ESSOR DU COMMERCE
par le canal de Lübeck que les malièi-es premières russes, ainsi (pie les prodiiils <lcs plaines de la Polo{jne et de la Lidiuanic (bois, goudron, loiirrures communes et fines, cuirs et cuivre, cire, miel, graisse, viande, céréales et lins), étaient importés en Occident, et que les produits naturels et les œuvres d'art d'Allemagne, de Filandre et d'Angleterre étaient exportés dans le rsord. La célèbre bière de Lübeck s'expédiait dans tous les pays du rs'ord, et la prospérité commerciale de cette ville allait toujours en croissant. Les étrangers y affluaient. C'était, parmi les ports de la Baltique, le centre principal de ces grandes caravanes de marchands, d'artisans, de chevaliers, de voyageurs de toute condition, qui, jusqu'au seizième siècle, se rendaient tous les ans en Livonie '. " Lübeck possède de telles richesses, un si grand pouvoir ; , écrivait yËneas Sylvius en 1458, < que le Danemark, la Suède et la Norwége sont accoutumés à élire et à déposer les rois sur un signe d'elle ^ ".
Le commerce de Breslau avait aussi une grande importance. Par ses relations avec Vienne et Presbourg, il mettait la Belgique en com.munication avec le Danube, atteignait l'Elbe supérieur en passant par Prague, Brème et Leipzig, descendait les pentes de l'Allemagne du Sud jusqu'à l'Oder, et là, partageait avec Stettin l'empire commercial du pays ^
Les villes rhénanes saxonnes, celles de la haute Allemagne et de l'Allemagne du Sud, avaient aussi un commerce florissant : " Cologne, par ses vastes affaires et ses inestimables richesses ", dit Wimpheling, " est la reine du Bhin. Que dirais-je de Nuremberg qui entretient des relations avec presque tous les pays de l'Europe et débite au loin son orfèvrerie d'or et d'argent, ses ouvrages artistiques de cuivre, de bronze, de pierre et de bois? On peut à peine se faire une juste idée de sa richesse, et j'en dis autant d'Augsbourg. La ville d'Ulm, bien moins importante, tire, dit-on, de son commerce plus d'un demi-million de florins par an *. Les villes alsaciennes font de magnifiques affaires, et Strasbourg surtout est extraordinairement riche \ =!
' Falke, Gesch. des deutschen Handels, t. I, p. 176-178. — ScHLÖZER, Verfall der Hansa, p. 75, 100.
- Voy. SCHLÖZER, p. 74.
^ Klöde>", Gesch. des Oderhandels (1852). — Falke, Gesch. des deutschen Handels, t. I, p. 181.
* Ce cliiffre n'est pas exagéré. — Jäger, Ulm, p. 376-377-387. Ulm avait le plus célèbre commerce de vins de l'Allemagne da Sud, et vendait surtout les vins rouges et blancs du Rhin que ses marchands achetaient surplace. — Jager, p. 715-717.
*A la fin de son traité : De arte impressoria. En 1507, l'Italien Vettori disait à propos de Strasbourg : Argentina ha tanto d'entrata, que dicono aver con- Gregato in communita moite centinaja di migliaja di fiorini. » Il n'y a point de
Par Strasbourg, Colmar et les petites villes de l'Alsace, par Bâle, Constance et Genève, le commerce allemand s'étendait jusque dans l'intérieur de la France, et par Marseille jusqu'aux rives de la Méditerranée. Du Pdiin, au nord, ildescendait jusqu'à l'embouchure du fleuve; du nord-est de l'Allemagne, en passant par l'Allemagne centrale, il pénétrait dans les contrées de l'Elbe et de la Baltique; à l'ouest, par les villes de Franconie et de Saxe, il prenait possession des pays danubiens; au sud, par les Alpes suisses, il gagnait Gênes, Venise, Milan, Lucques, et Florence. Enfin, par les passages des Alpes suisses et tyroliennes, les marchands de l'Allemagne du Sud formaient le point de jonction entre l'Europe du Sud, le nord-est de l'Empire el les populations slaves qui en marquent la limite.
Pour faciliter les communications, un service de messagerie reliait entreelles un grand nombre de villes de commerce. On avait établi à Danzig des courriers réguliers pour les correspondances commerciales. Dès le quatorzième siècle un service semblable rattachait Augsbourgà Venise. Il était confié aux " officiers messagers ", fonctionnaires nommés par le conseil, et formant une corporation particulière K
Le commerce de l'Allemagne avec Venise avait une importance
ville en Allemagne -, dit Machiavel, - qui n'ait un trésor public, et tout lemonde sait que Strasbourg possède à elle seule plusieurs millions de florins. » Opère, IV, p. 153. Érasme disait que Strasbourg était si riche, qu'au lieu de l'appeler Argentoratus, la ville d'argent, on devait la nommer Auiata, la ville d'op.
— Voy. ScHiiOLLER, Strassburg, zur Zeit der Zunftlampfc, p. 68. — Voy. Falke, II, 363, 364.
' Greiff, Tagebuch ron Lucas Rem, p. 77 — En 1444, trois " coureurs » furent pillés et assassinés sur la grand'route entre Cöslin et Colberg. — Hirsch, Daniùgs Handelscjeschichte, p. 221. Un messager, envoyé à Bâle par les marchands de Nuremberg, fut pillé et maltraité près de Ehingen (1436). — Roth, Gesch. des Nürnberger Handels, t. I, p. 176, et t. IV, p. 273. Dans beaucoup de villes de lAllemagne du Sud, le service des postes était confié à la corporation des bouchers, qui, ayant souvent des livraisons à faire aux environs, se chargeaient d'y porter les lettres. Leurs messagers voyageaient à cheval ou en voiture, et annonçaient leur arrivée ou leur départ en sonnant du cor, origine du cor que les bouchers avaient quelquefois dans leurs armes de corporation. De là, probablement aussi, l'origine du cor des postillons. — Voy. Flegler, Geschichte der Posten (Nuremberg, 1858), p. :8-29. Les postes bouchères continuèrent dans une partie de l'Allemagne jusqu'au dix-septième sièele. —Voy. Haberli.x, Handbuch des deutschen Staatsrechtes, t. III, p. 80, et Stangel, Das deutsche Postwesen (Stuttgard, 1844 , p. 15-17. Dès la fin du quatorzième siècle, l'ordre Teutonique de Prusse avait organisé un service de poste complet. Le premier maréchal de cavalerie, qui habitait à Marienbourg, résidence du grand rnaitre, remplissait en même temps les fonctions de premier maître de poste et inspectait les postillons qui parcouraient à cheval les routes postales. Dans chaque maison de l'ordre, le commandeur, en sa qualité de maître de poste, devait surveiller l'échange régulier des correspondances, ainsi que les messagers qui en étaient chargés.
— J. Voigt, Das Stilleben des Hochmeisters des deutschen Ordens, und sein Fürstenhof, dans le Histor. Taschenbuch de Räumer, t I, p. 218-221. — Flegler, p. 30. L'organisation des postes ne vient nullement du Tyrol. Sa formation sous Maximi-