtout et d'abord employé en Anfïleterre pour signifier une association marcliande. — Sartorius, Gesch. der deuisckcn Hansa, t. I, p. 73-75. On trouve déjù le mot de hansa dans ülfilas, pour signifier eoÄor* ou multitude. — Voy. aussi Maurer, Stadieverfassung, t. II, p. 254, note 1.

Peu à peu, les hanses particulières des villes de l'étranger se fondirent en une seule et même société, et formèrent un corps puissant, fermé aux étrangers et leur faisant concurrence.

C'est ce qui eut lieu à Londres : les diverses compagnies marchandes de Cologne, Hambourg, Lübeck, etc., s'unirent et formèrent la " Compagnie générale des marchands allemands ». Chaque association prise à part garda son indépendance, mais l'Union générale devint l'organe autorisé de tous les droits et devoirs communs. En sa qualité de corps hbrement constitué, elle concluait des contrats avec la ville et se portait garante des privilèges commerciaux des hanses particulières. A la maison centrale, un " alderman », aidé des membres du conseil, rédigeait les lois, les règlements, et les soumettait à l'approbation des associés le jour de l'assemblée générale. La maison centrale était située dans un vaste enclos " bien protégé » où se trouvaient les logements, les entrepôts, les boutiques. Elle prit le nom de Stahlhof et fut donné en toute propriété à la compagnie par le roi d'Angleterre en 1474. La Hanse générale avait droit de juridiction et droit de punition dans une mesure très-étendue; elle exerçait une police sévère. Sur la caisse commune formée par les contributions, les amendes et les taxes, elle payait les gages des employés et des serviteurs, faisait les présents et les dons honorifiques, et subvenait aux frais généraux d'entretien. Les associés vivaient entre eux dans une communauté presque monastique, et sous le rapport religieux étaient dans une étroite union *. • Les documents relatifs à la Hanse générale de Bergen, en Norvège, nous retracent le fidèle tableau de cette vie commune. La Hanse y possédait vingt et un établissements indépendants formant ensemble deux paroisses et séparés les uns des autres par des palissades ou de solides murailles. Ils étaient entourés de longs bâtiments de bois s'éteudant au loin. Chaque établissement avait son nom, son enseigne particulière, et sur la rive, son débarcadère, où les bateliers déchargeaient les marchandises. L'établissement recevait généralement quinze « familles » ou « compagnies de table » composées de maîtres, de compagnons et d'apprentis. La " famille » était gouvernée par celui qu'on appelait le « maître de maison " (Usbonde), chargé d'exercer une surveillance générale sur les employés de commerce, les ouvriers, les domestiques, de pourvoi'* à leur entretien et de maintenir la discipline. Les intérêts communs étaient confiés à un

' Lappenberg, llrhundl. Gesch. des hansischen Stahlhofes tu London [YidJOboMTQ, 1851). Dans la « taverne du Rhin ^ associée à la hanse allemande, les compagnons de William Shakespeare, les plus joyeux gourmets de Londres, se régalent du vin du Rhin, de langue de bœuf fumée et d'autres mets allemands. — Bai\thold, Gesch. der deutschen Hansa, t. II, p. 131. — Voy. 0. Schwebel, Der Hansische Stahlhof zu London (18S1)

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