‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 217 sur 477 · NOUVELLE THÉOLOGIE D'ÉRASME · texte numérisé non relu

NOUVELLE THÉOLOGIE D'ÉRASME

cela date d'Érasme et de son école, et devint plus tard l'héritage des prétendus réformateurs. Pendant de lon[yues années, Érasme couvrit du prestige de son savant renom tous les quolibets, toutes les calomnies entassés contre la culture du moyen âge, l'influence de rÉglise et la tradition des écoles de philosophie chrétienne.

Son Elocje de lafnUc\ publié pour la première fois en 1509 et multiplié parsept éditions en l'espace de peu de mois, contribua surtout àjeter le discrédit sur l'Église. Érasme, en cet ouvrage, met en scène la personnification delà Folie. Celle-ci nous vante les services qu'elle a rendus à l'humanité, et dans les cla.sses sociales, qu'elle passe en revue touràtour,admirece qu'elles ont précisément de répréhensible. Quand le prince de Carpi reprochait à Érasme les semences funestes répandues par cette satire S lorsqu'il constatait sa désastreuse influence, il n'entendait pas le blâmer d'avoir censuré sévèrement les abus, les vices du clergé régulier et séculier, l'accumulation des bénéfices ecclésiastiques, les prélats belliqueux, les pieuses coutumes changées en pratiques superstitieuses : il l'accusait d'avoir attaqué la cause même que ces abus déshonoraient. Dans les écrits et les discours d'Erasme, jamais la juste douleur d'un Sébastien Brant ou d'un Geiler de Kaisersberg ne se fait jour. Ce qui y domine, c'est le sarcasme et le mépris. Érasme y confond avec insouciance et légèreté ce qui est saint et ce qui est vulgaire; il tombe dans la frivolité, et souvent même dans le blasphème.

VEloge de la folie peut être regardé comme le prologue de la grande tragédie théologique du seizième siècle'.

La piété populaire nous y est représentée comme complètement corrompue, la vie monastique comme n'offrant qu'un christianisme dégénéré, et la scolastique comme une théologie abâtardie. Quant aux papes, Érasme leur adresse des injures si violentes, que dans les âges suivants les ennemis de Rome eurent peu de choses à y ajouter^. Aucun écrivain antérieur n'a plus qu'Érasme miné en Alle-

1 Moriœ Encomium, id est siuUiiiœ Laus, dans le quatrième livre de l'édition complète de ses œuvres publiée à Leyden. Il existe une bonne édition portative des CoUoquia /amiliaria,Leipzi[ç, 1829. Voy. sur cet ouvrage Duk.vnd de Laur, t. II, p. 89, 199-205, 290-298, 301. — FelgÈre, p. 302-306, 340-341. — Drlmmond (t. I, p. 194-195) fait remarquer qu'un passage très-peu orthodoxe se trouve dans les éditions parues postérieurement à 1515. Pendant la vie d'Érasme, le manuscrit en fut reproduit au moins vingt-sept fois. Dans ses remarques sur le Nouveau Testament, Érasme dirige contre la constitution de l'Église des attaques analogues : • In fact the Encomium Moriw was hère repeated, only in a somewhat more serious form •, dit à ce sujet Drummond, t. I, p. 319.

* Voy. Hess, t. I, p. 493.

^ Voy. FelgÈre, p. 341.

* Il dira, par exemple, en parlant des papes : • Lorsqu'il y a quelque besogne à faire, ils en chargent saint Pierre et saint Paul ; mais la considération et les jouijssances de leur charge, ils les gardent soigneusement pour eux. Ils pensent avoir satisfait parfaitement à Jésus-Christ et s'être montrés véritablement

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