COUP D'OEIL RETROSPECTIF ; L'ANCIEN HUMANISME
OÙ se pouvait former rindépendance de l'esprit, le dou de concevoir nettement la vérité et de l'exposer avec clarté.
Selon eux, la connaissance approfondie de la pensée des anciens devait servir à « Tintelligence des saintes Écritures et renouveler l'étude des sciences sacrées ". Voilà dans quel esprit Nicolas de Cusa et son élève Rodolphe Agricola s'étaient efforcés de faire adopter en Allemagne les auteurs classiques; pourquoi Alexandre Hégius avait fait des humanités le point central de l'instruction de la jeunesse; c'est dans ce but que Jacques Wimpheling avait composé son grand ouvrage pédagogique qui marque une date considérable dans l'histoire de l'esprit humain. " Ce n'est pas l'élude de l'antiquité classique en elle-même ", disait ce dernier, « qui est dangereuse pour l'éducation chrétienne, c'est la manière fausse de l'envisager, c'est le mauvais usage qu'on en peut faire. Sans aucun doute elle serait funeste, si, comme il arrive fréquemment en Italie, on propageait par les classiques une manière païenne de juger et de penser, et si l'on mettait entre les mains de nos étudiants des œuvres littéraires qui pouraient mettre en péril, dans leurs jeunes esprits, le patriotisme ou les mœurs chrétiennes'. Mais au contraire, l'antiquité bien comprise peut rendre à la morale et à la science théologique les services les plus précieux. Les Pères de l'Église n'ont-ils pas tiré le plus grand profit des études profanes? ne s'en sont-ils pas aidés pour l'explication des saintes Écritures et ne les ont-ils pas constamment vantées et encouragées? " Saint Grégoire de Nazianze appelait les adversaires des humanités les " ennemis de toute science ^ «, et le pape Grégoire le Grand a démontré clairement qu'elles sont une utile préparation, un indispensable secours pour l'intelligence des sciences sacrées.
C'est dans le même esprit que les théologiens éminents du quinzième siècle, Heynlin von Stein, Grégoire Reisch, Geiler de Kaisersberg, Gabriel Riel, Jean Trithème, s'étaient montrés chauds partisans, zélés propagateurs de l'humanisme chrétien.
(' Nous pouvons en toute sécurité ", dit Trithème, " recommander l'étude des anciens à tous ceux qui ne s'y livrent pas dans un esprit frivole ou pour le simple amusement de leur esprit, mais pour la sérieuse formation de leur intelligence, et pour amasser, grâce à elle, à l'exemple des Pères de l'Église, des semences précieuses, propres à servir le développement des sciences chrétiennes. Pour nous, nous regardons cette étude comme indispensable au théologien. »
'Wirapheling jugeait très-nettement le danger que pouvaient faire courir à la foi et aux mœurs les humanistes italiens. Voy. Wiskowatoff, p. 67.
* Voy. l'excellent ouvrage de Daniel, Des études classiques dans la société chrétienne (Paris, 1853), p. 35-40.