IIÈRKTIQUES ALLEMANDS AU QUINZIÈME SIÈCLE
de Wesel (1181), « et je loue le Christ'. » " L'Kglise -, dit-il ailleurs, " subit une captivité de Babylone. Le Pape u'est qu'un singe vêtu de pourpre. » Professeur autorisé de la Sainte Écriture, .Jean de Wesel combat la doctrine des indulgences, rejette le culte des saints, le purgatoire, les sacrements de pénitence, d'Eucharistie et d'extrémeonction. « L'huile consacrée ■■, enseigne-t-il, c n'est pas meilleure qi»e celle que l'on mange à la cuisine. Il dit hautement que le corps de Jésus-Christ peut être présent dans l'hostie sans la transubstantiation; que la Sainte Écriture est la source infaillible et unique de la foi, et ne peut être expliquée que par elle-même; que la foi seule justifie, et que seuls les prédestinés auront part à la félicité du ciel. Dans ses écrits comme dans ses sermons, il se livre à de rudes et grossières sorties. Il reproche aux prêtres de •• servir leur ventre en dévorant le bien des veuves ", et de n'être « que des chiens et des animaux malfaisants ■. Prêchant un jour sur le carême, il dit qu'à son avis > saint Pierre ne l'a institué que pour écouler plus facilement ses poissons ". « L'homme -, ajoute-t-il, ■ peut manger aussi longtemps qu'il a faim; si cela te fait plaisir, tu peux manger un bon chapon le vendredi saint. '
Jean de Wesel avait longtemps professé à l'Université d'Erfurt, et Luther dit, après s'être étendu sur la considération dont il jouissait : " JohannesWesalia a gouverné par ses écrits la haute école d'Erfurt, et c'est après avoir étudié ses livres que j'ai moi-même enseigné plus tard ». >'
Les " frères de Bohême -, dont les huit confessions de foi, toutes
apostolique, où il demande pour les décisions et lois disciplinaires du Pape la même soumission que si elles émanaient de saint Pierre lui-même. Voy. LiNSEMiANN, Gabriel Biel. dans la Tübinger Theol. Quartalschrift, p. 203, 1865. En 1480, Pffffers, professeur à Fribourj;, fit paraître un traite sur l'infaillibilité de l'Éfîlise romaine. Schreiber, L'niversiiät Freiburg, t. I, p. 112.) En 1495, Sébastien Brant entreprend une campagne théologique pour soutenir l'autorité sans restriction du Pape. (Schmidt, Xoiices, p. 198-200.) Kn 1503, la même thèse est soutenue par le célèbre Pierre de Ravenne, à l'Université de Wittenberg (MüTHER, Aus dem UniversiliUs und Gelehrtenleben, p. 7Ü-76, etC).
' Jean de Wesel enseignait : ^ C'est au théologien à juger la mesure dans laquelle les décisions du Pape nous obligent. » Voy. Ulmann, Reformaioren vor der Reformation, t. H, p. 556.
