ÉRASME ET L'ÉCRITURE SAINTE
magne le respect dû au Siège apostolique. Personne avant lui, abusant de la sainte Écriture, n'y a trouvé prétexte à de plus burlesques jeux d'esprit'.
Toutefois il professait le plus profond respect pour la Bible, et prétendait voir en elle « l'unique source de la foi chrétienne » ; il répétait que la théologie, si elle voulait renaître, devait être uniquement rattachée à la sainte Écriture, « et conseillait à tout chrétien d'avoir constamment la Bible entre les mains ». « Je souhaite », écrit-il en 1516 dans l'avertissement au lecteur qui précède sa traduction du Nouveau Testament, « que toutes les femmes lisent les Évangiles et les épitres de saint Paul. Je voudrais que ces livres fussent traduits dans toutes îes langues et devinssent familiers aux Écossais, aux Irlandais, aux Turcs et aux Sarrasins; je voudrais que les paysans derrière la charrue, les femmes assises devant leurs métiers à tisser, les lussent et chantassent leurs louanges. Je souhaiterais que les voyageurs abrégeassent la longueur du chemin par les récifs bibliques. Lire la Bible, c'est le premier degré qui conduit à l'intelligence de la Bible. » « iMème en admettant », ajoutait-t-il, « que beaucoup y trouvent à rire, quelques-uns, du moins, en seront touchés. » Il est injuste « que les vérités de la foi soient exclusivement réservées à'cette caste fermée que le grand nombre appelle maintenant théologiens et religieux, et parmi lesquels, bien qu'ils ne forment que la plus petite par(ie du peuple chrétien, tant d'individus sont si loin de mériter ces noms* ». Le libre examen des saintes Écritures, tel qu'il était usité chez les
évoques lorsqu'ils paraissent revêtus de leurs ornements mystiques et presque de théâtre, qu'ils accomplissent les cérémonies, nous prodiguent leurs bénédictions ou leurs anathèmes, et se font appeler Votre Sainteté et Votre Béatitude. Ils sont d'avis que les miracles sont surannés, passés de mode, et ne correspondent plus bien aux idées actuelles. Enseigner le peuple est trop rebutant ; expliquer la sainte Écriture n'est que pédantisme d'école. La prière? Oui, quand ils ont le temps. Us n'ont d'autre occupation que d'exercer par la proscription la puissance qu'ils s'approprient d'anathématiser, de fulminer ces épouvantables excommunications par lesquelles d'un seul geste ils peuvent encore précipiter dans l'enfer les âmes des mourants. • Moriœ Encomium dans l'édition portative de Leipzig, p. 378-379.
' Voy. Stichakt, p. 249-251. — Mlller, p. 234-235. — Drummond lui-même, qui partage les idées rationalistes d'Érasme, dit à ce sujet (t. I, p. 200) : • The free way in which Scripture is handled, and even the most sacred names introduced, while it shows certainly great want of taste, if not even want of révérence, migbt reasonably hâve given offense to persons who were neither superstitions nor very bigotted. • Les sympathies de Drummond pour l'Église catholique sont du reste suffisamment démontrées à la p. 338, t. II, à l'endroit où il raconte la mort d'Érasme, qui, comme on le sait, ne reçut point les derniers sacrements : « It was better so. There would hâve been a stränge incongruity in the présence oipriesdy mummeries round the death bed of Erasmus. •
- Dans le Paradesis ad leciorem pium de l'édition du Nouveau Testament de 1516. Hess, t= I, p. 212 b.