L'ANCIEN HUMANISME. H
Les maitres que nous venons de citer, représentants illustres de l'école scolastiquc en Allemagne, étaient ennemis jurés de « ces stériles et inutiles arguties, de ces subtiles querelles sur des mots », qui, à partir du quatorzième siècle, avaient abaissé la science, et dominaient encore trop fréquemment à 1a fin du quinzième siècle dans la littérature Ihéologique et dans les Universités. Ils faisaient également tous leurs efforts pour faire disparaître des écoles le latin barbare alors usité dans les livres de théologie comme dans les leçons des professeurs. « Ce latin », disait Geiler, ^- est rude et sans précision. C'est un misérable amalgame, qui n'est ni latin ni allemand, et pourtant latin et allemand tout ensemble. » " Des discussions arides sur les choses les plus insignifiantes » , demandait Wimpheling, « sontelles donc indispensables à celui qui veut devenir docteur profane ou professeur orthodoxe de théologie? Une langue contournée et véritablement rebutante est-elle de rigueur? Les Pères de l'Église et les grands théologiens des premiers siècles ont-ils connu nos disputes? se sont-ils perdus dans nos distinctions subtiles? ont-ils cru nécessaire d'employer un langage barbare? «
Les esprits éminents qui, avec un zèle si louable, avaient entrepris au quinzième siècle la réforme religieuse, rattachaient tous leurs travaux à ceux des grands théologiens des douzième et treizième siècles; tout d'abord ils avaient « replacé sur le chandelier " saint Thomas d'Aquin, l'Ange de l'école. Ils ne s'étaient pas bornés à encourager l'humanisme et la philologie, ils s'étaient encore proposé d'unir à la théologie les sciences naturelles et physiques récemment remises en honneur, et surtout de rajeunir l'enseignement traditionnel de l'école par l'étude approfondie de la Bible et des Pères. Ils recommandaient aux théologiens, de la manière la plus pressante, l'exégèse et la patrologie, sans toutefois renoncer aucunement à la méthode scolastiqne. Cette méthode, à leur avis, tout en s'affranchissant des surcharges d'un formalisme sans vie, devait subsister dans son intégrité, dans la sévère rigueur de ses conclusions logiques et dogmatiques.
Ces anciens maitres avaient tous reçu dans leur jeunesse une solide éducation scolastique; aussi appréciaient-ils l'ancienne méthode nonseulement au point de vue théologique, mais surtout au point de vue de la formation de l'esprit. Leurs manières de voir étaient en complet accord avec celles des théologiens de leur temps. Wimpheling publia en 1510 un ouvrage spécialement consacré à la défense de la scolastique, ouvrage qui peut être considéré comme la profession de foi des humanistes du Haut-Rhin '. Comme Wimpheling,
' Voy. WlSKOWATOFF, 154 fll.