‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 163 sur 477 · LA BIBLE ENTRE LES MAINS DE TOUS · texte numérisé non relu

LA BIBLE ENTRE LES MAINS DE TOUS

dit-il, « mais nous ne les comprenons point. C'est que nous ne sommes pas assez savants pour les interpréter dans le vrai sens orthodoxe. Il est presque à regretler que la Sainte Écriture soit de nos jours imprimée en allemand, car pour l'entendre comme il laul, il est parfois nécessaire de ne pas s'en tenirau sens littéral. Je t'en permets bien la lecture; j'admets que tu aies chez toi les interprétations et les gloses, mais tu ne (e tireras de là ni avec bonheur ni avec avantage, si tu n'as premièrement acquis la science indispensable à sou intelligence; sans étude préalable, tu t'égareras. Or la Sainte Écriture ne te donnera point cette science; il faut que tu l'aies d'avance dans ta tête. Si tu avais en ta possession un bon certificat te donnant droit d'apprendre à faire des armes, cela ne t'aurait pas encore appris l'art de te bien défendre, il te faudrait pour cela avoir reçu les leçons d'un bon maître. Si, voulant préparer du cuir, tu avais déjà tes ciseaux; si tu tenais en main l'aiguille et le ligneul, tune saurais pourtant pas encore faire des souliers; auparavant il te faut passer par l'apprentissage. Donc, en lisant la Bible, prends bien garde de te fromper de chemin '! " Dans ses sermons sur la Nef des fous. Geiler blâme énergiquement les faux interprètes de l'Écriture qui rejettent les explications des docteurs de l'Église, et prétendent faire briller leur propre lumière; il nomme les vaudois « et ces gens qu'on appelle disciples du libre esprit ", - de faux docteurs, des glossateurs de l'Antéchrist ^ : « Ils frayent la voie à celui qui sera le grand falsificateur et l'imposteur par excellence -, dit il, « et quand celui-là paraîtra, je crains qu'une trouve beaucoup d'adeptes parmi nous. Tout porte à croire que le moment de sa venue n'est pas bien éloignée » ■' L'Allemagne entière ", dit Sébastien Brant (1494), « regorge de Bibles, de doctrines sur le salut, d'éditions des saints Pères et de livres semblables ^ De grands abus se sont introduits dans notre pays. On tourne et l'on retourne la Bible, on lui fait dire tout ce qu'on veut, et l'on met ainsi en péril et la foi et la Bible, qui est le fondement de la foi. Ceux qui changent le sens de l'Écriture et l'entendent autrement que le Saint-Esprit ont une fausse balance en main; ils y mettent tout ce qu'ils veulent. Ils exagèrent ceci, ils affaiblissent cela, et voilà pourquoi, de nos jours, la foi dépérit. » « Les vagues assaillent en tous sens la barque de Pierre. Il faut s'attendre à beaucoup d'orages et de catastrophes, car maintenant on ne sait plus où est la vérité. La Sainte Écriture est pour ainsi dire mise à l'envers, et tout autrement expliquée que ne l'avait voulu

' Tiré du recueil de Sermons de Geiler, 127" édition de Bâle (1512). — Kerker, p. 49, 392-393.

^ Brant, Xan-enschiff, pafje 200 de l'édition de Strasbourg de 1520. ^ Narrenschiff, Introduction.

la bouche de la divine Vérité. L'Antéchrist est assis dans la grande nef. Il a envoyé son messager qui répand le mensonge dans toute la contrée. Une foi tronquée, une doctrine pleine d'erreurs pénètre tous les jours davantage dans les esprits *. «

Le trouble et la fermentation grandissent, et gagnent peu à peu toutes les classes de la société.

Une inquiétude immense s'empare de la nation tout entière.

Les esprits sont tourmentés de ce sombre pressentiment qui a coutume de précéder les grandes catastrophes.

Les électeurs de Mayence et de Saxe s'adressant au jeune Charles- Quint, nouvellement élu, et, le suppliant de hâter sa venue dans le royaume depuis si longtemps délaissé, lui écrivent : « Un immense incendie, un incendie comme il ne s'en est jamais vu, menace de dévorer l'Allemagne *. "

' Narre.nschiff, § 103. Wimpheling exprime la crainte (1515) que le « poison bohémien • ne se propage encore davantage, et Willibald Pirkheimer écrit en juin 1717 que la doctrine des hussites gagne tous les jours du terrain. Voyez Hagen, Deutschands literarische und religiöse Verhältnisse, t. I, p. 463-480.

* « Tale universe Germanie incendium perspicimus, quale nullis ante temporibus auditum arbitramur. • Lettre du 8 février 1520. Lanz, Correspondent des Kaisers Cari V, 1. 1, p. 57. Voyez aussi la lettre d'un inconnu dans Chmel, Handschriften der Hofbibliolhek zu Wien, t. I, p. 523, 527.

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