‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 229 sur 477 · IVIÜTIAN ET LES HUMANISTES D'ERFURT CONTRE LES SCOLASTIOUES · texte numérisé non relu

IVIÜTIAN ET LES HUMANISTES D'ERFURT CONTRE LES SCOLASTIOUES

et la mémoire les retient longtemps. » Mutian, dans la même lettre, exprime le désir de publier bientôt lui-même un semblable recueil '.

L'esprit qui règne dans ses épitres, Mutian le propageait de vive voix dans les réunions d'humanistes qu'il présidait fréquemment dans sa maison. Là, aux applaudissements de tous, Crotus Hubianus appelait la sainte messe une comédie papiste; les reliques, des os de potence; l'office religieux, unhurlement de chiens; Cicéron, disait-il, était un grand apôtre, et un bien plus illustre pontife que le pape Léon X-.

Une licence de mœurs souvent effrénée allait de pair avec ce mépris de l'Église et de sa doctrine. Mutian s'exprimait souvent avec un cynisme inouï sur les mœurs détestables de ses amis. Auprès de ce cynisme, les auteurs erotiques de l'antiquité semblent pleins de réserve et de retenue. L'enlèvement et le déshonneur d'une religieuse deviennent presque pour lui un sujet de bons mots^

On ne s'étonnera donc pas qu'à Erfurt, à Gotha, partout où les nouveaux humanistes annonçaient l'évangile de l'antiquité païenne et cherchaient à faire de la propagande en sa faveur, tous les esprits graves et retenus, tous ceux qui restaient attachés de cœur à l'Église, aient conçu une aversion profonde et beaucoup de méfiance pour ces nouveaux apôtres. Chez un grand nombre d'entre eux, ce sentiment finit par dégénérer en une haine prononcée pour tout ce qui sentait la culture « poétique ". On jugeait le nouvel évangile d'après ses fruits intellectuels, pour la plupart sans saveur ou empoisonnés, et aussi d'après le genre de vie de ses apôtres. « Je ne suis nullement étonné », écrit Cochlaeus, « de voir les esprits jadis les mieux disposés pour les études classiques en devenir maintenant les ennemis les plus acharnés. Que font en effet tous ces poètes, qui, mainte-

' Le Triumphus l'eneris de Bebet fut imité par Tiloninus, élève de Mutian. Voy. Kampschulte, t. I, p. 180, n. 1.

* Olearius, Einst. Anonymi ad Crotum Rubianum (Amst., 1720) 14. — Voy. BOGKIXG, Drei Abhandlunfjen über lieformations geschichtliche Schriften, p. 92.

^ Pour se rendre compte de sa manière cynique de juger et de s'exprimer, il suffira de lire le passage suivant, extrait d'une lettre à Urbanus, l'auteur même du méfait : " Nemo coget amicam tuam, Urbane, conceptura a se abigere. Solvatur Vulva in nomine sanctaeJunonis. . Dent veniam puerperae quatuor illaè primae Vestales a Numa electae... Verae Barbant', vera^ Ursulas, quœ amatores suos odisse soient. Desinant nobis obtrudere Paulum Tharsensem, quod dicat : Fugite fornicationem. Urbanus fornicarius non est : quamvis virgines maritatasque cupidissime futnat : ad unguem doctus clinopalen et amatoriam railitiara, etc. ^ Recueil de Francfort, fol. 81. Dans un autre passage il écrit : ' Si igitur incestus es, imitare csecos et clama : Fiîi David, miserere nostri, et continuo evanescet ultio, culpa condonabitur. » (P. 188.) — Voy. aussi Strauss, t. I, p. 33G. — On rencontre aussi dans le Recueil de Francfort une poésie obscène dont Mutian est l'auteur; fol. 92.

Page 1