- Pour plus de détails, voy. Ulmann, t. I, p. 240-418 (.surtout les pages 326, 333, 3(j0, 288-307, 390). Sur l'enseignement de TFan Wessel (f 1489), voy. la monographie de Friedrich, Johann ll'essel Ratisbonne, 1862). Ulmann, t. II, p. 287-707. Nicolas Rus, de Rostock, fut au nombre des adversaires de la hiérarchie ecclésiastique, de la doctrine sur les indulgences, du culte des saints, etc. Voy. Geffken, Bildcrcatechismus, p. 159-163. Le prêtre saxon Jean Drändorf nie l'infaillibilité des conciles généraux, l'obligation de se soumettre à l'Église, etc. "Voy. KrumMEL, Theol. Studien, und Kritiken, 42 a , p. 133-144 (Gotha, 1869). En 1453, dans les environs d'Heilbronn, on trouve la secte des - pauvres déchaussés =, qui n'admettent point de différence entre les prêtres et les laïques, soutiennent que dans la communion on ne reçoit pas le corps et le sang du Seigneur, mais seulement du pain et du vin bénits, etc. Binterim, t. VII, p. 304-305. Vers
différentes les unes des autres, avaient été plusieurs fois imprimées à Nuremberg? et à Leipzig', s'occupent activement en Allemagne de la propagation de leurs doctrines; ils n'admettent aucune différence entre les prêtres et les laïques, appellent le Pape l'Antéchrist, et l'Église romaine (par conséquent l'Église catholique) " une association de vauriens et de menteurs recevant toutes leurs inspirations du diable ». A Prague, dès les premières années du seizième siècle, nous trouvons les esprits dans les dispositions ou sera bientôt la plus grande partie de l'Allemagne. « 11 règne ici un effroyable désordre dans les idées religieuses », écrit de Prague le célèbre Bohuslas Hassentein (1502). « Tout le monde est libre d'adopter les manières de voir de qui bon lui semble. Sans parler des wicléfites et des picards, on rencontre des gens qui nient la divinité du Rédempteur, disent que l'âme périt avec le corps, et que toutes les religions sont bonnes pour parvenir au salut ; il en est même qui pensent que l'enfer n'est qu'une pure imagination. »
Je passe sous silence d'innombrables opinions de ce genre. On ne les tient même pas secrètes, on les prêche ouvertement. Vieillards et adolescents, hommes et femmes, engagent des discussions sur des questions de foi, commentent la Sainte Écriture sans l'avoir étudiée, et chaque secte nouvelle trouve des partisans, tant est grand l'amour des nouveautés *.
Mais cependant l'Église garde encore toute sa force vitale '. L'esprit catholique, la pieuse ferveur, sont encore dans leur lustre parmi
le milieu du quinzième siècle, on troure des adeptes des sectes de Waldens et des Tabarites à Windsheim, Neustadt-an-der-Aisch, Rothenburg, Ansbach, Schweinfurt, dans les environs de Baireuth, dans le Fichtelgebirge et le Frankenwald, à Nuremberg, lleroldsberg et Ileilsbronn. A Wurzbourg et dans les villages environnants, ils vont même jusqu'à établir leur culte. Voy. H. Haupt, Die religiösen Seelen in Franlen vor der Reformation (VVurzbourg, 1882). Le Concile provincial de Mayence (1455) s'élève contre les diverses doctrines hérétiques préchées à cette époque dans le diocèse. IIartzheim, t. V, p. 438-440. Sur un autre concile réuni à Mayence dans le même but, voy. Binterim, t. VII, p. 297. A Mayence, un moine attaque en pleine chaire la doctrine de l'Église sur la naissance du Sauveur, le culte de la Sainte Vierge, etc., et l'on redoute que les Ordres mendiants « ne soutiennent des doctrines hérétiques et ne causent de graves troubles religieux. . Unrest, p. 800-801.
' Sur l'époque où les hussites commencèrent à répandre dans le royaume • leurs lettres hérétiques • en langue allemande, voy. Bezold, Zur Geschichte der Husiienthums (.Munich, 1874). Sur les progrès des hussites en Allemagne, voy. notre second volume.
- Voy. GiNDELY, Geschichte der Böhmischen Brüder, t. I, p. 39-43, 102-103, 161, 496 (Prague, 1857), et Gindely, Lier die dogmatischen Ansichten der böhmisch-märischen Brüder, dans les Comptes rendus des séances de l'Académie de Vienne, t. XIII, p 349-413. Sur VApologia sancte Scripture des hussites publiée à Nuremberg en 1512, voy. Anzeiger für Kunde der deutschen Vorzeit, t. VIII, p. 50-51.
* Le garant le plus irréfutable de l'attachement profond et ardent que le peuple avait encore pour l'Église, c'est Luther. Voy. les passages cités dans notre second volume. Voy. mon travail intitulé : A mes critiques, p. 120-123.